Faut-il remettre en question la régulation sectorielle en maison de repos ?

Faut-il remettre en question la régulation sectorielle en maison de repos ?

Pour accompagner le vieillissement de la population, des lits de maisons de repos devront être ouverts dans les années à venir. Des chiffres astronomiques sont cités par certains acteurs. Qui les ouvrira ? Qui en bénéficiera ?

En Wallonie, les maisons de repos accompagnent plus 46 000 résidants et emploient plus de 28 500 personnes. Depuis 1999, pour l’ouverture de lits, un mécanisme de régulation des parts sectorielles existe : 29% au minimum des lits au secteur public, 21 % au minimum au secteur associatif et 50% au maximum au secteur commercial. Mais une remise en question de la régulation sectorielle, dans le secteur des maisons de repos, est annoncée.

La crainte de la marchandisation

La Fédération des CPAS de l’Union des Villes et Communes de Wallonie s’inquiète, car ce changement impliquerait une marchandisation accrue du secteur des maisons de repos. Ce mécanisme doit être maintenu et le secteur ne doit pas être davantage « marchandisé ». A l’origine, ce dispositif visait à contribuer à la possibilité de choix aux résidants. Cet argument reste valable particulièrement avec la montée de grands groupes à offre standardisée.

Des besoins surestimés ?

La régulation sectorielle a fonctionné : il y a eu création de lits et rééquilibrage sectoriel. Un peu moins de 400 lits (396) ont été créés par an. Le secteur a progressé de 15% pour seulement 11,6% au niveau du secteur lucratif. Dans les 10 ans à venir, les besoins en ouverture en lits ne seront pas immenses, estime encore la Fédération des CPAS. La prévision la plus récente, celle de l’IDD (Institut pour un développement durable) est de 51 000 lits et correspond à un besoin de 256 lits par an d’ici 2024.

Privé = plus cher

Il y a de bonnes maisons dans les différents sous-secteurs. Toutefois, tendanciellement, le secteur commercial présente des différences. Il a des prix plus élevés en moyenne que le secteur public. Cela se marque encore plus en cas d’ouverture de nouvelles maisons. Si l’on renforce la marchandisation du secteur, les prix vont augmenter significativement. Cela va réduire l’accessibilité financière alors que davantage de personnes devraient avoir des difficultés à payer leur facture de maison de repos. Elles devront demander l’aide de la famille ou du CPAS. Cela va impacter les dépenses des CPAS et, partant, des communes.

Préserver le relationnel

Ce secteur travaille avec relativement moins de personnel et fait l’objet de plus de plaintes. Il représente 48 % des résidants, mais 41 % de l’emploi. Il compte pour 50 % des lits et 70 % des plaintes. Au niveau macro, cela implique que l’effet de retour en termes de création d’emplois et cotisations sociales, sera moindre. Le relationnel est très important dans la vie en maison de repos. Au moins il y a de personnel, au moins il y a de temps disponible pour celui-ci.

Les PPP : pas la panacée !

Les PPP (en toutes lettres : partenariat public-privé) ne sont pas la panacée. Longtemps perçus positivement, les PPP font maintenant l’objet de diverses critiques. Ils présentent notamment un surcoût important lorsque l’on considère le projet sur l’ensemble de sa durée de vie. Vu l’importance de l’épargne des ménages et la faiblesse des taux d’intérêt, l’argument du manque de capitaux publics n’est pas convainquant. Plutôt que remettre en question la régulation sectorielle et partant favoriser la marchandisation du secteur, la Wallonie ne devrait-elle pas :
- favoriser des mesures contribuant à l’espérance de vie en bonne santé ;
- contribuer à la révision des normes Sec 2010 ;
- soutenir davantage la création des offres alternatives ;
- développer une assurance autonomie pour tous les aînés, quel que soit leur milieu de vie ?

Pour lire toute l’étude de la Fédération des CPAS :

Le défi du vieillissement et la création de lits de maisons de repos : Par qui ? Pour qui ?



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