Le désamour de Maggie

Le désamour de Maggie

Une opinion de Philippe Hellebois, membre du COPEL-COBES, le collectif des praticiens de la parole. M. Hellebois est responsable thérapeutique à l’IMP Notre-Dame de la Sagesse à Leers-Nord.

Maggie De Block a tout pour plaire, et elle y réussit : n’est-elle pas une reine des sondages, et ceci, des deux côtés de la frontière linguistique ? Médecin et ministre, joliment diplômée et bien élue, nous sommes prêts en outre à la croire aussi compétente que démocrate. Et pourtant elle est en passe de devenir, grâce à son projet de loi sur les psychothérapies et ses arrêtés d’application, l’un des ministres les plus répressifs de l’après-guerre !

Comment en est-elle arrivée là ? Il semble que ce soit par le chemin le plus court, c’est-à-dire en suivant aveuglément sa pente : les troubles psychiques doivent être soignés de la façon la plus efficace puisqu’ils empêchent le bonheur d’un certain nombre ainsi que le bon fonctionnement de la machine productive. Rien là que de très ordinaire sous nos latitudes : médecin et libérale, notre ministre place la santé et la plus-value, au firmament de ce qu’elle fait, pense et dit. Et comme le bonheur est devenu depuis la Révolution française un facteur de la politique (Saint-Just, l’un des auteurs de chevet de notre ministre), elle s’inscrit dans une tradition aussi prestigieuse que moderne.

Nous ne soupçonnons Maggie De Block de rien de vil, le problème étant ailleurs, soit dans le contraste entre ses intentions et le domaine qu’elle embrasse et mal étreint. Autrement dit, ses intentions sont droites, mais les choses sont en chicane, et le résultat est catastrophique. Le champ psy est en effet très particulier. Pour le dire simplement et au plus court : la souffrance psychique est aussi une satisfaction, mais une satisfaction qui s’ignore ; il en découle qu’elle ne se traite pas comme les affections du champ médical puisque la supprimer peut avoir pour résultat paradoxal que le patient va plus mal encore. La loi sur les psychothérapies dirige ainsi ministre, psys, et ceux qu’elle qualifie étrangement d’usagers, dans une impasse où le corps psychique est traité comme celui de l’anatomo-pathologie.

Comme toutes les confusions, celle-ci ne fera qu’aggraver les problèmes qu’elle prétend résoudre. Ces problèmes ne seront pas seulement ceux des soignés, mais aussi, et c’est moins aperçu, des soignants, notamment de la première d’entre eux, soit notre ministre tellement successful jusqu’à aujourd’hui. À ausculter le corps psychique avec les mauvais instruments, comme le fit récemment pour le corps politique US cette pauvre Hillary Clinton, ne risque-t-elle pas la même infortune ? Celle de se retrouver critiquée, vilipendée, détestée, quittée ensuite comme un cauchemar dont on se réveille, et pour finir oubliée ? Il est bon de savoir que l’objet du champ psy a l’habitude de se venger cruellement des maladroits qui l’entreprennent. C’est injuste diront certains, mais c’est comme ça. Maggie De Block n’est-elle pas occupée à illustrer à ses dépens l’adage fameux selon lequel la faute commise de bonne foi est de toutes la plus impardonnable ?

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