Le burnout chez les psys, un grand tabou

Le burnout chez les psys, un grand tabou

Les psychologues, comme le reste du secteur psycho-médico-social, sont particulièrement vulnérables au burnout. Parce qu’ils sont censés savoir comment gérer leurs émotions et celles des autres, les psys n’osent pas parler de ce mal-être. Et les moyens manquent pour les soutenir.

Eclairage avec Moira Mikolajczak, professeur de psychologie de la santé et des émotions à l’UCL.

Le burnout chez les psychologues présente-t-il des particularités ?

La définition du burn-out est la même pour toutes les professions. En revanche, le vécu du burnout par le psy est plus compliqué. Monsieur et Madame Tout le Monde ont le droit – ou en tout cas il est socialement acceptable – de souffrir du burnout. Mais on considère que le psy ne peut pas être touché par le burnout car il est sensé savoir comment résoudre les problèmes. De ce fait, le burnout est vécu comme un échec par les psychologues, qui ont l’impression qu’ils ne sont pas suffisamment bons dans leur profession. C’est un grand tabou dans la profession. Pourtant, le burnout est un signe qu’il réalise bien son métier, qu’il se donne à fond, qu’il est empathique.

Gérer les émotions

C’est tout le paradoxe... Le psychologue doit être empathique sans se laisser submerger par l’émotion, comment s’en sortir ?

En effet, le psy doit être capable de se laisser pénétrer par la souffrance pour être empathique mais il doit aussi se protéger partiellement. En fait, il doit gérer ses émotions. Pour cela, il lui faut des compétences émotionnelles. Tout le monde ne les a pas, ou pas au même degré. Une personne capable de gérer ses émotions peut aussi en cas d’événements de la vie difficiles perdre les pédales face à une charge émotionnelle trop forte.

Cela n’est pas sans impact sur les patients...

Le cadre de déontologie impose que quand un psychologue sent qu’il ne va pas bien, il doit arrêter. Mais il lui est difficile de reconnaître vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres son burnout... Il ne s’agit donc pas de malhonnêteté s’il continue à exercer.

Manque de soutien

Beaucoup de psychologues sont-ils touchés par le burnout ?

Il n’existe pas de chiffre à ma connaissance. Une chose est sûre : les chiffres seront sous-estimés vu la difficulté pour un psy de reconnaître qu’il est en burnout.

Le psy est souvent seul, surtout quand il est indépendant. Cela complique encore la situation ?

Le psychologue hospitalier n’est pas spécialement plus entouré que le psy indépendant. Quelques hôpitaux, organisent des réunions exclusivement entre psychologues mais la plupart du temps, le psychologue participe aux réunions avec tous les soignants. A nouveau, on compte sur lui pour apaiser les autres.

Quelles sont les pistes pour qu’ils s’en sortent ?

Ce qui peut les sortir du burnout, ce sont des espace-temps comme un congé parental. Aussi, les psychologues pourraient bénéficier de formations continues comme les médecins. Ces formations pourraient pourtant être l’occasion de partager leurs expériences et de délier les langues. Certaines associations de psys m’ont déjà contactée, ainsi que d’autres chercheurs spécialisés en compétences émotionnelles, pour donner des conférences sur le sujet. Seul problème : les formateurs ont un prix. Et si les entreprises sont capables de s’en payer, le secteur social lui manque d’argent.

Manon Legrand

Lire aussi notre dossier complet consacré au Burn-out : Bien-être au travail : les soignants en première ligne face au burn-out

- Burn-out : l’alarmante vulnérabilité du personnel médical face à l’intensification du travail
- Bien-être au travail : les soignants en première ligne face au burn-out
- La santé mentale : le mal du 21ème siècle ?
- 1 travailleur sur 4 confronté à des problèmes de santé mentale d’ici 2020



Commentaires - 6 messages
  • Si les psychologues hospitaliers ou salariés par une association peuvent se permettre de débrayer en se mettant en congé maladie, ce n'est pas le cas des psychologues indépendants. Pour ces derniers, pas de revenus en cas d'arrêt de travail. Aucune assurance "revenu garanti" ne reconnaît le burnout comme maladie (ce n'est pas faute d'avoir cherché...). Ni d'ailleurs les autres troubles psy tels que la dépression. Le psy indépendant continuera donc à travailler parce qu'il n'a tout simplement pas le choix! Et cela, même si un proche est mourant, même si son partenaire décède brutalement (je sais de quoi je parle). Et s'il s'arrête, ce ne sera que pour un temps très court. S'il cesse de travailler durant une longue période, à son burnout va s'ajouter le stress inhérent au manque de rentrées financières! Car les factures, elles, continuent à tomber!

