L'AMO Samarcande se bat pour faire entendre la parole des jeunes

L'AMO Samarcande se bat pour faire entendre la parole des jeunes

Samarcande, un service d’aide aux jeunes en milieu ouvert (AMO), est spécialisé dans la prévention générale. La mission au quotidien de ses travailleurs sociaux est le suivi individuel des jeunes sur le mode de l’adhésion volontaire. Détails.

Fer de lance de cette association d’aide à la jeunesse, l’ancrage de ses services dans le quartier. Il s’agit en d’autres mots d’effectuer une mise en réseau afin qu’au besoin, le jeune sache que Samarcande existe et puisse dès lors l’activer. C’est là que réside tout le principe de la prévention.

Inscrire le service dans la trajectoire du jeune

Samarcande est un des rares services de la Fédération Wallonie-Bruxelles à travailler dans la prévention générale. « L’AMO Samarcande sert en effet d’intermédiaire entre le jeune et son environnement direct, qu’il s’agisse de problèmes scolaires, de démarches administratives, de tensions familiales ou du quartier dans lequel il vit. A l’aide d’outils et d’activités diverses, les travailleurs sociaux tentent de restaurer des liens sociaux », explique Madeleine Guyot, responsable de l’AMO.

Autre spécificité de l’association : elle travaille à la demande du jeune, de façon non contraignante et dans le respect du secret professionnel. « C’est-à-dire que l’AMO est un espace de parole hors de tout mandat, judiciaire ou autre. Le jeune peut donc mettre fin quand il le désire à notre accompagnement », précise Madeleine Guyot.

Analyser les récurrences

Par ailleurs, l’AMO doit remplir une mission communautaire. Ce qui passe par la constatation sur le terrain des enjeux liés à la jeunesse. «  Il s’agit ici de faire un diagnostic social. En analysant les demandes individuelles et les situations qu’on rencontre sur le terrain, on voit s’il y a des récurrences. Le cas échéant, il nous faudra agir sur le système, qu’on suppose problématique pour l’inclusion », souligne l’AMO par la voix de sa responsable.

Á l’écoute des jeunes et de leurs problèmes, l’association Samarcande voit son action évoluer au fil du temps et de l’actualité. Aussi, l’asbl s’est fort impliqué lors de la mise en place des SAC, les sanctions administratives communales et s’est battue pour que la loi ne soit pas élargie aux jeunes dès 14 ans. Actuellement, Samarcande travaille à améliorer la lisibilité des dispositifs d’aide pour les jeunes entre 18 et 25 ans. « Quand les jeunes passent à un système d’aide pour adulte, qu’il s’agisse du CPAS, du chômage ou de la recherche d’un emploi, ils sont perdus dans ces modèles d’activation. Ce constat est partagé par de nombreuses AMO. C’est pourquoi nous essayons d’améliorer l’accès à ces aides pour les jeunes adultes », explique Madeleine Guyot.

Samarc’ondes, projet radiophonique qui interpelle

Depuis 2003, l’AMO donne en outre la parole aux jeunes au travers d’une émission radiophonique destinée à interpeller la société et le monde politique. Ce projet hors du commun est lui-même né d’une analyse communautaire, à savoir que de manière générale, les jeunes ont peu accès à l’expression et ne sont pas entendus de manière diffuse. Par ailleurs, comme le soulève, la directrice de Samarcande : « l’image véhiculée par les médias des jeunes fragilisés ou sur un fil fait souvent la part belle à des préjugés assez négatifs. »

L’association a dès lors eu envie de donner l’opportunité aux jeunes de s’exprimer dans un cadre éducatif, et à travers Samarc’ondes, de les accompagner dans leurs expression.

Au poste de présentateur se trouve un éducateur de Samarcande. Il gère le temps de parole et relance le débat au besoin, sans aucune censure. « La parole est libre. Ce sont les jeunes eux-mêmes qui choisissent les sujets qu’ils veulent aborder et, on est là en soutien, s’ils ont besoin d’aide pour exprimer ce qu’ils ressentent. On prend le temps avec le jeune, on est ici loin de l’effervescence journalistique... »

La nécessité de prolonger le débat

Cela dit, les nombreux propos des jeunes ne restent pas confinés au studio. Plusieurs collaborations ont été développées dans le but de valoriser la production. Aussi, La Première, Radio Campus, Radio Panik,... font entendre des extraits d’émissions. Par ailleurs, il a été confié au Centre de Recherches Criminologiques de l’ULB un échantillon des témoignages de jeunes placés en IPPJ. Leur analyse, étayée par la mise en débat de ces témoignages au sein de groupes constitués d’intervenants en IPPJ, est proposée dans un rapport de recherche intitulé : « Des paroles des jeunes placés en IPPJ aux questionnements des professionnels ». Et ce n’est pas tout puisque ce rapport de recherche a ensuite été confiée à une troupe de comédiens afin d’en faire une pièce de théâtre-action à destination des travailleurs sociaux concernés par la thématique du placement des jeunes en IPPJ.

Au vu des initiatives qui naissent autour de Samarc’ondes, force est de constater que le projet ne laisse pas indifférent. Des réactions se font entendre de la part des travailleurs sociaux qui trouvent ici un prétexte idéal pour débattre des possibilités d’action éducative dans un milieu contraint (tel que les IPPJ). La société civile, quant à elle, n’est pas en reste puisqu’une fois confrontée à l’authenticité de la parole des jeunes dans un tel contexte, elle change tout simplement de regard, comme le rapporte la directrice de Samarcande : « beaucoup d’auditeurs reviennent vers nous en nous confiant qu’au fil des témoignages de ces jeunes, ils oublient leur côté délinquant. Ils sont touchés par la sincérité de leurs propos... »

Delphine Hotua



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