L’aide informelle représente plus de 150 000 emplois en Belgique

L'aide informelle représente plus de 150 000 emplois en Belgique

Environ 860 000 personnes prodiguent des soins à titre informel, soit près d’un Belge sur dix en Belgique. Les heures passées au chevet d’un proche en difficulté correspondraient, selon l’Institut de Santé Publique (ISP), à plus de 150 000 emplois à temps-plein.

Les aidants proches assument toujours plus de tâches qui incombaient traditionnellement aux professionnels de la santé. Aussi, près de la moitié d’entre eux prodigue des soins informels quotidiennement, et 20 % y consacrent plus de 20 heures par semaine. Mises bout à bout, toutes ces heures représenteraient au final plus de 150 000 équivalents temps-plein.

Glissement des soins de santé vers les aidants proches

«  Le pourcentage d’aidants proches atteint 12 % chez les 45-64 ans », explique le Professeur Herman Van Oyen de l’Institut de Santé Publique. « Surnommée la ‘génération sandwich’, les 45-64 ans contribuent souvent au marché du travail, tout en assumant à la fois des responsabilités vis-à-vis de leurs parents et de leurs enfants, en raison, entre autres, de l’augmentation de l’âge moyen des grossesses ».

C’est en Région bruxelloise que le pourcentage d’aidants proches est le plus élevé (18%), un taux qui est plus de deux fois supérieur à ceux recensés en Région flamande et en Région wallonne (8%). Il ressort également qu’une femme âgée de 55 à 64 ans sur cinq est un aidant proche, formant ainsi le groupe le plus large de ces aidants.

Parmi les facteurs justifiant un tel glissement des soins de santé vers les aidants proches, l’Institut de Santé Publique relève le raccourcissement de la durée des séjours hospitaliers ou encore la tendance des personnes âgées à rester vivre chez elles le plus longtemps possible.

Des conséquences sur la santé physique et mentale des aidants

Non rémunérés, les soins prodigués à titre informel sont souvent considérés à tort comme ‘gratuits’. Ils ont pourtant un coût réel en termes de santé, car comme l’ont montré plusieurs études, l’aide informelle a un effet indéniable sur la santé physique et mentale des aidants.

Aussi, le risque pour eux de s’estimer en mauvaise santé augmente de 63 % chez les hommes et de 27 % chez les femmes. « Cette hausse serait directement liée à l’intensité de l’activité : plus le temps consacré aux soins serait long, plus le risque de mauvaise santé subjective serait élevé », indique l’ISP.

Les chiffres de l’Enquête nationale de Santé et ceux relatifs à la mortalité soulignent par ailleurs que le risque de mortalité est 2,5 plus élevé chez les personnes s’estimant en mauvaise santé. « Sans préjuger de l’impact de la mauvaise santé subjective sur la mortalité réelle des aidants proches, ces chiffres indiquent toutefois que l’aide informelle influence clairement la santé subjective des aidants  » note encore l’ISP.

La vie professionnelle des aidants proches en danger

Dans un contexte où près d’un Belge sur dix fait office d’aidant proche et à l’occasion de la journée qui leur est consacrée ce mardi 6 mai, l’asbl Aidants proches – qui se bat pour une reconnaissance du statut – rappelle dans un communiqué que le gouvernement Michel a récemment pris des mesures qui mettent en danger la vie professionnelle des aidants proches. « Quatre dispositions ont été modifiées ou supprimées, alors que jusqu’au 1er janvier 2015, elles étaient des alternatives couramment utilisées par les aidants proches pour s’occuper d’une personne en perte d’autonomie. »

Il s’agit des dispositifs de fin de carrière dont l’accès a été restreint, de la suppression des allocations du crédit-temps sans motifs, de l’allocation de garantie de revenus (AGR) pour les temps partiels qui est diminuée de 50% après deux ans et de la dispense de recherche d’emploi pour raisons sociales et familiales pour les personnes au chômage d’abord supprimée et puis finalement rétablie par le ministre de l’Emploi Kris Peeters

La nécessité d’une vision commune du gouvernement

Cette diminution de moyens pour concilier vie privée et vie professionnelle inquiète l’asbl qui rappelle que les aidants proches utilisent de telles mesures comme alternative pour concilier temps de travail et temps d’accompagnement de leur proche aidé, faute de trouver dans la législation actuelle des mesures structurelles et adéquates.

L’asbl Aidants Proches et ses partenaires demandent dès lors au gouvernement de considérer avec la même attention la situation des aidants proches à temps partiels avec AGR, comme il a pu le faire concernant la dispense des aidants proches au chômage. Ils demandent également que l’accompagnement des aidants proches bénéficie d’une action transversale et coordonnée des différents cabinets ministériels (Santé et Affaires sociales, Emploi, Pension,...) afin que la qualité de vie des aidants proches soit améliorée.

Delphine Hotua



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