La psychomotricité, une profession peu reconnue et déjà en péril

La psychomotricité, une profession peu reconnue et déjà en péril

CARTE BLANCHE

Après trois ans de formation, plus d’une centaine d’étudiants en psychomotricité se retrouvent démunis. Le métier de psychomotricien en paramédical n’est que très peu connu en Belgique et les décisions politiques de la ministre de la santé mettent encore plus de barrières à l’exercice de cette profession pourtant reconnue dans l’ensemble des pays européens.

En Belgique, et ce depuis un bon moment, il existe une spécialisation d’un an en psychomotricité qu’il est possible de faire en plus d’un bachelier paramédical ou pédagogique. En parallèle, depuis quatre ans, il existe un bachelier en psychomotricité paramédicale, ouvert par le ministre de l’enseignement supérieur, Mr Marcourt, qui reprend les bases de la formation française avec ses spécificités belges.

Plusieurs années d’études

Pendant 3 ans, j’ai étudié ce bachelier en psychomotricité paramédicale, où j’ai appris à me connaître, où j’ai fait un travail sur moi-même, où j’ai commencé à travailler sur les autres, avec les autres, où l’exigence de la formation et des profs était énorme.

La psychomotricité est un métier à part entière, qui permet un travail sur le corps autant que sur l’esprit. Métier encore flou dans toutes les mentalités, en pleine expansion en France de part son utilité dans toutes les structures, des bébés aux personnes âgées en passant par les publics handicapés. Oui, un métier utile. Mais un métier paramédical qui est extrêmement peu reconnu.

Une mauvaise information

En tant qu’étudiante, en m’inscrivant dans mon école, je n’ai pas été informée que les débouchés de la formation étaient quasi-nuls. Je l’ai appris à la fin de ma 2ième année d’études. A ce moment là, je comptais me battre pour pouvoir me faire ma place dans le monde du paramédical. Jusqu’à ce que, une semaine avant mon diplôme, la ministre de la santé, Mme De Block ait donné la décision verbale définitive de ne pas reconnaître la psychomotricité en Belgique. Malgré le fait que cette décision n’ait pas été écrite, et diffusée dans les médias, elle m’a profondément affectée. J’ai eu l’impression d’avoir perdu 3 ans de ma vie, d’avoir payé des minervaux et un loyer pendant 3 ans pour me retrouver complètement démunie, avec un diplôme en carton.

Plusieurs étudiants sont concernés

Je ne suis pas un cas isolé. Cette décision, même si elle n’est pas officielle, a mis encore plus de barrières entre les diplômés et les structures qui peuvent embaucher : pas de subside, pas d’offre d’emploi, pas de possibilité de travailler.

Nous sommes plus d’une centaine à sortir chaque année des écoles belges. Certains basculent sur des études de kiné, d’ergothérapeute ; d’autres qui se retrouvent au chômage, sans aucune aide ni rien qui avance ; et d’autres encore qui postulent en tant qu’éducateurs ou autres statuts qui ne correspondent pas à de la psychomotricité. Personnellement, je n’ai absolument pas les moyens de me lancer en tant qu’indépendante. J’épluche les offres d’emplois tous les jours, j’envoie des candidatures spontanées dans toutes sortes de structures, mais je me sens complètement perdue sur le marché du travail car à aucun moment je ne postule pour exercer ce pour quoi j’ai été formée... et bien formée.

Des solutions ?

La Belgique essaye de trouver des solutions pour faire basculer les psychomotriciens sur d’autres formations, pour minimiser le bruit que cela peut faire. MAIS JE SUIS PSYCHOMOTRICIENNE. Je ne suis pas kiné. Je ne suis pas ergo. Je ne veux pas être kiné, ni ergo. Je cherche des solutions. Je veux me battre pour ma formation, mais j’ai besoin d’aide. Parce que je suis une jeune psychomotricienne qui a une expérience professionnelle qui se limite à des stages, et une volonté d’aller jusqu’au bout.

La psychomotricité EST une profession à part entière...

Le psychomotricien a entièrement sa place dans une équipe paramédicale, il suffit de laisser leur chance aux jeunes diplômés. Nous avons eu une très bonne formation, nos stages nous ont permis de voir le milieu professionnel et surtout de s’y intégrer en faisant des accompagnements seuls, en travaillant avec une équipe tant pédagogique que paramédicale. Cette profession a fait ses preuves dans la plupart des pays de l’Union européenne et est en pleine expansion. Pourquoi la Belgique serait-il le seul pays qui n’embauche pas de psychomotriciens paramédicaux ?

... et les étudiants sont demandeurs !

Malgré le fait que la profession soit très peu reconnue, plus d’une centaine d’étudiants sont prêts à travailler dur pour arriver à exercer ce métier qui leur correspond plus que tout. Les décisions politiques et économiques ne nous font pas peur, nous nous battrons malgré tout, mais nous avons besoin de l’aide des structures afin que l’on puisse prouver que nous valons quelque chose. J’espère que cet article peut en toucher quelques unes, et que de l’aide pourra nous être accordée, car nous en avons vraiment besoin.

Anaëlle Vandenbroucke, psychomotricienne paramédicale



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