Le cadre d'application trop vague de l'EVRAS décrié par les acteurs de terrain

Le cadre d'application trop vague de l'EVRAS décrié par les acteurs de terrain

En 2012, l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) a été inscrite dans les missions de l’école secondaire. Presque 3 ans après sa mise en place effective, quelle évaluation peut-on faire de sa mise en œuvre en Fédération Wallonie-Bruxelles ?


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Tant dans les conclusions de l’enquête réalisée sur la sexualité des jeunes en Hainaut, que dans le débat houleux sur l’abaissement de la majorité sexuelle de 16 à 14 ans, les professionnels de la santé et de la jeunesse rappellent l’importance de soutenir les politiques d’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS).

L’éducation sexuelle rendue obligatoire dans les écoles

C’est le 26 juin 2012, sous l’initiative de Marie-Martine Schyns (cdH) alors ministre de l’Enseignement, qu’un décret inscrit noir sur blanc l’EVRAS comme une mission obligatoire de l’école, considérant l’éducation sexuelle comme un droit. Un an plus tard, en 2013, un protocole d’accord relatif à la généralisation de l’EVRAS en milieu scolaire est proposé par la ministre francophone de la Santé et de l’Égalité des chances, Fadila Lanaan (PS) et adopté par les gouvernements de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Région wallonne et de la COCOF (Commission communautaire française).

L’EVRAS se retrouve donc sur les rails dans les écoles du pays et les partenariats entre les établissements scolaires et les acteurs associatifs (centre de planning familial, PMS,...) sont vivement encouragés. A cet égard, dix points d’appui ont été créés sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sensibiliser et encourager la mise en œuvre de l’EVRAS dans les écoles. Il s’agit des 10 Centres Locaux de Promotion de la Santé (CLPS) dont la mission principale consiste à soutenir les professionnels dans leur travail.

L’application de l’Evras trop aléatoire

Cela dit, presque 3 ans après la généralisation effective de l’Evras, certains professionnels du milieu s’interrogent : qu’est-ce qui a concrètement été mis en place ? Aussi, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial regrette le manque d’application concrète de l’EVRAS dans les écoles : « Théoriquement, les écoles sont obligées de prendre des initiatives en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Cependant, le mode d’application est laissé libre aux pouvoirs organisateurs, si bien que dans certains établissements, on pense qu’une simple animation sur le respect des autres fera l’affaire... »

Cette mise en œuvre plutôt aléatoire de l’EVRAS a également été constatée par les Centres Locaux de Promotion de la Santé. Dans le magazine « Santé pour tous » de septembre 2014, ils indiquent : « Si désormais les écoles sont tenues d’organiser de l’EVRAS, il reste cependant quelques zones d’ombre liées à ses modalités d’application (fréquence et organisation des animations, contenu) qui sont laissées à la libre interprétation/appréciation des établissements scolaires. Certaines écoles pourraient dès lors ne vouloir privilégier que des contenus de type relationnel et affectif de la sexualité au détriment d’autres aspects plus sensibles (contraception, avortement, orientations sexuelles, etc.). De plus, les animations, cours, activités restent, à l’heure actuelle, majoritairement organisés par les enseignants et peu via l’aide d’intervenants extérieurs (CPMS, CPF, psychologues, etc.) pourtant experts dans ce domaine et habilités depuis de longues années à sensibiliser, à informer, à être à l’écoute des adolescents en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. »

Tous les élèves n’ont pas accès à l’EVRAS

Alors que les professionnels en promotion de la santé réclament un cadre d’application plus précis de l’EVRAS, l’évaluation du processus par la Fédération Wallonie-Bruxelles commence seulement à se mettre en place. Le cabinet de madame Milquet, actuelle ministre de l’Enseignement en Belgique francophone, indique que deux états des lieux ont à ce jour été réalisés : l’un par le SIPES (Service d’Information en Promotion Éducation Santé) et l’autre par les CLPS (Centre Locaux de Promotion de la Santé).

Parmi les principaux constats de ces études, il ressort que les animations sont organisées de façon ponctuelle avec une majorité d’interventions en 2e, 3e ou 4e secondaire de l’enseignement général. Ce qui signifie qu les étudiants de l’enseignement technique, professionnel et artistique sont nettement moins touchés. « À l’heure actuelle, il n’existe cependant pas de données exhaustives relatives au niveau de la couverture de l’EVRAS en milieu scolaire, car les rapports d’activités des écoles ne font pas l’objet d’un encodage centralisé et systématisé au niveau de l’administration. Cela fait partie des priorités à venir » annonce Olivier Laruelle, attaché de presse de madame Milquet.

La Fédération Wallonie-Bruxelles évalue le processus

Autre point d’attention relevé lors de ces états des lieux : le cadastre du volume d’animations réalisées par les partenaires externes tels que les centres de planning familial n’est pas complet. «  Pour l’heure, il ne peut être amélioré en raison de l’absence d’un logiciel partagé par l’ensemble des acteurs concernés et de réalités distinctes quant à la définition et la comptabilisation d’une activité d’animation », fait part le cabinet Milquet.

Pour parfaire le travail de réflexion sur la mise en œuvre de l’EVRAS, un comité d’accompagnement s’est réuni pour la première fois dans le courant du mois de mars. Une prochaine rencontre est également prévue en juin. Celle-ci devrait permettre à Joëlle Milquet de fixer ses priorités en la matière. Une chose est sûre, les acteurs de terrain attendent de la ministre qu’elle clarifie les lignes de conduite dans la généralisation de l’EVRAS dans les écoles, tout en en tenant compte de leurs besoins.

Delphine Hotua

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