Confusion répétée entre la Compsy et la FBP. Où sont les enjeux ?

Confusion répétée entre la Compsy et la FBP. Où sont les enjeux ?

Dans un communiqué du 17 mars 2017 (La Fédération Belge des Psychologues tend la main à l’APPPsy) la FBP-BFP, via Le Guide Social, envoie un message émotionnel sur le mode de la bonne volonté mise en échec — sans s’attarder sur le fond de ce qui pourrait faire problème. Le sous-titre du communiqué énonce : La Fédération Belge des Psychologues en a assez d’être constamment critiquée par l’APPPsy, sans que cette dernière ne semble prête à discuter. Étant publiquement interpellés, nous nous devons de mettre les choses au point. Il est clair que nous soutenons le dialogue tout en faisant preuve d’esprit critique. Mais il semble que nos collègues de la FBP-BFP confondent esprit critique et esprit « non-constructif ». L’APPPsy soutient l’existence de la Commission des Psychologues et participe à son fonctionnement en tant qu’institution indépendante vouée à la protection du titre et de la déontologie du psychologue. Nous n’acceptons pas pour autant que la Commission déborde de son cadre ou interprète son rôle d’une manière qui ne nous semble pas correcte.

Le communiqué évoqué plus haut tente d’expliquer pourquoi, le 17 mars, les représentants de la FBP-BFP ont décidé de quitter l’Assemblée plénière (organe de décision) de la Commission des Psychologues. Ces membres de la FBP-BFP, est-il écrit, étaient mécontents des « attaques répétées de l’association l’APPPsy à son égard, sans que celle-ci ne souhaite jamais discuter ». Pour rappel, la FBP-BFP et l’APPPsy sont des fédérations de psychologues reconnues par le SPF-Classes Moyennes, la Commission des Psychologues est un organe public, dépendant de ce même SPF et institué par la loi. Il s’agit de niveaux de compétence et de reconnaissance très différents. On est manifestement en droit d’exiger de la Commission des Psychologues plus de transparence et de rigueur que ce que la loi impose à une quelconque ASBL. En réalité, c’est tout l’inverse (nous développons notre point de vue ici).

Si le fonctionnement actuel n’est pas admissible – et que l’APPPsy n’est pas la seule à le dénoncer - il y a sans doute des circonstances atténuantes. Pour des raisons historiques et difficilement évitables (il n’y avait encore qu’une seule fédération de psychologues reconnue), la Commission des psychologues s’est confondue à sa naissance avec la Fédération des Psychologues : mêmes bureaux, mêmes dirigeants, même personnel. Certains n’ont peut-être pas fait le deuil de ce monopole. Plusieurs fois l’APPPsy en tout cas s’est trouvée victime de cette confusion. Tout particulièrement dans son exclusion sélective des contacts avec les cabinets De Block et Borsus - en matière de psychologie clinique et de déontologie - tandis que ces cabinets recevaient, sans arriver toujours à les différencier, des représentants de la « Fédération » et des membres de la « Commission ».

L’APPPsy et la FBP-BFP ont collaboré dans un total consensus à la rédaction d’un code de déontologie destiné à tous les psychologues. Ce texte malheureusement a été falsifié - à l’insu de la seule APPPsy - par deux juristes du SPF-Classes Moyennes qui l’ont mis en contradiction avec le droit pénal en la matière capitale du secret professionnel. Il s’agit d’une faute grave doublée d’une grave erreur. Pourtant, malgré l’avis unanime des juristes les plus compétents, depuis trois ans cette erreur n’a pas été rectifiée par le SPF. En fait et pour des motifs obscurs, les membres FBP-BFP de la Commission des Psychologues – largement majoritaires - freinent des quatre fers. L’APPPsy par contre insiste pour la remise du code en accord avec le droit pénal. C’est bien la moindre des choses.

Les membres de l’APPPsy n’ont appris la falsification du code qu’après-coup et de la bouche de magistrats indignés. La résistance à réparer l’erreur s’explique peut-être par des raisons d’identité professionnelle trop friable, sur fond de servilité par rapport au politique. À la dernière Assemblée plénière de la Commission des psychologues (le vendredi 17 mars, et avant le départ programmé des membres de la FBP-BFP), un projet light de rectification du code a finalement été adopté. Mais le cabinet Borsus a déjà fait savoir qu’il s’y opposerait avant la création – indéterminée, problématique et nullement concertée – d’un Ordre des Psychologues. Voilà qui apparaît aussi absurde qu’inacceptable et à quoi nous ne pouvons que nous opposer.

