De block s'attaque aux maisons médicales

De block s'attaque aux maisons médicales

La ministre de la santé a chargé un cabinet d’audit et de conseil d’effectuer une expertise des maisons médicales belges. Sofie Merckx et Dirk Van Duppen, médecins généralistes et spécialistes de la santé PTB s’insurgent par une carte blanche publiée dans Le Vif .

" Depuis deux ans, la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) a les maisons médicales dans son collimateur. Elle vient ainsi de lancer une nouvelle attaque, en confiant un audit des maisons médicales - " pour voir si chaque euro est bien utilisé " - à un bureau d’audit commercial international, KPMG. Un bureau connu pour ses positions en faveur d’une privatisation des soins de santé et d’une médecine à deux vitesses.

À la différence des médecins généralistes classiques, qui sont payés à la prestation, les maisons médicales travaillant de manière forfaitaire reçoivent un montant fixe par mois et par patient inscrit. Ce secteur grandit d’année en année. En Belgique, il y a actuellement 165 maisons médicales de ce type, dans lesquelles 350 000 patients peuvent se rendre sans argent chez le médecin généraliste ou pour des soins infirmiers. Cette croissance est également tout à fait nécessaire. En effet, une étude de la Commission européenne souligne que, chaque année dans notre pays, 900 000 patients reportent une consultation chez le médecin pour des raisons financières. De plus, ce sont surtout les quartiers populaires des grandes villes qui sont menacés d’un manque criant de médecins généralistes.

Pourtant, cette ministre libérale - elle-même médecin généraliste - lance une attaque contre ce qui est par excellence une manière sociale de dispenser des soins de santé. L’an passé, elle avait déjà annoncé une économie linéaire de 7 millions d’euros, soit 4% du budget total du secteur pour 2017. Cela signifiait par exemple que l’engagement prévu d’un mi-temps de psychologue dans notre maison médicale de Hoboken n’a pas pu avoir lieu.

En juin, la ministre a annoncé vouloir encore économiser 5,8 millions d’euros supplémentaires. Au total, environ 7% du budget ! Maggie De Block a également décrété un moratoire par lequel, malgré les nombreuses demandes d’agréation, aucune nouvelle maison médicale ne peut être ouverte. L’accès aux soins de santé gratuits est ainsi refusé à 20 000 patients en attente. Et, désormais, la ministre veut faire réaliser une analyse des maisons médicales "pour voir si chaque euro est bien utilisé". À cet effet, elle s’est adressée à... un bureau d’audit commercial international, KPMG. Et, dans le groupe de pilotage de cet audit, Maggie De Block refuse que les maisons médicales elles-mêmes soient représentées...

KPMG : un promoteur de la privatisation des soins

Récemment, le Corporate European Observatory, une ONG qui étudie le lobbying au sein de l’Europe, a publié un rapport sur les groupes de lobbying qui oeuvrent à la privatisation des soins de santé. Et il s’avère que KPMG est l’un des trois acteurs les plus importants dans ce domaine.

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La stratégie de De Block n’est pas sortie de nulle part. En novembre 2016, la ministre a en effet nommé en toute discrétion Bart Vermeulen au poste de chef de cabinet adjoint, responsable de l’ensemble des soins de santé. Vermeulen est un ancien cadre de Pharma.be, la machine de lobbying de l’industrie pharmaceutique.

Pour faire son audit, De Block préfère un groupe de lobbying à un institut de recherche indépendant

Les quatre fédérations qui représentent les maisons médicales sont demandeuses d’une analyse objective afin d’améliorer leur fonctionnement. Elles n’ont rien à cacher et, l’an dernier, elles ont même proposé de reprendre l’étude réalisée par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) en 2008. Le KCE a comme grand avantage d’être un institut indépendant, financé par l’État. "Il est frappant de constater que, l’été dernier, la Commission forfait de l’Inami avait elle-même introduit une nouvelle demande auprès du KCE pour une étude à l’objectif comparable. Cette proposition n’avait alors pas été retenue par le conseil d’administration du KCE (avec représentation de la ministre)."

Par ailleurs, il serait logique que, pour cette enquête, un audit similaire soit également réalisé sur le système du paiement à la prestation, ce qui permettrait alors de comparer les deux systèmes. Et ce d’autant plus parce qu’en 2008, le KCE avait déjà effectué une telle analyse. Il en ressortait que le système forfaitaire ne coûtait pas plus cher que le système du paiement à la prestation. Mais le système forfaitaire rendait les soins bien plus accessibles en supprimant les seuils financiers pour le patient, et il va de pair avec un meilleur comportement de prescription, en particulier des antibiotiques - le cheval de bataille de la ministre -, une réduction des renvois vers des spécialistes et donc des coûts pour la deuxième ligne. Comme audit, il serait donc logique de réaliser une suite à cette étude. Mais Maggie De Block préfère s’adresser à un groupe d’audit commercial plutôt qu’à un institut de recherche indépendant. Il y a encore plus. La ministre veut supprimer le KCE en tant qu’organe de recherche indépendant en le fusionnant avec d’autres institutions, dans lesquelles les représentants des patients et des organisations comme les mutuelles sont exclues du conseil d’administration. Le cabinet prendra ainsi le contrôle total de ce centre d’expertise et peut décider de ce que l’on analyse - et, surtout, de ce que l’on n’analyse pas.

Le monde à l’envers

On sait depuis longtemps que les personnes qui composent le cabinet De Block ne sont pas du tout favorables au financement forfaitaire. La ministre veut amputer la médecine sociale. Elle préfère la médecine libérale ou "libre" à la prestation où le médecin ou dispensateur de soins est payé à la prestation ou à la consultation. Alors que le KCE a déjà montré dans plusieurs études que ce paiement à la prestation constitue une cause importante de la surconsommation, du gaspillage et du mauvais usage de médicaments et de soins. Plus on fait de prestations, examens et traitements, plus le tiroir-caisse se remplit.

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L’an dernier, Luc Van Gorp, le nouveau président des Mutualités chrétiennes (MC), dénonçait les revenus exorbitants de certains spécialistes. Ceux-ci peuvent facilement s’élever à 50 000 euros par mois, selon la spécialité. Les MC demandaient donc plus de transparence sur ce point. Le fait que la ministre ne commande pas d’audit sur ce que gagnent les spécialistes - ce qui coûte un budget annuel de 6,7 milliards d’euros -, mais bien sur le financement des maisons médicales - dont le budget annuel est de 157 millions - est le monde à l’envers."

Par Sofie Merckx et Dirk Van Duppen, médecins généralistes et spécialistes de la santé PTB , dans une carte blanche publiée dans le journal Le Vif.



Commentaires - 2 messages
  • Elle Dé Block de plus en plus. Juste bonne à enfermer !

    Brille jeudi 27 juillet 2017 11:45
  • Pour rencontrer les besoins des sans-abri à Bruxelles, Médecins Sans Frontières fai(sai)t des consultations sur le terrain, sans paiement. Les Maisons Médicales répondent bien à un réel besoin, car la pauvreté progresse, en temps de crise, ou de transition, ou les deux!!!

    druYdeu dS vendredi 28 juillet 2017 10:30

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