Faut-il stopper le projet de méga-prison à Haren ?

Faut-il stopper le projet de méga-prison à Haren?

10 associations ont mis sur pied une "plate-forme pour sortir du désastre carcéral" annoncé, selon elles, par le projet de méga-prison à Haren, au Nord-Est de Bruxelles. Objectif : l’arrêt immédiat du projet.

Les voix s’élèvent contre le projet maître du Master Plan fédéral dans la lutte contre la surpopulation carcérale. La méga-prison de Haren devrait, à son ouverture prévue en 2018, accueillir 1. 190 détenus sur une surface de 18 hectares. La perspective de ce "village carcéral" n’enchante pas de nombreux acteurs sociaux et professionnels du secteur, qui redoutent qu’un centre de détention aussi grand ne porte préjudice aux droits fondamentaux des détenus. Déterminées à stopper le projet, 10 associations dont la Ligue des droits de l’Homme, l’Association syndicale des magistrats ou encore l’Observatoire des prisons, se sont réunies ce jeudi à cette initiative.

Vers la déshumanisation des détenus ?

De nombreux acteurs sociaux déplorent, entre autres, un projet à vocation clairement économique. Plutôt que d’améliorer le bien-être des détenus en réhabilitant les prisons de Forest, Saint-Gilles et Berkendael, le fédéral préférerait construire une seule prison immense sur un terrain bien moins cher à exploiter. Problème : les avocats et les magistrats s’inquiètent des conditions de vie dans une méga-prison, craignant une déshumanisation des détenus. Pour La Libre, Anne Gruwez, juge d’instruction à Bruxelles, expliquait les craintes du secteur : Selon elle, dans une prison de 1.200 places, "les personnes ne seront plus qu’un numéro de cellule". Au lieu d’une méga-prison, il faudrait privilégier des centres pénitentiaires de 30 places maximum pour garantir aux détenus la dignité de se faire appeler par leur nom.

Le projet prévoit également que les magistrats tiennent les chambres du conseil au sein de la prison, ce qui, vu le nombre de dossiers, les forcerait à audiencier plusieurs détenus à la fois. Il faudrait pour cela également mobiliser un juge d’instruction pendant plusieurs heures, sans parler des équipements nécessaires à la tenue d’audiences. Autant de problèmes pratiques, au détriment des professionnels du secteur ainsi que des détenus, qui rendent le projet rédhibitoire pour les associations.

Accessibilité désastreuse et colère des riverains

En plus de porter atteinte aux conditions de vie dans les prisons, le projet de Haren serait un désastre en termes d’aménagements du territoire. Depuis le palais de justice à Bruxelles, il faudrait près de 1h30 en transports en commun pour rejoindre le site. A Inter-Environnement Bruxelles, on s’inquiète aussi des conséquences de l’implantation d’une méga-prison dans l’environnement urbain : " Comment le projet va-t-il cohabiter avec son environnement ? Va-t-il constituer une barrière supplémentaire pour les riverains obligés de faire plusieurs kilomètres pour contourner sa masse ? Quelle est son accessibilité tant pour les magistrats, les avocats, les familles des détenus et autres visiteurs ? Pourquoi ne pas plutôt rénover la prison de Saint-Gilles bien plus centrale ? ", dénonce Claire Schohier auprès de la Ligue des droits de l’homme. Des questions laissées pourtant sans réponse, alors que l’étude d’incidences du projet avant l’obtention du permis de construire est en cours.

Inutile dans la lutte contre la surpopulation carcérale

Coûteuse et trop contraignante, la solution d’une méga-prison ne serait surtout d’aucune aide au problème de surpopulation dans nos prisons. Pour beaucoup de magistrats, on ne règle pas le problème des prisons trop pleines en se contentant d’y créer plus de places. Il faudrait au contraire revoir les modalités de détention préventive, alors que, selon La Libre, 35 à 40% des détenus en centres pénitentiaires seraient placés là en attente de leur procès.

Le Président de la Ligue des Droits de l’Homme a ainsi souligné le manque de communication entre le Parlement et les acteurs du secteurs pour la mise en place du Master Plan des prisons : " Pendant tout le processus d’élaboration du projet, aucun des acteurs concernés par le projet, magistrats, avocats, services d’aide aux détenus, n’ont été consultés pour un projet dont le gigantisme pose beaucoup de questions, avec entre autres celle de la qualité de la détention". La "Plate-forme pour sortir du désastre carcéral" a donc appelé les ministres compétents à écouter l’appel des professionnels et enterrer définitivement le projet.



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