Elargir le parc carcéral n'est pas la panacée aux problèmes des prisons

Elargir le parc carcéral n'est pas la panacée aux problèmes des prisons

Depuis l’entrée en fonction du gouvernement Michel Ier, pas un jour ne passe sans revendications. Vendredi 7 novembre, c’était au tour des prisons de faire entendre leurs griefs avec une grève nationale de 32 heures. Au tableau des protestations : l’état déplorable des établissements pénitentiaires en Belgique et le manque récurrent d’effectifs.


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La situation affligeante au sein des prisons du pays ne date pourtant pas d’hier. Pour y remédier, un plan d’action pour une infrastructure pénitentiaire dans des conditions humaines avait été mis en place par le ministre de la Justice à l’époque, le chrétien-démocrate flamand Stefaan De Clerck. Il s’agit du Masterplan 2008-2012-2016 qui prévoit la rénovation de prisons devenues vétustes, la réalisation de travaux dans les prisons existantes et la construction de nouveaux établissements, tels que les prisons de Marche-en-Famenne, Beveren, Termonde et Leuze-en-Hainaut. À venir également, les prisons de Haren, Achêne ou encore Sambreville.

Les caisses de la justice sont vides

Fondamentalement, ce plan devrait entraîner la modernisation et l’élargissement de la capacité pénitentiaire «  de façon durable et qualitative, en vue d’améliorer considérablement l’exécution de la peine », comme le déclarait alors Stefaan De Clerck. Dans les faits, la situation se révèle beaucoup plus compliquée, car les économies voulues par les gouvernements successifs n’épargnent pas le ministère de la Justice, désormais en déficit chronique.

Au final, les prisons belges souffrent de surpopulation et de grèves trop fréquentes avec comme conséquences le travail des intervenants psycho-sociaux souvent mis à mal et les droits fondamentaux des détenus qui s’effritent de jour en jour...

En attente d’une réponse claire du gouvernement...

Et le nouvel accord de gouvernement est loin d’inspirer confiance aux acteurs pénitentiaires... Si les syndicats ont déjà rencontré à plusieurs reprises le nouveau ministre de la Justice Koen Geens, ils n’ont jusqu’à présent reçu aucune réponse claire à leurs revendications, que ce soit sur la question des pensions, du service minimum ou encore de l’infrastructure carcérale.

Seule avancée enregistrée par le gouvernement : les agents pénitentiaires bénéficient depuis le 1er novembre de promotions. Il s’agit d’une part de revalorisations barémiques, dans la lignée de l’arrêté royal de 2009, et d’autre part d’avancement par grade. « Ceux-ci ont été promis à de nombreuses reprises et bénéficieront d’un effet rétroactif au 1er décembre 2013 », a annoncé le ministre de la Justice Koen Geens.

Donner du sens à la privation de liberté

Pour le reste, le milieu carcéral attend du concret de la part des autorités publiques ainsi que davantage d’investissement du monde politique à la dimension constructive de la détention. À cet égard, la CAAP – Concertation des Associations Actives en Prison – qui regroupe actuellement 46 associations actives en prison et/ou à la sortie de prison rappelle que le temps de détention doit donner la possibilité aux détenus de construire un projet durable en vue de leur (ré)insertion dans la société. Un proposition que l’association avait détaillé en solutions concrètes dans son mémorandum d’avant les élections du 25 mai dernier.

En toile de fond de ces revendications : donner un visage plus humain à la prison. Cela alors que la Belgique a été plusieurs fois condamnée par diverses instances internationales (Comité anti-torture, Cour européenne des droits de l’homme,...) en raison des conditions déplorables d’incarcération des détenus. Dans un tel contexte, il y a urgence et à ce sujet, les experts sont unanimes : les solutions ne doivent pas se limiter à l’extension du parc carcéral. Car élargir la capacité ne résorbe en rien la surpopulation, au contraire. De nombreuses études criminologiques affirment qu’elle induit plutôt une augmentation des détentions.

Delphine Hotua



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