L'éducateur et la sexualité de la personne handicapée : tabou ou hypocrisie ?

L'éducateur et la sexualité de la personne handicapée : tabou ou hypocrisie ?

L’éducateur face à la sexualité de la personne handicapée ne sait pas toujours comment réagir. Entre tabou, gène, hypocrisie ou bonne maitrise de la situation, une chose est sûre : la formation est essentielle, nous explique Jean-Pierre Yernaux, formateur d’adultes au CESA Roux et thérapeute psychomotricien.


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A l’occasion du premier salon sur la vie relationnelle, affective et sexuelle des personnes handicapées qui se tiendra les 21,22,23 avril prochains, nous avons rencontré Jean-Pierre Yernaux, formateur d’éducateurs depuis 1977 et lui-même papa d’enfants en situation de handicap. Il nous donne son impression du travail d’éducateur spécialisé.

A quoi doivent faire face les éducateurs en institutions ?

Jean-Pierre Yernaux constate plusieurs « problèmes » en institutions :

-  Premièrement, les éducateurs se retrouvent confrontés au problème d’intimité. Il donne un exemple : « Un éducateur et une éducatrice rentrent dans une chambre et se retrouvent face à un homme ‘au garde à vous’. Que faire ? Comment gérer ? L’éducatrice a des problèmes avec son propre compagnon, comment réagit-elle face à cet homme devant elle ? »
-  Deuxièmement, les éducateurs passent parfois plus de temps avec leurs ‘patients’, dans leur intimité qu’avec leur propre couple. Ils vivent des choses difficiles. « Il faut en parler ! » explique J.P. Yernaux.
-  Troisièmement, les éducateurs vont aussi devoir gérer des personnes de plus en plus handicapées.

Selon lui, l’institution doit respecter la déontologie et un minimum d’éthique ainsi que le droit à l’intimité de la personne. Après, chaque institution a sa propre dynamique afin de donner concrètement le cadre et les moyens.

Une formation large et précise

En revanche, M. Yernaux insiste sur l’importance de mettre en place trois éléments dans chaque institution :

1) Des formations larges pour les éducateurs

2) Des projets pédagogiques précis pour chaque institution dans lesquels ces formations rentrent

3) Des espaces de paroles à l’intérieur des institutions pour les éducateurs. « Ils sont confrontés à des choses, qui les renvoient à leur propre intimité. Que faire ? Où en parler ? C’est important de mettre quelque chose en place. » précise J.P. Yernaux.

Qu’entend-on par formations larges ?

Pour J.P. Yernaux, le terme ‘formations larges’ touche surtout à la dimension sexuelle. Il préconise de l’intégrer plus globalement dans la formation des adultes. Sans tourner autour du pot, il faut l’intégrer dans une vision plus globale du corps et associer le corporel au mieux-être et au quotidien. L’occasion de moins se focaliser sur le sexe mais l’intégrer dans une personne. Tout éducateur est concerné. « Si on aborde la question de la sexualité pure : les gens se ferment. Il faut le globaliser. La globalisation dédramatise et ne rentre pas dans une logique pure sexe, mais dans un droit à la personne de vivre », conclut-il.

Une évolution de la prise en charge en institution

Pour M. Yernaux, même si dans la pratique actuelle, les éducateurs ne « tournent pas autour du pot », il y a eu trois étapes dans l’évolution des institutions :

1) Il y a 25 ans, c’était tabou : des choses se passaient, mais on en parlait pas. Tout le monde le savait, mais on gardait le secret exprès. Cela donnait parfois lieu à des situations extrêmes : «  Il est arrivé d’avoir un handicapé mental tellement difficile qu’on lui disait d’aller ‘se détendre’, puis de rester sage pour un mois », explique J.P. Yernaux.

2) Il y a 15 ans est né un mouvement de reconnaissance du droit à une vie affective et sexuelle pour les personnes handicapées, notamment à l’AWiPH. C’est dans ce cadre que l’assistance sexuelle reconnue en Hollande, en Suisse, en Allemagne a été envisagée.

3) Actuellement il y a un risque d’une certaine régression comme observé dans l’ensemble de la société par rapport aux différentes avancées obtenue depuis 40 au niveau du droit à la sexualité, la contraception, l’avortement… Donner le droit sans en donner les moyens : « C’est de l’hypocrisie. Le secteur de l’accompagnement redevient très prudent ».

Pour M. Yernaux, une formation adaptée est la solution.



Commentaires - 1 message
  • La stérilisation, la castration chimique tout comme l'euthanasie sont des méthodes légales, modernes et peu onéreuse, il faut pouvoir en parler sereinement, c'est un fait.

    gertrudine vendredi 22 avril 2016 11:33

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