Le rapport annuel 2015 de la direction générale des établissements pénitentiaires : quelles conclusions tirer ?

Le rapport annuel 2015 de la direction générale des établissements pénitentiaires : quelles conclusions tirer?

Le rapport annuel 2015 de la direction générale des établissements pénitentiaires est disponible.

Alors que certains médias ont publié les chiffres de 2015 concernant le phénomène de surpopulation carcérale, quelles sont les grandes tendances à tirer du travail accompli l’an passé par la DG des établissements pénitentiaires ? Radicalisme, conditions humaines, sort des internés et surpopulation carcérale étaient quelques uns des grands chantiers du secteur pénitentiaire en 2015. Tout cela sur fond de restrictions budgétaires, en partie annonciatrices de la crise actuelle.

Radicalisme

Les prisons sont souvent pointées du doigt comme des institutions au départ desquelles des jeunes radicalisés manigancent leurs plans. Après Charlie, un plan d’action relatif à la lutte contre la radicalisation en prison a été mis en place. Il comporte deux axes d’action qui sont la prévention de la radicalisation durant la détention et le développement d’un encadrement spécialisé des personnes radicalisées. Concrètement, la mise en place de deux sections spécialisées à Hasselt et à Ittre et d’ équipes satellites à Gand, Bruges, Saint-Gilles, Andenne et Lantin ont permis de réagir rapidement. Pour 2016, la DG des établissements pénitentiaires avait souhaité poursuivre ces engagements avec plus d’efforts pour la formation du personnel.

Conditions de vie et de travail

Malgré le contexte économique austère, plusieurs projets de belle envergure ont pu voir le jour. "2015 a été une année importante sur le plan des réalisations qui ont été initiées ou mises en place au sein des différents établissements du pays. Ces réalisations ont toujours comme centre de réflexion l’humain, c’est-à-dire les agents pénitentiaires, les membres des greffes, le personnel psychosocial…mais également les détenus ainsi que les infrastructures dans lesquelles il faut travailler" défend Jean-Paul Janssens, Président du SPF Justice.

A cet effet, des travaux conséquents ont été entrepris à Dinant, Tournai, Jamioulx, Arlon, Namur et aussi du coté flamand. Au programme : rénovation des infrastructures, amélioration des systèmes de vidéosurveillance, modernisation des commodités, prévention des risques incendie, isolation au niveau de l’acoustique...

Drogues

Concernant la consommation de produits psychotropes, une réflexion a été menée, avec des projets en cours dans plusieurs établissements du pays. Bien qu’interdite dans l’enceinte des bâtiments, la consommation est en constante augmentation. La prison de Forest et l’établissement de défense sociale (EDS) de Paifve ont pris des initiatives pour apporter une réponse préventive plutôt que répressive. Pour ces établissements, le module « Pause-café » a vu le jour. Le but ? Pousser le débat et la réflexion autour de la réduction des risques, le tout dans une ambiance conviviale, éducative et ludique.

Internés

Les internés non plus n’ont pas été oubliés, puisque l’élaboration d’un plan thérapeutique individuel à l’EDS de Paifve et l’ouverture d’un centre psychiatrique à Gand ont eu lieu en 2015. Les objectifs sont repris dans un ‘contrat thérapeutique’ qui permet au patient de devenir acteur de son parcours, moyennant le suivi du psychologue en charge du dossier.

Soins de santé

Il semblerait que cet aspect soit le point faible du rapport. "Malgré les efforts consentis par les prestataires de soins, les directions pénitentiaires et le personnel pénitentiaire afin d’accroître la qualité de vie au sein des prisons, il s’avère que les soins de santé y demeurent insuffisants", concède le ministre de la Justice, Koen Geens. Il souhaite rendre les soins plus accessibles aux internés. "Lorsque les résultats du Centre fédéral d’expertise des soins de santé concernant l’assurabilité et l’organisation des soins pour les détenus et les internés seront connus, nous pourrons de manière effective franchir le pas de l’intégration des soins de santé pénitentiaires dans les soins de santé réguliers. " Affaire à suivre donc.

Surpopulation

Pour rappel, le problème de la surpopulation carcérale est un l’un des grands chantiers sur lequel le ministre de la Justice travaille depuis son entrée en fonction. Il est parvenu à réduire la tendance puisqu’ entre 2010 et 2015, le nombre de détenus est passé de 12000 à 11.040 pour 10.028 lits. Soit un taux actuel de surpopulation de 10,1%. Une réduction qui est due au transfert des internés vers le secteur régulier de la psychiatrie légale et la libération plus rapide des personnes sans droit de séjour condamnées à des peines mineures moyennant leur retour dans leur pays d’origine. Les chiffres pourraient encore baisser selon K. Geens : "J’ai la ferme intention de réduire la population carcérale. Il ne s’agit pas d’un exercice facile et l’objectif n’est encore que partiellement atteint".



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