L’Aide à la jeunesse, un secteur aussi en manque de visibilité

L'Aide à la jeunesse, un secteur aussi en manque de visibilité

Suite aux récents évènements politiques, les discussions portant sur le nouveau Décret Code de l’Aide à la jeunesse ont été reportées car jugées non prioritaires par la majorité en place. Pour certaines personnes du secteur, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, le texte en état comportant beaucoup trop de zones d’ombre. Egalement en question : l’élargissement des prises en charge (PEC) aux jeunes jusque 22 ans, qui traduisent peut-être un certain favoritisme du ministre pour certaines structures…

La situation politique récente a entrainé une re-priorisation des dossiers en cours. Relégué au deuxième plan, le dossier concernant le nouveau Décret Code de l’Aide à la jeunesse ne fait pas que des émules dans le secteur. Au contraire. Si le texte, dans son ensemble, comporte de très bonnes parties, certaines zones posent question, comme celle de l’étendue de la prise en charge (PEC) aux jeunes jusqu’à l’âge de 22 ans. Une mesure qui n’est pas sans rappeler la polémique engendrée par l’implémentation des Mados (Maison de l’Adolescence, qui prône une prise en charge des jeunes jusque 25 ans). Porté par Alberto Mulas, directeur de l’ISPPC, détaché par le ministre Madrane jusqu’à la fin de la législature, le projet avait fait l’objet d’un refus en Commission d’agrément… non suivi par le ministre. Le directeur d’AMO et membre du CCAJ, Philippe Renard, explique son point de vue.

Un décret favorable à certaines structures ?

Parmi les mesures proposées par le ministre actuellement en charge, Rachid Madrane, dans la première mouture du projet de décret, était celle de la prise en charge des jeunes jusqu’à 25 ans. Mesure qui, suite à un avis négatif du CCAJ et à un refus du partenaire politique de l’époque (le cdH) a dû être revue à la baisse. Dès lors, dans le projet de décret soumis aux parlementaires, les prises en charge s’étendent aux jeunes jusqu’à 22 ans. Néanmoins, la question de savoir si le ministre a, dès lors, voulu favoriser un certain type de structures (comme les Mados), peut se poser. Pour Philippe Renard, « C’est vrai que c’est une hypothèse, d’augmenter l’âge parce que c’était bénéfique aux Mados. Ceci dit, certains collègues d’AMO voulaient ça aussi, comme c’est le cas, par exemple, de Solidarcité. En ce qui me concerne, j’ai toujours dit qu’il fallait financer les 16-20 ans, mais plus haut, il faut trouver un financement ailleurs. Ce n’est pas normal que l’Aide à la jeunesse continue à financer ça. Je pense donc que ces services étaient un peu en demande aussi et que la mesure leur « profitait ». »

Un réel besoin

Si «  Beaucoup ont dit que c’était une volonté de la part du ministre de bétonner un peu le champ d’action pour les Mados, ça c’est clair », Philippe Renard reconnait néanmoins un certain besoin pour ces jeunes de plus de 20 ans : « L’argument du ministre, de dire que ces jeunes sont largués à 20 ans, je peux l’entendre, il a raison. C’est des fois très difficile pour un jeune d’encore avoir une aide sociale approfondie du CPAS. En général, ça se limite à du logement, du financier, etc. Maintenant, notre critique par rapport à cette mesure, le gros problème, c’est que pour finir, sur la base de quelques projets, on ouvre tout un nouveau champ de compétences pour l’Aide à la jeunesse. »

L’éthique, toujours au second plan ?

Ce que reproche P. Renard au ministre, c’est de (toujours) manquer d’éthique. Malgré les suspicions de favoritisme concernant Alberto Mulas, directeur de la Cité de l’enfance, qui a mis sur pieds le projet même des Mados – dont l’agrément avait été d’abord été refusé par la Commission, refus dont n’a pas tenu compte Rachid Madrane – il semblerait que les choses ne changent pas. Ainsi, P. Renard déplore que, «  Même s’il y a assez d’articles par rapport au favoritisme, je voudrais effectivement relever que le prochain passage d’agrément ne concerne ni plus ni moins que deux structures proches du ministre. Ainsi, l’AMO de Philippon Toussaint (collaborateur de Rachid Madrane) recevra l’agrément, pour une augmentation de sa catégorie du niveau 2 à 3 et l’engagement d’un temps plein pour sa structure. De même, je viens d’apprendre que des collègues vont en commission ce matin (jeudi 29 juin, NDLR) : la nouvelle AMO d’Andenne, qui ‘n’a jamais été projet-pilote, de Claude Erdekems, va être créée. »

« Encore une fois, c’est en termes d’opportunité qu’il manque quelque chose. J’attaque le fait qu’il y avait d’autres dossiers à mettre sur la table, surtout que les procédures n’ont pas été respectées, dans ce cas-ci. Lorsqu’on ouvre une AMO, on est en projet pilote pendant un ou deux ans, donc on reçoit un financement et on engage une équipe. Après deux ans, on évalue le travail et on donne l’agrément. Ici, on bypasse ça, on donne l’agrément, alors qu’une AMO dans la région de Hannut attend depuis 10 ans d’être agréée. Ici, on fait passer avant les dossiers d’Andenne et de Philippon Toussaint. Oui, je me suis posé des questions. Maintenant, on ira dire que ça a été la tradition politique, mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’avec tous les éléments récents, on dit qu’il faut changer l’éthique politique et je remarque, cette semaine-ci, que le cabinet Madrane ne le fait toujours pas… »

Un manque flagrant de visibilité

Ce que souhaite également M. Renard, c’est d’avoir l’opportunité de connaitre les structures qui ont été subsidiées, notamment via les appels à projet. « On en a marre de chaque fois passer par les parlementaires pour poser des questions, on doit avoir une administration très visible. En ce qui concerne les appels à projet, comme le fameux « Hors les murs », un peu comme la Loterie nationale, on doit savoir qui a eu de l’argent. Je dois vous avouer que, depuis quelques années, je ne vois plus rien passer. Et ce n’est pas faute de demander à ma fédération d’avoir plus de visibilité. »

Et de conclure : « Force est de constater que ça fait 10 ans qu’on demande un peu plus d’éthique et ce qui m’énerve un peu, c’est qu’on parle toujours des « méga affaires ». Or, pour moi, c’est concrètement sur le terrain qu’il faut plus de visibilité et d’inspection. Ce que j’espère, c’est un peu une culture politique des pays nordistes, dont on pourrait s’inspirer, même si tout n’est pas à prendre chez eux non plus. »

La rédaction

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Commentaires - 1 message
  • "l'éthique" voudrait qu'on ne parle pas d'un refus de la commission d'agrément, celle-ci ayant un rôle d'avis et ce au même titre que le Conseil Communautaire.

    Christian LASSAUX jeudi 6 juillet 2017 11:08

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