Le COPEL-COBES, un collectif-citoyen contre une tentative d’assassinat

Le COPEL-COBES, un collectif-citoyen contre une tentative d'assassinat

Le meeting qui s’est tenu à l’initiative du Centre de Santé mentale du service social juif le 21 octobre 2016 aura permis d’y voir clair. Il a réuni 200 personnes – acteurs de terrain de tous horizons, travailleurs du réseau de la santé mentale de nombreuses institutions de Bruxelles, de Wallonie et de Flandres, personnes relevant de formations multiples et variées.

Plusieurs représentants ou membres d’associations ou de collectifs de travailleurs du secteur y ont témoigné avoir trouvé portes closes à leurs dernières tentatives d’entrer, pleines de bonne volonté, en contact avec le cabinet de la Ministre Maggie de Block. Aucune explication du métier et de ses enjeux ne vaut plus. La Ministre de la Santé publique n’en a cure, ont-ils pu témoigner. « Elle se targue d’avoir consulté le terrain », précisait un autre, « on se demande bien lequel ». Rappelons qu’un nombre divers de pétitions contre le projet de révision de la loi sur la psychothérapie avait pourtant réuni, en juin dernier, un ensemble de plus de 22000 signatures ! - Flandres, Bruxelles et Wallonie confondues.

Il se dévoile qu’il n’a jamais été question de consultation, sinon sous la forme d’un simulacre bien préparé. L’arbre de la modification de la loi sur la psychothérapie cachait la forêt, et sert de cheval de Troie à une tentative de mise en place, en Belgique, par un coup de force politique sans précédent, d’un plan d’une ampleur inégalée, contre l’ensemble des acteurs de terrain, visant à changer radicalement de modèle de soins en santé mentale, et partant, ni plus ni moins de modèle de sécurité sociale dans son ensemble.

Pour ce faire, il s’agit d’appliquer une logique importée d’un autre champ que celui de la santé mentale – logique qui lui est inapplicable, sauf à découper les symptômes propres à la nature humaine en une série de comportements à évaluer et à rectifier pour rendre « l’usager » à nouveau propre à intégrer, dans un temps le plus court possible, les circuits de la production. Plus personne au niveau du pouvoir actuel ne s’en cache : c’est que le coût de la non-participation à la chaîne de la production devient trop élevé pour les états, sans qu’on ne s’interroge le moins du monde dans certaines sphères de l’expertise sur ce qui conduit à ce malaise civilisationnel grandissant, ni qu’elles soient à même de voir que c’est précisément le modèle de remède proposé qui, se généralisant et soumettant l’être humain à l’ère du chiffrage généralisé, concourt à produire le mal qu’il se prétend guérir, dans une course en avant de plus en plus folle.

Il s’agit, maintenant, de prendre les choses en mains, y déclare-t-on, d’en finir avec des années qualifiées de conservatisme (sic), de « rattraper son retard » : entendez de formater le champ psy et son organisation à cette fin ; le psy devant devenir l’agent central, lui-même dûment évalué et contrôlé, de cette vaste entreprise de remodélisation. Pour le bien de tous, bien évidemment. C’est la disparition de la clinique qui se dessine à l’horizon. Trop complexe et dialectique. Tout à la simplification. Il fut un temps où la psychologie dite « professionnelle » était l’option stigmatisée dans le cursus universitaire psychologique. Nous entrons dans l’ère forcée de sa généralisation pour le psy.

La ministre ne s’en cache pas, révélait un autre des interlocuteurs : « Puisque nous investissons dans le secteur, il est bien normal que chacun (malade et psy) collabore », précise-t-elle dans la presse. La menace n’est plus voilée. En plein parlement, au mois de juin dernier, se déclarait-il ainsi, par le député Damien Thiery qu’on « trouverait » ceux qui s’y opposeraient. Si, comme il fut juré à la même tribune, « personne ne perdra son emploi », ce sera pourtant à la condition que tu travailleras, et te comporteras, comme on te le dira. C’est la moindre des choses, n’est-ce pas ? Il y a là une nouveauté dans nos démocraties, pour l’instant vécue comme « normale » et bien intentionnée – en vérité des plus alarmantes : l’intervention de l’État et de sa bureaucratie dans le modèle de psychothérapie autorisé, vérification et contrôle à l’appui ! Ce n’est pas tiré par les cheveux : c’est annoncé comme tel, toute honte bue. Françoise Raoult, d’Alter-Psy, nous révéla ainsi, avis et lectures de constitutionnalistes et d’avocats spécialisés à l’appui, la turpitude juridique élaborée et précisément pensée comme telle, mettant déjà, de fait, plusieurs praticiens de terrain, parfois de longue date, dans un statut d’illégalité.

Yves Vandervecken, psychologue à l’IMP Notre-Dame de la Sagesse à Leers-Nord

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