La réinsertion des détenus compromise par des services d'aide incohérents

La réinsertion des détenus compromise par des services d'aide incohérents

Un rapport émis par la Concertation des Associations Actives en Prison (CAAP) dévoile les manques de moyens et une incohérence criante des services de soutien aux détenus.

Alors que la Belgique s’affiche comme mauvaise élève quant à la réinsertion et la prévention de récidive de ses détenus, l’analyse de la CAAP met à jour la situation catastrophique des services d’aide en prison.

Une offre largement insuffisante

Le rapport de la CAAP, détaillant cette étude effectuée sur la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2014, rappelle que les services d’aide aux détenus dans les prisons belges incombent à la responsabilité du fédéral. En dépit d’un grand nombre de services proposés, une analyse des chiffres révèle que l’ensemble des acteurs sociaux et médicaux employés sur le terrain sont bien trop peu nombreux par rapport au nombre des détenus en droit de les solliciter.

Malheureusement, ce déséquilibre entre l’offre et les besoins se constate sur tous les secteurs d’activités, et notamment les formations essentielles à la réinsertion professionnelle et sociale : " La formation, souvent présentée comme la clé de la réinsertion, n’est pas mieux lotie. Alors que 75% des détenus n’ont aucune qualification, il n’y a de places en formation générale que pour 16% de la population carcérale. C’est encore pire pour la formation professionnelle avec des places disponibles pour seulement 6,8% des détenus"  , apprend-on dans le communiqué de la CAAP. Une situation qui est en passe de s’aggraver, alors que le gouvernement prévoit de nouvelles coupes budgétaires des allocations pour suivre des études en centre pénitentiaire..

De graves manquements en santé physique et mentale

Une étude récente démontrait qu’en Belgique, les détenus placés sous surveillance électronique sont moins sujets à la récidive que ceux purgeant leur peine en prison. En cause probable, le manque de soutien psychologique dans les prisons. Un constat alarmant, d’autant plus que l’étude de la CAAP pointe du doigt une insuffisance catastrophique des services d’aide psychosociale derrière les barreaux : " on compte parfois un psychologue pour plus de 700 détenus et les délais d’attente peuvent dépasser les 12 mois ", estiment les spécialistes. Le rapport prend notamment l’exemple de la prison de Jamioulx, qui ne compte qu’ 1 ETP pour le suivi social et 1/2 ETP pour le suivi psychologique de 339 détenus.

Les services de promotion de la santé sont, eux aussi, bien loin du compte. Pour l’ensemble de 5.795 détenus des centres pénitentiaires de Wallonie, on ne compte que 8,25 ETP des acteurs de santé. D’une prison à une autre, l’on constate aussi une grande disparité des services santé proposés :

- 14 prisons sur 17 proposent un service de promotion santé et prévention

- 9 prisons proposent des services d’aide aux toxicomanes

- 9 prisons proposent des services d’aide aux alcooliques

- 4 prisons proposent des services de santé mentale

Un problème de taille, alors que la population carcérale est particulièrement sensible aux troubles mentaux divers, et souffre, du fait de la surpopulation et de conditions de vie souvent déplorables, d’une forte expositions aux maladie infectieuses.

Pas de cohérence globale des services d’aide aux détenus

En raison de ces inégalités des services d’aide proposés dans chaque prison, il est impossible pour les détenus de bénéficier d’un suivi cohérent. A la suite d’un transfert, «  un parcours initié là peut être interrompu du jour ou lendemain, ce qui met à mal tous les efforts effectués par les acteurs professionnels et par les détenus eux-mêmes  », souligne le rapport.

Pour la CAAP, c’est un manque de reconnaissance global de l’importance de l’accompagnement en milieu carcéral. Le rapport déplore un manque d’information, mais aussi de locaux et d’accessibilité aux bâtiments pour les acteurs sociaux dans les centres pénitentiaires. Le problème, c’est si le travail des associations en prison est reconnu par le plan de détention de 2005, il manque encore des arrêtés d’application pour doter ces services d’un cadre d’objectifs et de coordination.

Florence Monnoyer de Galland



Commentaires - 1 message
  • Le titre de l'article peut malheureusement porter à confusion : on pourrait être amené à pensé que les services d'aide sont incohérents , ce qui ne reflète absolument pas le contenu et les conclusions du rapport de la CAAP.

    ORS-Espace Libre jeudi 23 avril 2015 10:39

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