Attachement de l’enfant : quand les pros s’en mêlent !

Attachement de l'enfant : quand les pros s'en mêlent !

Comment prendre en compte le concept d’attachement lorsque le couple parental éclate ? Plusieurs associations de professionnels prodiguent aide et conseils aux parents et à la justice.


- L’attachement : un lien à choyer

- Troubles de l’attachement : des indices pour les détecter

Le lien qui se crée en début de vie entre un bébé et sa figure d’attachement a des répercutions sur la suite de son développement. Lorsque c’est la mère qui remplit ce rôle, ce qui est majoritairement le cas, les séparations de couples et l’instauration de la garde alternée, entraînent des questionnements. La loi de 2006 tient compte du rôle grandissant tenu par les pères au sein des familles et instaure prioritairement l’hébergement égalitaire, en cas de séparation des parents. Près de 10 ans plus tard, des associations continuent à mettre en garde et d’informer parents et juges sur les répercutions que peut avoir ce mode de garde, particulièrement auprès des jeunes enfants.

Recommandations d’associations

Le travail de terrain des associations est généralement étayé par des recherches menées par des professionnels de la santé. C’est notamment le cas de Pétales et de Yapaka. Cette dernière, soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, met à disposition des intervenants des livres et vidéos thématiques. La pédopsychiatre et psychanalyste Christine Frisch-Desmarez et le psychiatre et psychanalyste Maurice Berger, ont notamment rédigé un ouvrage sur « la garde alternée et les besoins de l’enfant ». Ils rappellent que si en Belgique et en France, la résidence alternée égalitaire est inscrite dans la loi, dans d’autres pays, on privilégie plutôt une répartition 40%/60% ou 35%/65% et une analyse au cas par cas.

La garde alternée en ligne de mire

Plusieurs pays, notamment scandinaves, qui avaient inscrit la garde alternée égalitaire dans leur législation, ont récemment fait marche arrière, suite aux recherches publiées sur les effets collatéraux de ce type d’hébergement, sur les enfants. A cela une raison principale : le fameux lien d’attachement. Car si la garde égalitaire peut juridiquement et socialement sembler le résultat d’un « bon divorce », il ne s’agit pas forcément de la situation idéale pour tous les petits. D’après les spécialistes de la question, la résidence alternée a un sens et un impact différents pour un enfant de moins de 3 ans, entre 3 et 5 ans, entre 5 et 12 ans et pour un adolescent. En tenir compte est important pour leur développement psychologique.

Père et mère : 2 rôles différents

Si les deux parents sont importants pour la construction psychique et identitaire de l’enfant, ils ont aussi une fonction différente dans son développement. « L’attachement au père est tout aussi important que celui à la mère mais il est différent ; il est plus lié au pôle exploratoire, au développement du jeu et à l’ouverture au monde chez l’enfant », expliquent Christine Frisch-Desmarez et Maurice Berger. En cas de séparation des parents, le dispositif qui permet de respecter la maturation de l’enfant est peut-être lourd, mais important pour son équilibre et sa sécurité intérieure. Pour le petit enfant, la séparation trop longue et répétitive d’avec sa figure d’attachement, équivaut à une angoisse d’abandon, dont on connaît les effets néfastes.

Calendrier de Brazelton

Le pédiatre américain Thomas Brazelton a étudié l’impact des séparations parentales auprès des enfants. Il a réalisé un calendrier qui propose un hébergement évolutif chez le père, en fonction de l’âge de l’enfant, avec un hébergement principal confié à la mère, sauf si elle présente des difficultés psychiques importantes. L’idée de base étant que le père puisse devenir une figure signifiante dans le psychisme de l’enfant, tout en maintenant un fond de continuité sécurisant dans la relation avec la mère.

- Le calendrier préconise que les enfants ne devraient pas quitter leur domicile principal pour la nuit avant l’âge de 2 ans. L’enfant devrait rencontrer son père 2 à 3 fois par semaine, sans nuitée.
- De 2 à 3 ans : à ces rencontres, pourrait être ajoutée une nuit dans la semaine, sans que la séparation d’avec la mère dépasse un jour et demi.
- De 3 à 6 ans : l’enfant pourrait être hébergé par son père un week-end de 2 jours/2 nuits, tous les 15 jours et d’une demi-journée 1 semaine sur 2.

Différencier droits des parents et besoins des enfants

Dans bien des cas, la demande de garde égalitaire est davantage axée sur le besoin du parent, que pour l’enfant. Pour un parent, se voir refuser la moitié de l’hébergement peut souligner la présence d’un enjeu réparateur pour son propre narcissisme et ses blessures profondes. « Il faut bien faire la différence entre l’égalité de droit au plan de l’autorité parentale que détient chaque parent et la place que celui-ci occupe dans le psychisme du bébé. Il ne s’agit pas de quantifier cette place en valeur de plus ou de moins, mais de la différencier en fonction des nécessités développementales de l’enfant », expliquent les psychanalystes Frisch-Desmarez et Berger.

Chaque cas est unique

Bien entendu, les recommandations établies par ces spécialistes sont assez généralistes et chaque cas de figure peut induire d’autres paramètres dont il faut tenir compte, pour le bien de l’enfant. Par exemple, si la mère n’est pas apte à s’occuper de l’enfant, si pour une raison ou l’autre, la figure d’attachement est tenue par le père, en cas de conflits majeurs entre les parents (violences, maltraitances), etc. Tous ces éléments interfèrent forcément dans l’édification du lien d’attachement.

Sandra Evrard



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