L’accueil des victimes de la traite humaine mis à mal par l’austérité budgétaire

L'accueil des victimes de la traite humaine mis à mal par l'austérité budgétaire

PAG-ASA voit son budget fédéral diminué de presque 35 % depuis 2012. Une réduction susceptible de nuire au bon fonctionnement de l’ASBL qui s’occupe des victimes de la traite des êtres humains.

La politique d’austérité du gouvernement fédéral intervient dans tous les secteurs de la société. Certains en pâtissent plus que d’autres, notamment les centres d’accueil destinés aux victimes de la traite des êtres humains. En Belgique, il en existe trois : PAG-ASA à Bruxelles, Sürya à Liège et Payoke à Anvers.

Début des années nonante, suite au livre du journaliste Chris De Stoop « Elles sont si gentilles, monsieur », une enquête sur le trafic des êtres humains en Belgique, une commission parlementaire prend à bras le corps le problème et débloque des moyens pour fonder des centres chargés des victimes de la traite humaine - les trois ASBL citées plus haut. Entre 2007 et 2012, leur budget alloué par le fédéral est plus ou moins stable. Peu à peu surgissent des coupes budgétaires. Comme dans d’autres secteurs, ces ASBL doivent faire attention à tous les détails pour diminuer leurs dépenses.

Budget toujours plus réduit

Cette année, ces centres d’accueil voient leur budget fédéral réduit de presque 35 % depuis 2012. L’année dernière, ils ont reçu 1.194.000 € à diviser en trois parts. Aujourd’hui, ce budget ne s’élève plus qu’à 783.459 €. Parmi leurs autres sources pécuniaires, 60 % viennent des Régions, et 10 % de projets et de dons.

« Auparavant, nous faisions des efforts budgétaires dans la consommation de la nourriture par exemple. Maintenant, on doit couper dans certains de nos services destinés aux victimes. On doit prendre des avocats pro deo, puisque nous n’avons plus les moyens de payer des avocats pour défendre les personnes dont nous nous occupons », explique Sarah De Hovre, directrice de PAG-ASA.

Dans son rapport annuel de 2013, l’ASBL PAG-ASA mentionnait déjà qu’elle avait été touchée « lourdement par les mesures d’austérité au niveau des autorités. C’est ainsi que la Loterie Nationale et le SPF Emploi ont diminué nos subsides. Ces diminutions ont été annoncées au courant de l’année, ce que nous avons ressenti comme très injuste, puisque notre budget 2013 a été rédigé selon les principes de bonne gestion, fin 2012. »

Une politique d’austérité contre-productive

Avec un budget réduit de presque 35 % au niveau fédéral, les trois ASBL craignent de couper dans leur fonctionnement même. « Nous réfléchissons à d’autres efforts, mais je vois mal comment nous ne pourrions toucher à notre bon déroulement. Par exemple, nous avons dans notre maison d’accueil une permanence de garde la nuit pour accueillir des victimes amenées par la police. Et faut-il alors qu’on supprime cette permanence et que par conséquent on ne les accueille plus durant la nuit ? », observe Sarah De Hovre.

Quand l’un des trois centres accueille une victime, il attend en retour quelques informations utiles pour la lutte de la police contre la traite humaine. La victime dispose alors d’une quarantaine de jours pour accepter cet échange. Parmi les autres missions de ces centres, il y a également la sensibilisation des acteurs du terrain pour reconnaître une victime de la traite humaine. Bien entendu, cela fait partie des dépenses de l’ASBL.

« Or notre rôle est essentiel, autant pour la société que la lutte contre la traite humaine. On fournit de précieuses informations grâce aux témoignages des victimes, pour démanteler par exemple des réseaux criminels. À cause des coupes budgétaires, nous craignons que ce rôle ne soit plus assuré correctement. Nous avons appris que d’autres centres d’accueil de pays limitrophes ne subissent pas d’aussi lourdes coupes budgétaires » déplore Sarah De Hovre.

Skan Triki



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