L'autogestion ou comment se réapproprier son travail

L'autogestion ou comment se réapproprier son travail

Utopie pour certains, alternative aux modèles capitalistes et socialistes pour d’autres, l’autogestion s’est imposée comme modèle dans les maisons médicales du pays. Par ses côtés démocratique, équitable et responsabilisant, le concept pourrait bien faire des émules...

Égalité salariale, partage des pouvoirs, aplanissement de la hiérarchie et interdisciplinarité font indéniablement partie des atouts d’une telle forme organisationnelle. Dans son essence, l’autogestion participe à un objectif collectif de mieux-être global, tant des travailleurs que de la société. Cela dit, ce modèle de gestion a aussi ses faiblesses. On citera entre autres les conflits d’intérêts, la complexité de la mise en œuvre et les lenteurs du processus décisionnel.

Les maisons médicales, pionnières en matière d’autogestion

En Belgique, ce sont les maisons médicales qui ont ouvert la voie de l’autogestion. Cela remonte au lendemain de mai 68 avec une première maison médicale autogérée. La pratique s’est ensuite multipliée dans le secteur. « L’autogestion en maison médicale s’inscrit dans une volonté de rupture par rapport à un modèle social dominant, celui d’une entreprise privée à but lucratif. Les fondateurs visaient principalement un changement de rapport de force. L’autogestion était une manière de répondre aux enjeux de l’époque notamment celui de la diminution du rapport hiérarchique. Ils souhaitaient passer d’un modèle d’entreprise classique à une gestion plus collective », déclare Florence Paligot, de la cellule d’aide au développement et d’appui à la gestion au sein de la Fédération des Maisons Médicales pour Econosoc, spécialisé en économie sociale.

L’autogestion, au service d’une société plus juste

Si les façons de pratiquer l’autogestion sont plurielles, il existe néanmoins des valeurs communes pour les structures autogestionnaires. Florence Paligot explique, toujours pour Econosoc : « Globalement, l’autogestion vise à développer la démocratie et la participation des travailleurs au sein de leur lieu de travail et des usagers au sein de leur lieu de santé. Elle vise l’amélioration du bien-être au travail et la responsabilité individuelle grâce à la participation de chacun à la construction du projet collectif. Le partage des responsabilités dans la prise de décisions et dans leur mise en application implique un apprentissage de la participation à la prise de décision, au débat, à l’analyse critique, à la prise de responsabilité. »

En toile de fond, l’autogestion vise à créer des acteurs de changement : « si les travailleurs apprennent à participer à pied d’égalité dans les grandes questions de leur maison médicale par exemple, ils feront plus facilement de la place aux usagers pour prendre également une part. ET si travailleurs et usagers participent à la construction d’un projet social au sein de leur maison médicale, ils s’impliqueront davantage dans un projet de société plus juste, plus solidaire, plus équitable », poursuit-elle.

Être partie prenante d’un projet

Ce type d’initiatives est encore restreint en Europe. Néanmoins face au détricotage toujours plus menaçant du marché de l’emploi et de nos droits, l’envie est grande pour certains de se lancer dans des initiatives socialement plus justes où les responsabilités sont partagées. Ce modèle de gestion alternatif pourrait dès lors prochainement être considéré par un public dépassant les seules maisons médicales...

Delphine Hotua



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