La colère gronde à l’IPPJ de Jumet

La colère gronde à l'IPPJ de Jumet

Le projet du ministre en charge de l’Aide à la Jeunesse, Rachid Madrane, qui vise à ouvrir une nouvelle structure à Bruxelles pour 2020, dans laquelle plusieurs services seraient regroupés ne plait pas à tout le monde. L’IPPJ de Jumet est contre le déménagement de certains de ses services vers la capitale.

L’Aide à la jeunesse est en plein chantier cette année. Après un récent refinancement du secteur, qui a promis l’offre de places aux plus jeunes, le décret code sur lequel le Conseil d’Etat a remis un avis fin des vacances de Pâques, Rachid Madrane annonçait une réforme des Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ). Une nouvelle structure, mixte, verra le jour à Bruxelles d’ici 2020. Cette nouvelle ne semble pas réjouir tous les acteurs : à Jumet, on s’inquiète du déménagement de centres ouvert pour mineurs vers la capitale, qui seraient succédés par deux centres fermés : l’un pour les illégaux, l’autre pour les mineurs dessaisis.

Que dit le Cabinet ?

Interrogée par Le Guide Social pour un complément d’informations, l’attachée de presse du Cabinet du ministre Madrane précise : « Il ne s’agit pas d’une fermeture mais d’un transfert de sections. Avec l’ouverture en 2020 de l’IPPJ de Bruxelles, l’objectif n’est pas de créer des places supplémentaires mais de mieux réorganiser la prise en charge des jeunes. Il est donc question de transférer les deux sections ouvertes actuelles de l’IPPJ de Jumet à Bruxelles et d’utiliser les infrastructure [sic] de Jumet après transformation et réaménagement pour y transférer la section des dessaisis de Saint-Hubert dont les infrastructures réduites ne permettent pas aujourd’hui d’y accueillir des jeunes filles, alors qu’évidemment la loi s’applique aux jeunes dessaisis des deux sexes.

Il faut enfin noter que le nombre de jeunes dessaisis est forcément en proportion avec les jeunes placés en IPPJ et qu’ils sont donc très majoritairement bruxellois. 64% des entrées depuis la communautarisation du centre le 1er janvier 2015. Pour des raisons liées à la réinsertion des jeunes dessaisis et à leurs transferts vers les tribunaux, et pour favoriser les contacts avec leur famille, voir leurs propres enfants, durant leur peine qui est en moyenne plus longue qu’un placement en IPPJ, il était également souhaitable de rapprocher de Bruxelles le centre fermé qui accueille ces jeunes dessaisis.

Il était donc nécessaire de créer une infrastructure adéquate et suffisante pour les jeunes dessaisi(e)s et il était également souhaitable de bénéficier pour ces jeunes d’une infrastructure indépendante et autonome. Pour rappel, les locaux qui hébergent actuellement les jeunes dessaisis jouxtent ceux de l’IPPJ de Saint-Hubert, ce qui induit nombre d’inconvénients et nuisances. Il est donc en effet prévu de transformer l’IPPJ de Jumet en centre fermé pour jeunes dessaisis, tandis que les deux services d’éducation de cette IPPJ seront transférés à l’IPPJ de Bruxelles.

Par ailleurs, au niveau du timing ; ouverture IPPJ de Bxl programmée en 2020 avec transfert des sections de Jumet. Ensuite Jumet sera en travaux pendant 2 ans pour sécuriser et aménager les lieux en section fermée, les dessaisis ne seront pas à Jumet avant 2022 donc. »

Une opportunité plus qu’une réelle solution

D’après Le Soir, les travailleurs du secteur accusent Rachid Madrane d’avoir décidé ce déménagement « pour des raisons électoralistes, sans réelle concertation avec les acteurs de terrain ». Le secteur reproche au ministre de le mettre devant le fait accompli, lui laissant le choix entre «  Exercer notre métier à Bruxelles ou rester à Jumet comme gardien de prison ». En cause : le projet pilote que l’IPPJ porte, intitulé SETIM (Service Educationnel Temporaire Intra Muros), carrefour entre le centre fermé et ouvert. Ce service propose la reprise de la scolarité aux jeunes concernés et ne peut cohabiter, par manque de place, avec la section d’éducation traditionnelle au sein de l’IPPJ. Qualifié par les travailleurs de « dispositif qui n’existe nulle part ailleurs en Fédération Wallonie Bruxelles », il sera donc contraint de déménager à la capitale.

Les centres fermés, plus ce qu’ils étaient ?

Pour faire passer la pilule aux travailleurs, le Cabinet tente de tempérer, en rappelant que les centres fermés ont évolué depuis 2015. « Les jeunes n’y passent plus 22h sur 24 en cellule comme c’était le cas avant 2015. Le centre accueille des ateliers, des animations avec des intervenants extérieurs. Si bien que le maillage associatif existant à Jumet ne sera pas perdu », explique un conseiller de l’Aide à la Jeunesse au Soir. Cependant, en pratique, certains aménagements sont à prévoir, tels que le placement de grilles pouvant atteindre 6m de haut autour des murs d’enceinte de l’institution. L’objectif : décourager les fugueurs ainsi que les personnes qui chercheraient à entrer sur le site illégalement.

Le MR est contre

Le député MR Philippe Knaepen est lui aussi contre ce déménagement. Au sein d’un communiqué, il explique qu’ « A terme, cette réforme va profondément mettre à mal l’organisation et le fonctionnement de l’institution de Jumet ; maillon essentiel de la réinsertion des jeunes placés dans notre arrondissement. Malgré mon interpellation au Parlement de la FWB lors de la dernière commission, le Ministre Madrane s’est refusé à confirmer ou à infirmer la fermeture programmée de l’IPPJ de Jumet ; ni à tout autre commentaire. Aujourd’hui, vu l’absence totale de communication de la part du Ministre et du Gouvernement, je crains pour la survie de l’IPPJ de Jumet. Plusieurs indicateurs laissent planer la possibilité d’une fermeture pure et simple de l’antenne de Jumet ou à une profonde réorganisation du service. Bien évidemment, cette réforme va réduire à néant le travail, vital, de proximité tissé depuis près de 60 ans par les équipes éducatives. La réforme va également éloigner les jeunes issus de notre arrondissement de leurs familles compliquant de la sorte le maintien d’un lien familial essentiel à la réinsertion ». Le député appelle à toutes les communes de l’arrondissement à faire bloc à ce projet de reconversion de l’IPPJ.

A suivre…

[A Lire]
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