CPAS : le recteur de l'ULB réagit

CPAS : le recteur de l'ULB réagit

Yvon Englert, recteur de l’ULB répond à Pierre Bastin, père d’une victime des attentats de Bruxelles, pour "corriger un malentendu".

Ce dimanche, Pierre Bastin, père d’une victime des attentats de Bruxelles, s’est dit "profondément attristé" par la lettre du recteur de l’ULB critiquant la levée partielle du secret professionnel dans les CPAS. Le recteur a tenu à lui répondre pour "corriger un malentendu".

La carte blanche parue ce dimanche sur LaLibre.be et écrite par le Dr. Bastin, père d’une des victimes de la station Maelbeek, m’incite à clarifier la position que je défends depuis maintenant une semaine dans ce qui ne peut aucunement apparaître (et qui n’est pas) comme un affrontement entre des principes abstraits et l’intérêt des victimes.

Je voudrais d’abord présenter mes condoléances et m’incliner devant ce père et, à travers lui, devant tous les proches des victimes des attentats du 22 mars. Une des doctorantes de mon service se trouvait également dans la rame du métro Maelbeek, et je sais l’enfer que cela a été et restera à jamais pour ceux qui ont vécu ce drame ou qui y ont perdu un proche.

Je voudrais ensuite corriger un malentendu : je n’ai aucunement légitimé l’absence de collaboration d’un CPAS à l’enquête. J’ai souligné que si, comme cela a été suggéré, ce refus était abusif, il eut fallu déposer plainte pour "détournement du secret professionnel" et obtenir de la justice de faire appliquer la loi. On ne change pas une loi alors qu’elle est, de l’aveu même des parlementaires, "déjà suffisante" parce qu’on considère que quelqu’un l’enfreint.

Ce qui a déclenché ma réaction, c’est que la loi en cours d’adoption n’apporte pas la clarification (inutile) qu’on nous présente mais pose les jalons d’une extension significative des pouvoirs de l’état, extension que d’aucuns estiment dangereuse pour l’équilibre des pouvoirs d’une société démocratique. En cela, il me paraît que je suis dans la droite ligne de ce que doit être un des rôles de l’Université dans la cité, un lieu de débat et de vigilance où la pensée résiste à la sidération devant les évènements et où la parole ne se soumet pas, surtout quand elle dérange.

Enfin, je me permets un court commentaire sur ce qui nous occupe aujourd’hui. Plutôt que de se poser des questions sur l’affaiblissement du fonctionnement de l’Etat depuis des décennies, le législateur semble préférer pointer les travailleurs sociaux comme s’ils avaient quelque chose à voir avec l’échec pour notre sécurité à tous qu’a représenté l’attentat du 22 mars. Cela me fait irrésistiblement penser à une fable de La Fontaine que j’ai apprise à l’école et que j’encourage tous les lecteurs de La Libre à relire. Elle s’intitule "les animaux malades de la peste".

Yvon Englert, recteur de l’ULB



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