    De plus, il est difficile pour un psychologue d'aller trouver un collègue pour un suivi thérapeutiques. Nombreux sont les psychologues formés à une méthode spécifique (comme l'hypnose, l'EMDR, la PNL, etc.). Ceux-là sont évidemment convaincus de l'efficacité de leur technique. C'est donc tout naturellement qu'ils souhaitent se tourner vers ce type de psychothérapie en cas de besoin personnel. Mais alors, vers qui aller? Car, bien souvent, ils sont en relation amicale ou professionnelle avec les collègues qui pratiquent cette thérapie spécifique. Ce sont des petits mondes... Et le psy en souffrance n'a, généralement, pas envie d'aller déballer sa vie auprès d'une personne qu'il côtoie dans d'autres contextes... De plus, aller voir un thérapeute ou un superviseur, cela coûte! Aucune chance de bénéficier d'une supervision gratuite! Dans certains services hospitaliers, une supervision est assurée par l'institution (il est toutefois vrai que ce n'est pas le cas dans toutes).

    Une façon de lutter contre le burnout, c'est aussi de continuer à se former. Cela aère les neurones. Mais là aussi, cela coûte... et cela prend du temps... et le psy indépendant doit assumer tous les frais et ajouter à son temps de travail, le temps des formations... alors que les psy en institution bénéficient souvent de privilèges (formation payée en partie ou en totalité ou formation faite sur les heures de travail)

    Le psy indépendant est soumis à des stress professionnels dont sont généralement épargnés les psy hospitaliers (j'ai travaillé 8 ans en hôpital et 5 ans dans une association, je suis indépendante maintenant, je peux donc comparer), à savoir les patients en détresse qui débarquent à votre domicile pendant vos congés, les coups de fil le soirs et les week-end de patients en souffrance, les patients qu'on se sent obligé de prendre en urgence pendant nos congés parce qu'ils menacent de se suicider et que la menace est réelle... Sans compter le stress de ne pas avoir assez de patients pour vivre, les périodes creuses comme les vacances durant lesquelles les rentrées financières baissent très fort, les paperasseries administratives (la comptabilité d'un indépendant est plus lourde que celle d'un salarié)...

    J'aurais encore beaucoup à dire, moi qui donne un cours sur la souffrance des intervenants auprès des personnes en détresse ;-)

    Evelyne Josse
    www.resilience-psy.com

    Evelyne Josse vendredi 29 août 2014 14:43
  • "C'est un grand tabou dans la profession. Pourtant, le burnout est un signe qu'il réalise bien son métier, qu'il se donne à fond, qu'il est empathique."

    De mon point de vue c'est précisément le signe qu'il confonds sympathie et empathie et qu'il se perd dans la relation un autre et qu'il serait temps de retourner en thérapie...Sans parler du fait qu'un burn out ca se voit venir...Si on s'écoute. Un autre thème à travailler le cas échéant.

    Le commentaire aussi me laisse perplexe :

    "Mais alors, vers qui aller? Car, bien souvent, ils sont en relation amicale ou professionnelle avec les collègues qui pratiquent cette thérapie spécifique. Ce sont des petits mondes... Et le psy en souffrance n'a, généralement, pas envie d'aller déballer sa vie auprès d'une personne qu'il côtoie dans d'autres contextes... "

    Avoir des limites et souffrir serait donc honteux ? Ou sommes nous si mal entouré que notre entourage nous demande ainsi d'être parfait pour mériter son amour? Et si j'évolue ainsi dans un environnement qui ne me donne pas le droit d'avoir un coup de mou, pourquoi est ce que je m'inflige cela?

    Ne pas avoir envie de montrer qu'on a un coup de mou, est ce qu'on ne nage pas la en plein faux self tout puissant?

    "De plus, aller voir un thérapeute ou un superviseur, cela coûte! Aucune chance de bénéficier d'une supervision gratuite! "

    Bhé oui...le temps et la compétence d'autrui ca se paie...Quand je lis cela je me dis que le psy est ok pour faire payer les autres mais pas pour payer pour lui...

    Ca me laisse tres tres dubitatif et me donne l'impression d'une sorte de "verni" sans fond...

    Un psy vendredi 29 août 2014 17:39
  • Je crois que vous n'avez pas tout à fait compris, sans doute me suis-je mal exprimée. Il ne s'agit pas de toute puissance ou de honte mais moi, comme sans doute d'autres psy, je n'ai pas envie que mes amis et collègues soient mon psy. Je vous rappelle d'ailleurs qu'une des règles, c'est de ne pas prendre en thérapie quelqu'un que l'on connait... Parce que déballer sa vie à quelqu'un change le rapport... Et les histoires de transfert et contre-transfert avec les gens que l'on connait, ce n'est vraiment pas toujours ce qu'il y a de mieux.

    En ce qui concerne les formations et supervisions payantes, rassurez-vous, c'est un investissement annuel auquel je consens avec plaisir (je suis d'ailleurs dans un mouvement thérapeutique, l'EMDR, qui exige de ses praticiens, un nombre d'heures de formation pour qu'ils puissent conserver leur titre de thérapeute). Tout le monde n'a pas la chance d'avoir la patientèle que j'ai et pour certains psy qui ont peu de patients ou pour les psy en burnout qui réduisent leurs activités, ce sont là des frais qu'ils peuvent avoir du mal à assurer, et parfois dans les moments où ils en auraient le plus besoin. J'ai des patients psy et des psy en supervision qui tirent le diable par la queue et qui ne peuvent pas se permettre le luxe de faire autant de supervisions ou de formations qu'ils le souhaiteraient.

