Le dossier "psy" : une affaire de transparence et de confidentialité

Le dossier

Les conséquences d’un dossier unique et standardisé, accessible aux autres soignants, mais aussi au patient ou à ses proches, seront désastreuses. Le psychologue ne peut en aucun cas souscrire à cette obligation. L’impasse est totale.

La reconnaissance de la psychologie clinique comme profession de soins de santé entraîne, de facto, certaines obligations concernant le dossier du patient. Or, force est de constater que, sous couvert de protéger le patient et d’encourager le travail multidisciplinaire, il existe un réel danger que ce dossier et les obligations qui l’accompagnent mettent à mal un secret professionnel indispensable dans notre pratique. Ce que nous ne pouvons accepter.

Un vent qui souffle du mauvais côté

Lorsque nous observons la teneur du fameux « dossier du psychologue clinicien » qui se met en place, l’inquiétude est vive. Ce dossier doit contenir jusqu’au compte rendu des consultations. Le patient, une personne de confiance, ou même un proche (après le décès du patient) peut avoir accès à ce dossier. De plus, il est question de rendre ledit dossier électronique afin de « faciliter la collaboration multidisciplinaire et le droit de consultation du patient ». Même nos notes personnelles ne sont pas à l’abri de ce raz-de-marée inquisiteur. Nous ne pouvons que craindre pour ce secret professionnel essentiel dans notre métier. Et, après la crainte, c’est la colère et le refus pur et simple d’obtempérer qui pourraient bien prendre la relève.

La décision de consulter un psychologue

Nous le savons, la démarche est difficile pour certains. Il n’est pas rare qu’on entende en guise de préambule : « Moi chez un psychologue… Je ne pensais pas aller si mal… ». Souvent, le médecin traitant est un allié essentiel, c’est lui qui détecte, qui propose, qui encourage. Mais il subsiste une sorte de gêne, voire de honte. Alors on n’en parle pas. Ou on trouve d’autres façons de dire. Une patiente me disait : « Vous êtes mon horlogère, vous m’aidez à remettre mes pendules à la bonne heure ». Même les proches sont tenus à l’écart de la décision de consulter (parfois) et du contenu des séances (presque toujours).

Une liaison à manier avec précaution

Cette démarche, qui reste difficile, implique l’évidence qu’elle ne peut être partagée que dans des conditions strictes de respect. La liaison avec le médecin traitant, ou le psychiatre en charge d’un suivi, est fort utile, mais se fait toujours en accord avec le patient. De même, s’il n’est pas rare de rédiger un rapport à l’attention du médecin-conseil dans le cadre d’un arrêt de travail, tous ces courriers doivent néanmoins être d’abord discutés avec le patient et montrés, expliqués à ce dernier avant envoi. Quant au reste des soignants, hors la sphère de la santé mentale, il ne doit certainement pas être informé (à de rares exceptions près) de l’existence même d’un suivi. Ce serait hors déontologie et donc inacceptable pour notre pratique.

Une indiscrétion toujours possible

En institution hospitalière, des indiscrétions ne sont pas rares, et peuvent gêner le travail thérapeutique, ou même couper court au suivi en cours. N’oublions pas que l’erreur est humaine, qu’une note classée « confidentielle » peut être communiquée au patient par une secrétaire distraite, ou qu’un médecin peut parfois, maladroitement, user d’une information personnelle qui lui semble anodine mais qui signe pour le patient une véritable trahison de la part de son psychologue. Dans ces matières intimes, dans ces processus fragiles, il est impératif d’être d’une vigilance extrême par rapport aux éléments livrés lors d’une séance psychologique. Il y va de notre outil de travail le plus précieux, j’ai nommé le transfert.

Le transfert au cœur du processus

La relation qui s’instaure au sein de la consultation psychologique est tout à fait particulière. Dans l’ici et maintenant de la séance, elle concerne l’étrange mise au jour de processus restés inconscients jusque-là et mobilisés en séance pour saisir quelque chose de ce qui, souvent, se trame à notre insu. Il y a les mots, les interprétations, les liens, mais surtout il y a cette actualisation singulière des désirs inconscients qui prend appui sur la relation et le cadre qui l’accompagne. Ce dire inédit affecte subjectivement le patient et c’est ce qui le rend précieux. Cette situation transférentielle, nous devons donc la défendre coûte que coûte. Or, elle n’est en rien compatible avec les directives qui se profilent quant à ce fameux « dossier du patient ».

D. Bertrand, psychologue



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