Il y a une aberration à l’heure actuelle dans le statut des psychomotriciens

Il y a une aberration à l'heure actuelle dans le statut des psychomotriciens

Suite à la décision de la Cour constitutionnelle, le 7 mars dernier, les psychomotriciens restent dans le flou quant à la pratique de leur profession. Elle n’est pas illégale en soi et des débouchés existent, bien que fortement restreints, mais certains actes thérapeutiques leur sont désormais interdits, au profit des kinés ou des ergothérapeutes.

Le 7 mars dernier, la Cour constitutionnelle donnait raison à la ministre de la Santé, Maggie De Block, quant à l’exercice de la psychomotricité. Certains actes, dits thérapeutiques, resteront interdits aux professionnels. Suite à cette décision, jugée « sidérante » par le secteur, l’Union professionnelle Belge des psychomotriciens francophones (UPBPF), associée à la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), examinait les possibilités d’aller en appel. C’est désormais chose faite. Anne Taymans, présidente de l’UPBPF, fait le point sur la situation.

Une aberration

Pour la présidente de l’UPBPF, si l’objectif poursuivi, en allant en appel, n’est pas de remettre en cause le fonctionnement de l’Etat belge stricto sensu, l’Union souhaite néanmoins qu’il reconnaisse qu’à l’heure actuelle, il y a une réelle aberration dans la pratique de la profession. Comme l’explique Anne Taymans, « Quand on en arrive à taxer d’illégalité des gens qui travaillent depuis des années alors qu’ils ne sont pas dangereux pour la santé comme l’entendrait le Fédéral, il y a une aberration. C’est ça que nous souhaitons défendre. »

Des actes non définis

La complexité de la situation résulte du fait que toute la profession n’est pas taxée d’illégale. Seuls certains actes, d’ordre thérapeutiques, sont concernés par la décision de la ministre. Lesquels ? Les professionnels n’en ont pas été informés. « Ce que Mme De Block conteste c’est que nous puissions prétendre à avoir une reconnaissance paramédicale et donc elle nous empêche de pratiquer les actes thérapeutiques de psychomotricité ».

La ministre n’a jamais clairement spécifié quels actes étaient « réservés » aux kinésithérapeutes, aux ergothérapeutes ou aux logopèdes. Ce que déplore la présidente. « On ne s’est jamais mis à table avec les ergos, les kinés, etc. pour dire : telle partie est donnée aux psychomot, aux ergos, etc. et ne peuvent pas être pratiqués par les psychomot ou être pratiqués par les deux. Il est clair que si on dit ‘actes’, il faut définir à qui. On pourrait se dire que certaines choses que nous faisons, comme le toucher thérapeutique, la rencontre avec la personne, etc., ce sont des points d’achoppement ou nous pourrions discuter ensemble et ce travail n’a jamais été fait. Nous ne savons pas nous-mêmes ce que nous ne pouvons pas faire. »

D’où la volonté du secteur de se faire entendre. « La ministre ne définit pas quels actes sont illégaux. C’est ce qui motive aussi notre volonté d’aller en appel par rapport à la décision du premier juge. D’abord, à la fois de continuer à mettre cette question de l’illégalité en avant, de la questionner. Et d’espérer avoir des justifications et des discussions à tout le moins. »

Quid de la situation actuelle ?

Anne Taymans insiste, le métier continue à être reconnu et porté par la Communauté française. Plusieurs écoles veulent continuer à proposer la formation. La question qui en découle est cependant de savoir où vont pouvoir pratiquer ces futurs diplômés. C’est pourquoi, l’UPBPF s’est associée à la FEF dans les démarches. Même si chacune a parfois sa vision de la situation. « Les professionnels sont assez sensibles pour le moment à la façon de nommer les choses, il y a toujours très vite des amalgames. C’est vrai qu’on est partenaires avec la FEF pour ce combat juridique et médiatique, mais Maxime le sait bien, j’en parle régulièrement avec lui, parfois pour mobiliser l’opinion publique il va assez fort dans ses messages et donc c’est vrai que… ils sont peut-être plus revendicateurs. Ils peuvent parfois donner un message qui est réducteur. C’est vrai que c’est peut-être l’impression que peuvent avoir certains étudiants : 3 ans d’études pour rien. En tant qu’Union, on s’oppose à ce message car ce n’est pas rien. Il y a de toute façon des possibilités de travailler, de créer de l’emploi, mais c’est vrai qu’elles sont terriblement réduites.

Ce qu’il s’est passé depuis le mois de juin de l’année passée, c’est que cette idée d’illégalité a fait tache d’huile auprès d’employeurs, auprès de services sociaux, etc. qui hésitent - là où il y avait des emplois- à les ouvrir. Et il y a eu des contrats annulés, simplement parce qu’ils ne peuvent pas se mettre eux-mêmes dans une menace d’illégalité, ce qui est compréhensible. »

Que veut Maggie De Block ?

Les psychomotriciens prennent en charge une personne sur le plan global, comme le précise la présidente. Cette dernière soutient que la profession a toute sa place, en parallèle avec le travail des psychothérapeutes, des ergothérapeutes ou encore des kinésithérapites. « Nous voyons au quotidien que cette façon d’intervenir sur le terrain avec les personnes est vraiment complémentaire aux autres professions paramédicales. On peut vraiment avoir un travail multidsiciplinaire avec des échanges très riches et fonctionner ensemble. Quand je travaille, je peux travailler pour certaines enfants en parallèle d’une psy, d’une kiné, d’une ergo, etc. Et on se renforce mutuellement, on ne se prend pas le travail les unes des autres. C’est ça qu’on aimerait bien défendre. » Cependant, il est évident que le secteur connait la façon de penser de la ministre et s’y prépare. « S’il faut passer par des actes plus ‘protocolaires’ pour avoir une autorisation de travailler, nous sommes prêts. Nous avons entamé une réflexion sur les actes, nous sommes prêts à rencontrer nos collègues, kinés, ergos, logos, etc. pour essayer de voir comment on peut définir le travail de chacun. Néanmoins, nous allons toujours maintenir le fait de ne pas avoir de programme préétabli. »

Là peut-être où le bât blesse…

« Oui, oui bien sûr, mais on sait bien comment Maggie De Block pense les choses, avec sa vision à elle et sa volonté de voir les choses et de respecter les limites budgétaires, etc. Voilà, on peut quand même prendre appui sur les pays qui nous environnent comme la France, le Luxembourg, etc. où les psychomotriciens ont défini les types de professionnels avec qui ils travaillent et lui laisser la liberté thérapeutique… Le problème est que nous ne l’avons jamais rencontrée, nous n’avons aucun contact avec elle ni courrier officiel. On sent bien que le Fédéral ne nous fera pas de cadeau, qu’il n’a pas envie de discuter avec nous et qu’il veut nous écarter. C’est pour ça qu’on pense aller en appel parce que vraiment c’est inadmissible d’être comme ça écarté sans avoir notre mot à dire. Elle se prémunit de toute attaque potentielle… »

Communiqué de l’UPBPF sur la décision d’aller en appel : ici

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