    Il est difficile dans certains milieux d'avoir un coup de mou. Ne vous en déplaise, c'est une réalité. Dans certains cas, l'identité professionnelle est directement corrélée au sentiment de résistance et de résilience. Reconnaître sa souffrance peut-être perçu comme un aveu de faiblesse, une inadéquation professionnelle. Je pense aux psy qui travaillant à la police, dans l'armée, dans les organisations humanitaires, chez les pompiers, etc. La perception des employeurs changent mais dans certaines professions, les changements sont lents. Pourquoi rester dans ce type de boulot? Souvent parce que les psy n'ont pas choisi par hasard ce type de boulot et que fondamentalement, ils voudraient aller mieux et continuer à faire ce qu'ils font...

    www.resilience-psy.com

    Evelyne Josse lundi 1er septembre 2014 14:15
  • Bonjour

    Il est important de comprendre qu'il est difficile de rester propre si tout les jours on se roule dans la difficulté des autres !

    Il est vrai que l'écoute est importante cependant elle nuit à la santé mentale !

    Car il est pour l'instant difficile de croire qu'une pensée a le pouvoir de produire dans celui qui l'entend la valeur inconsciente qui lui est associée !

    Qui peut entendre une personne parler du citron sans vivre en lui la valeur qui réside en lui du citron en fonction de sa propre perception de ce fait !

    Ainsi il est de même pour toute écoute : elle produit dans celui qui l'entend les réactions inconscientes qui leur sont associées !

    Ceci conduit ceux qui exercent ce métier de vivre des difficultés émotionnelles !

    Néanmoins il y a une solution : LA.GOP ce nouveau point de vue permettra au psychologue de se laver le mental en faisant en sorte que la difficulté créatrice du mal-être soit l'élément qui manifestera sa solution !

    Par ailleurs il est bon de reconnaitre : si involontairement les psy vivent des difficultés cela sous-entend qu'il y a dans l'être humain un mécanisme créateur de ce type de résultat !

    Sachant que la difficulté apparaît involontairement : nous pouvons affirmer qu'il y a inscrit dans l'être humain une capacité qui est charger de ce type de réalisation, puisque le problème est perceptible dans plusieurs cas !

    Ainsi c'est la non maîtrise de cette capacité qui crée ma mauvaise gestion émotionnelle des personnelle de santé !

    Je vous propose de maîtriser cette capacité avec LA.GOP !

    Cordialement
    CMathieu

    cmathieu jeudi 4 septembre 2014 04:14
  • Bonjour,

    Je m'intéresse au burnout chez les psychologues en particulier. Connaissez vous des article à ce sujet et/ou des recherches?

    Merci d'avance,

    Sandrine

    srecking mardi 7 octobre 2014 13:16
  • Je suis en arrêt pour épuisement professionnel depuis hier, je suis psychologue, et cet article me parle: je le vis vraiment comme un échec...
    Très impliquée dans mon travail depuis 12 ans, depuis 10 mois, mon poste (en psy adulte) a été redécoupé, et on m'a bien fait comprendre que je n'avais pas le choix, et que dans ce service, les psychologues sont tous à la même enseigne...
    ainsi, j'interviens dans 5 types de structures différentes (même si on me renvoie que géographiquement, 3 de ces structures soient proches, j'ai à faire à 5 équipes distinctes et des types de prises en charge où la part de l'institutionnel compte beaucoup).
    Je ne pense pas avoir un problème d'excès d'empathie auprès des patients. Le problème vient plus de ce découpage de poste qui ne me permet pas de faire mon travail (institutionnel) dans des conditions correctes: je ne me contente pas de voir les patients sans échanger sur ce qui se passe dans la PEC globale auprès des équipes... sinon, j'aurais choisi le libéral. Mais bien qu'en institution, je me sens vraiment très isolée sur ce poste, sans soutien de mes collègues psycho de ce service, qui ont un état d'esprit individuel...
    Mon épuisement est lié à un décalage entre mes valeurs et mon étique qui sont mises à mal par ces dysfonctionnements.
    Et ma superviseuse a constaté cela: "vous êtes seule ma pauvre!",s'est elle exclamée face à mon témoignage. De plus, le chef de pôle esquive systématiquement quand je veux lui parler de prob sur le poste, quand je dis à des collègues du pôle que si ça continue, puisque je ne peux pas voir le chef, je vais taper plus haut, à la DRH, on me le déconseille en me disant que ça va se retourner contre moi....C'est signe que ça ne va pas dans l'institution... Donc, me sentant au piège, j'ai craqué, je ne peux plus travailler en cautionnant un système comme cela... Et je n'ai pas tout écrit sinon, j'aurais de quoi faire un livre!

    Gpsy vendredi 18 septembre 2015 13:33

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