CPAS : le père d'une victime des attentats répond au recteur de l'ULB

CPAS : le père d'une victime des attentats répond au recteur de l'ULB

Le père d’une jeune victime des attentats du 22 mars à Bruxelles réagit à son tour à la lettre du recteur de l’ULB. Ce dernier critiquait et s’opposait fermement à la décision du gouvernement de lever partiellement le secret professionnel dans les CPAS.

Suite au vote du Parlement mettant définitivement à mal le secret professionnel dans les CPAS, le recteur de l’ULB adressait une lettre ouverte au Premier ministre. Critiquant ouvertement la décision. Après avoir reçu une réponse de la part de Charles Michel, c’est au tour de Pierre Bastin, père d’une victime des attentats de Bruxelles, de lui adresser un courrier. L’homme se réjouit de la mesure et se dit "profondément attristé" par les propos du recteur de l’ULB.

Monsieur le Recteur,

Ma fille, Aline, a étudié et décroché un Master en Communication dans votre Université dont un des principes fondateurs est la lutte contre l’obscurantisme et le dogmatisme. Malheureusement, sa courte vie a été brisée net le 22/03/16 à Maelbeek, fracassée par le terrorisme et le fanatisme religieux. L’enquête, longue et difficile, se poursuit.

Bien que partie civile, nous n’avons pas accès au dossier d’instruction comme la Loi nous y autorise, car nous sommes trop nombreux hélas (plus de 300 parties civiles) et cela est matériellement impossible. Nous patientons donc et faisons confiance à madame la Juge d’Instruction Bernardo Mendez en charge du dossier.

Ceci dit pour vous expliquer mon incrédulité et ma stupéfaction lorsque j’apprends par la voix du Premier Ministre, en réponse à votre carte blanche :

« En septembre 2015, le Procureur général de Bruxelles déplorait dans sa mercuriale l’attitude de certains CPAS refusant de collaborer avec la justice dans le cadre d’enquêtes sur certains allocataires sociaux suspectés d’activités terroristes, en se retranchant derrière leur obligation de respecter le secret professionnel. Ces propos ont été confirmés lors de différentes auditions survenues devant la Chambre dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire du 22/03/16.

À cette occasion, tant le Procureur fédéral que plusieurs responsables de services de police ont mis en évidence les problèmes liés au secret professionnel derrière lequel certains services et leurs travailleurs se retranchaient dans le cadre d’enquêtes liées à des infractions terroristes (…). Pour rappel, lors de son audition en commission d’enquête le 03/10/2016, le Procureur général de Bruxelles a indiqué avoir encore reçu quelques jours plus tôt un courrier du CPAS de la Ville de Bruxelles refusant de collaborer à une enquête terroriste sous couvert du secret professionnel ».

Pour remédier à cette situation, la majorité propose, à juste titre et avec l’aide louable d’un parti d’opposition, le CDH, un projet de loi abolissant le secret professionnel des assistants sociaux, uniquement dans les affaires de terrorisme.

Que vous soyez opposé à tout changement dans ce domaine, c’est une chose, et c’est votre droit comme citoyen. Que vous utilisiez l’autorité morale liée à votre fonction en est une autre, qui m’attriste profondément.

À une certaine époque, le secret professionnel du banquier était bétonné. Imagine-t-on encore à notre époque qu’il subsiste intégralement en toutes circonstances ? Il me paraît incompréhensible de cautionner la pratique du secret professionnel, telle que décrite plus haut, par des intervenants sociaux. Il ne s’agit pas ici de vol à l’étalage ou de coups et blessures. Il s’agit de 32 morts innocents et de dizaines de traumatisés qui porteront leur souffrance à vie.

L’État n’a pas pu assurer leur sécurité. Il ne pourra non plus leur rendre justice étant donné que les auteurs des faits, disparus, resteront à jamais des suspects. Du moins ont-ils droit à la vérité sur cette tragédie et il serait inhumain de leur opposer un misérable petit tas de secrets. Alors que les familles de victimes se débattent dans les affres des procédures d’indemnisations depuis près d’un an et doivent faire leur deuil au milieu de nuits blanches qui affecteront à coup sûr leur santé, les autorités de l’État ont le devoir de tout faire pour qu’à l’avenir d’autres concitoyens ne soient pas aussi cruellement frappés.

Non, monsieur le Recteur, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, et se réfugier dans le déni et le refus de changement de nos comportements ne nous aide pas. Cela aide nos ennemis qui profitent de chacune de nos faiblesses pour tenter de disloquer notre société.

Si nous sommes incapables d’un sursaut, alors, malheureusement, le philosophe Michel Onfray aura raison quand il dit :« Après un épisode terroriste où le sang occidental a été abondamment versé, nous n’avons plus pour seules et uniques réponses que des bougies et des peluches, des poèmes et des manifestations silencieuses, signes du nihilisme dans lequel nous croupissons ».

Pierre Bastin, père d’Aline Bastin.



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