Le personnel pénitentiaire redoute le regroupement des radicaux

Le personnel pénitentiaire redoute le regroupement des radicaux

Des mesures de prévention de la radicalisation en prison seront bientôt mises en marche en Belgique. Les détenus radicalisés, comme les prévenus à risque, seront regroupés dans des sections spécifiques "djihadistes". Une mesure qui suscite le débat parmi les professionnels du secteur pénitentiaire.

Alors que la presse internationale rapporte des menaces terroristes contre la Belgique, la prévention de la radicalisation des musulmans est devenue une affaire de première importance dans notre pays. Peu après les attentats de Paris, le Guide Social rapportait la mise à contribution du secteur social contre la radicalisation des jeunes et des détenus en prison. Un appel à la mise en place de moyens pour initier une réintégration sociale en prison, jusqu’ici sans réponse, alors que le gouvernement Michel entend procéder au regroupement des islamistes radicaux en prison.

Une section "djihadiste" dans les prisons belges

Le personnel pénitentiaire de la prison d’Ittre recevra le 23 mars prochain la visite du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V), accompagné des syndicats de surveillants. La prison à haute sécurité devrait bientôt consacrer 26 de ses cellules à une section "djihadiste" pour accueillir les prévenus à risque. Les deux autres établissements belges concernés par cette mesure sont les prisons de Lantin et de Marche. Le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur lequel de ces centres pénitentiaires sera doté d’une deuxième cellule "djihadiste", cette fois spécifique aux détenus radicalisés.

Le cas français : une expérience ratée ?

Cette mesure laisse dubitatifs les professionnels du secteur pénitentiaire, qui doutent pour beaucoup de l’efficacité du regroupement des radicaux en prison. Pire, le regroupement des radicalisés ne ferait qu’empirer le phénomène en renforçant la marginalisation et l’exclusion. Le Vif- L’Express rapporte notamment les dires des gardiens de la prison de Fresnes, en France, où une action similaire est menée depuis octobre 2014. Selon eux, le procédé se serait révélé contre-productif : les radicaux rassemblés n’auraient pu que mieux connecter leurs réseaux et, n’ayant pas été suffisamment séparés des autres, diffuser leurs idéologies.

Pas de formation pour les gardiens de prison

En Belgique, les sociologues et les criminologues préconisent la recherche sur le sujet. Au vu de l’ampleur du phénomène, on peut en effet s’interroger sur la manière dont est traité un problème de société que l’on ne maîtrise pas et que l’on comprend mal. Dans les colonnes du Vif, les gardiens et les directeurs de prison interrogés ont exprimé leurs difficultés à définir la limite entre ce qui est "radical" et ce qui ne l’est pas. Les comportements religieux des musulmans en prison ne sont pas une nouveauté, mais la conjoncture en appelle aux gardiens à prendre un point de vue nouveau sur l’activité des détenus. La question se pose donc de définir ce qui peut être considéré ou non comme un comportement à risque.

Encore une fois, les professionnels du secteur pénitentiaire s’interrogent sur l’étendue de leur pouvoir d’action sur les radicalisés, tant qu’on ne les dotera pas des outils nécessaires. Comment, en effet, initier un dialogue de déradicalisation si l’on ne connaît pas les principes de l’Islam et que l’on ne parle pas l’arabe ? Pour l’heure, aucun projet de formation n’est annoncé.



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