Mais nous ne polémiquons pas pour autant avec la FBP-BFP. Bien au contraire. Nous avons eu de nombreux échanges à différents niveaux avec son ancien président et notre souci de collaborer ne s’est jamais démenti. En frisant le bac à sable, il faut cependant ajouter que notre invitation de faire connaissance avec le nouveau président s’est soldée par une fin de non recevoir. En fait, nous nous opposons seulement à la confusion continuée entre la Commission des Psychologues et la Fédération des Psychologues. Que cette dernière s’estime attaquée quand nous tentons de remettre les pendules à l’heure est un signe clairement repérable de cette confusion. Que les membres FBP-BFP de la Commission partent en « grève » quand nous demandons plus de clarté n’est pas fait pour restaurer la confiance.

Un travail en coulisses, bénéficiant de la confusion entre Fédération et Commission, a offert un boulevard au soutien de la FBP-BFP à la loi De Block. Présentée comme une avancée majeure pour des psychologues cliniciens « devenus enfin professionnels de la santé » (ce qu’ils étaient de facto depuis longtemps), cette « promotion » se paie en réalité très cher. L’identité de la psychologie est méconnue. La diversité de ses approches, la globalité de sa démarche, cèdent le pas à un formatage de type techno-médical. L’exigence épistémologique de la neuro-psychologie se voit balayée au nom des procédures imposées de l’« evidence based medicine ». Un consensus pragmatique tient lieu de démarche scientifique.

Dans le cadre de la loi De Block, le psychologue clinicien appartient à une spécialité sous-qualifiée de la médecine des organes. Aucune place pour ses modalités propres de formation, d’organisation, d’évaluation. Significativement, ce sont les « Commissions médicales provinciales » qui lui délivrent le permis d’exercer. Si l’on n’est pas convaincu, qu’on se demande pourquoi tout médecin non formé en la matière a le droit de poser tous les actes de la psychologie clinique, alors que le psychologue ne peut se permettre de poser le moindre acte médical ? Rien n’indique pourtant qu’il soit plus facile d’interpréter un Rorschach que d’aider à un accouchement : beaucoup de chauffeurs de taxi y parviennent sans difficulté. Nous pensons que Madame De Block méconnaît et méprise l’identité des psychologues. Elle ne les accueille dans son univers managérial que sur le mode de sous-médecins. Son cabinet réduit le domaine des soins de santé à l’éventail de quelques schémas techno-médicaux convertibles en codes RIZIV-INAMI. Son approche passe à côté de la personne globale et de la complexité du terrain. Pas d’écho du lien entre santé mentale et santé sociale. Pas de trace du fait que la seconde cause d’invalidité au monde se voit corrélée en premier avec la solitude, en second avec le chômage. On aura reconnu la dépression et son imposant cortège de comorbidité.

L’APPPsy défend une approche plurielle et démocratique en matière de soins psychiques. Depuis des années, nous proposons la création d’un Conseil supérieur de la santé mentale représentatif de la réalité du terrain. Madame De Block a refusé d’en parler avec nous. Elle n’a pas hésité pour autant à subtiliser le nom pour en parer un semblant de conseil. Plus largement, l’APPPsy demande l’ajout d’un chapitre III - « Les professions de la santé mentale » - au corpus de l’actuel Arrêté Royal 78 sur « L’exercice des professions des soins de santé ». Ainsi seraient prises en compte les modalités propres du champ de la santé mentale (à peu près 6% du budget de la santé) et l’importance de son impact en matière de prévention et d’économie budgétaire. Ce serait aussi l’occasion de rendre au psychiatre sa fonction d’interface entre le psychique et le somatique. Pour le reste, nous n’avons pas attendu la loi De Block pour collaborer au quotidien avec l’un des intervenants majeurs en santé mentale : le médecin généraliste.

Nous espérons que les divers recours contre la loi De Block auront raison d’un texte auquel il est difficile de trouver quelque qualité et dont l’imposition s’est faite dans le déni, la violence et le mépris. Qu’on pense à l’intégration soudaine des orthopédagogues en même temps qu’à l’éjection arbitraire des psychomotriciens du domaine des soins de santé. Il n’est pas nécessaire heureusement d’attendre une embellie pour réfléchir entre collègues à ce qui fait la scientificité des modèles de la psychologie, la spécificité de la formation des psychologues cliniciens, l’intérêt de leur compétence propre dans un champ thérapeutique à la fois distinct et complémentaire de celui de la médecine.

Le Bureau de l’APPPsy



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