Abus sexuels : sujet toujours tabou

Abus sexuels : sujet toujours tabou

Parmi les problèmes de maltraitance infantile, ceux des abus sexuels et les tabous que cela entraîne, ne facilitent pas leur identification et reconnaissance.


- De la maltraitance institutionnelle
- Maltraitances intra-familiales : comment aider les enfants ?

Si le sujet de la maltraitance sexuelle est toujours aussi difficile à aborder, il faut rappeler que dans un passé proche, cela était encore caché, considéré comme un secret. Cette prison du silence imposée à l’enfant, dont beaucoup sont devenus adultes sans avoir pu être reconnus dans leur souffrance, n’est peut-être pas étrangère à la lente évolution de la reconnaissance de cette forme de violence.

1 à 2% d’abusés

Parallèlement, des événements traumatisants comme l’affaire Dutroux ou d’autres actes de pédophilie tristement célèbres, ont à la fois permis aux victimes (anciennes et nouvelles) de parler, mais aussi à d’autres personnes mal-intentionnées, d’utiliser de fausses allégations pour tenter de causer du tort à autrui. Heureusement, celles-ci restent marginales. Elles ne concerneraient tout au plus que 10% des plaintes. Aujourd’hui, entre 1 et 2% de la population juvénile serait victime de maltraitance sexuelle. Un chiffre qui demeure élevé et qui ne comprend évidemment pas les enfants qui n’osent pas s’exprimer à ce sujet.

Les abus familiaux en première ligne

Rappelons que « toutes les formes d’activités à connotation sexuelle proposée ou engagée par un adulte envers un enfant sont considérées comme une forme de maltraitance, qu’elles soient ou non associées à la contrainte physique, à des menaces, à du chantage explicite ou implicite, à de la séduction ou à des récompenses. Le statut de l’enfant et le niveau de maturité propre à son âge, dans de telles circonstances, le placent toujours en position d’inégalité, dans une situation où il subit un abus de pouvoir »*. Ces indications sont utiles à épingler, vu que la majorité des abus sexuels (60 à 90% des cas selon les pays) se produisent dans le cercle familial ou avec des personnes auxquelles l’enfant fait généralement confiance.

Difficiles critères

Identifier les abus sexuels est encore plus ardu que pour la maltraitance physique. Dans la majorité des cas, l’auteur ne laisse pas de traces et même des examens médicaux très spécialisés ne permettront pas toujours d’établir les faits. Seuls 15% de ces examens procurent une information médicale significative. Quoi qu’il en soit, celui-ci ne sera fiable qu’effectué endéans les 72h maximum. Et il ne s’effectue qu’en cas de viol avéré ou de fortes présomptions d’abus sexuels.

Indices comportementaux

Comme l’explique la psychologue Evelyne Josse dans un article sur les abus sexuels commis sur les enfants, « plus de 30% des enfants ne manifestent pas de réactions préoccupantes au moment des faits. En aucun cas, cette absence de symptômes ne signifie qu’ils ne souffrent pas. (…) Certains souffrent néanmoins de troubles affectifs profonds que l’on peut nommer ‘traumatismes silencieux’. (…) Le traumatisme sexuel peut avoir des ‘effets dormants’ et surgir soudainement, notamment à la faveur d’événements personnels ou familiaux ».

Réaction adéquate

Pour un intervenant confronté à des révélations d’abus de la part d’un enfant, il est déconseillé d’essayer d’en savoir plus, si l’on n’a pas reçu de formation à ce sujet. Mieux vaut se référer aux réseaux compétents (SOS enfants, SAJ, CPMS). Les praticiens confrontés à ce genre d’éléments ont en effet développé des méthodes d’écoute de l’enfant, qui n’induisent pas des propos erronés. Il s’agit d’encourager l’enfant à en dire davantage, de façon ouverte et empathique, mais neutre et non suggestive. Une pratique qu’il vaut mieux laisser aux personnes formées à cet escient.

Sandra Evrard

A lire aussi :

Guide pour prévenir la maltraitance, Marc Gérard, Collection Yapaka, P24



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