Aménager un cabinet privé, bien au-delà de la déco…

Aménager un cabinet privé, bien au-delà de la déco...

Bon nombre de psychologues s’orientent, à temps plein ou à temps partiel, vers une pratique privée. Et si la relation thérapeutique est évidemment au cœur du processus, le lieu de la rencontre l’influence également. Quelques principes seront donc judicieux à mettre en pratique.

Recevoir des patients chez soi n’est certes pas anodin. La relation est, bien sûr, au cœur du processus thérapeutique. Mais le lieu dans lequel elle se crée a-t-il son importance ? Si, comme nous le rappelle l’école de Palo Alto, on ne peut pas ne pas communiquer, il en va de même pour le lieu dans lequel prend place l’interaction. Il communique, de facto, il influence ce qui s’y joue et même, il dit parfois beaucoup du thérapeute qui l’a aménagé. Une attention soutenue doit donc être portée à son aménagement.

Le lieu a-t-il son importance ?

L’importance du lieu requiert davantage d’attention dans le cadre d’une consultation privée. En effet, le travail institutionnel prend place dans un local qui, même aménagé de façon particulière, garde le sceau de l’orientation institutionnelle davantage que les choix personnels du thérapeute qui l’occupe. On sait d’ailleurs combien il est inconfortable, en institution, de travailler tantôt ici, tantôt là, dans des locaux parfois bien loin de leur destination première. Mais si le travail institutionnel a ses inconvénients en matière de lieu de rencontre, la consultation privée, elle, demande une attention soutenue lors de l’aménagement de son espace professionnel.

Eviter un rapport intimidant

Loin du dispositif de « la cure » et du fameux divan, la plupart d’entre nous travaillent en face à face. La distance doit alors permettre à la fois une proximité qui favorise un échange intime et, en même temps, rester raisonnable pour ne pas gêner le patient. Une table entre les deux ? Le cadre peut alors être perçu comme intimidant, ou comme marquant le pouvoir du thérapeute (à l’abri derrière sa table, ses feuilles, son écran d’ordinateur). Un espace vide entre les deux protagonistes induit en revanche le fait que l’échange sera de l’ordre de la conversation. Avec une plus grande facilité pour observer le non verbal du corps ainsi offert au regard (mais de façon symétrique !).

Créer un espace sécurisant

L’espace doit être sécurisant, comme une invite à se dire. Point de fenêtres d’où l’on peut être vu, pas de passages mais une bonne isolation sonore et des couleurs chaudes s’imposent. Il paraît adéquat d’éviter l’effet « hôpital » d’un lieu trop aseptisé. Dans le travail psychologique, la fragilité psychique est souvent présente, et se mettre à nu exacerbe ce sentiment de fragilité qui doit donc être contenu, autant que faire se peut, par un cadre rassurant. On placera donc le patient face à la porte et, si l’on en croit les préceptes « feng shui », on choisira des couleurs naturelles, une luminosité douce (et mieux : variable), et des photos de la nature pour décorer le lieu.

Eviter de s’exprimer par le lieu

Mais le risque du cabinet privé, c’est aussi celui d’extérioriser plus que nécessaire les choix du thérapeute qui l’a aménagé. Si certains préceptes tombent sous le coup de l’évidence (éviter les signes d’appartenance religieuse ou politique), d’autres éléments seront également à prendre en compte. Une patiente qui confie sa tristesse de ne pas être mère, comment vivra-t-elle la photo du petit dernier ? Une vieille blessure de ne pas avoir été à l’université pour répondre à une situation familiale conflictuelle, comment peut-elle se dire devant un mur couvert de diplômes ? Les trophées des nombreux voyages d’un thérapeute « globe-trotter » comment seront-ils perçus par celui qui n’ose plus s’aventurer hors de son quartier ? Ne sacrifions pas à l’élégance de la décoration la nécessité de proposer un lieu qui permettra le travail psychique.

Une séparation nécessaire

Il reste la séparation « pro/privé », toujours délicate. A l’intérieur de la maison, le patient pénètre de facto dans votre intimité, ce qui ne sera pas sans conséquences émotionnelles. Dans la mesure des moyens à disposition, une séparation claire et radicale vous permettra de recevoir, en toute quiétude, les hommes et les femmes à la recherche d’un lieu où se mettre en chemin. Ce lieu pourra ainsi s’effacer pour laisser place à l’essentiel, la relation.

D. Bertrand, psychologue



Commentaires - 1 message
  • Très bonne réflexion sur ce que le lieu induit, l'asymétrie dans la relation thérapeutique, la juste distance... Merci!

    Ana Evangelista jeudi 23 février 2017 07:08

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