Le service communautaire divise

Le service communautaire divise

La généralisation du PIIS et, plus particulièrement, le service communautaire, divise. Petit tour de terrain pour sonder les impressions positives, nuancées ou totalement opposées.

Jeudi passé, le SPP Intégration sociale organisait la journée des 40 ans des CPAS. Lors du discours d’ouverture, le ministre de l’Intégration sociale, Willy Borsus, a réaffirmé, entre autres, que "le service communautaire n’est pas obligatoire ! Ce sont les CPAS qui décident, avec le bénéficiaire, de l’appliquer ou non. Par contre, à partir du moment où le contrat est signé, il faudra le respecter. Mais le but n’est pas la sanction." Une clarification qui a relancé le débat sur la question. Si certains acteurs du secteur vont dans le sens du ministre, d’autres sont plus nuancés, voire totalement opposés à ses propos.

Méthode PEEPI

Au CPAS de Chimay, la généralisation du PIIS est vue d’un très bon œil. Elle lui a donné la possibilité de formaliser toute une série de mesures déjà adoptées et de développer une nouvelle méthode de travail appelée Protocole d’Elaboration et d’Evaluation des Parcours d’Insertion (PEEPI). Elle permet d’accompagner l’usager en profondeur et en détail pour lui proposer le meilleur parcours d’insertion sociale. Une méthode certifiée comme "bonne pratique" par la fédération des CPAS et déjà adoptée par plusieurs autres CPAS en Wallonie.

Concernant plus précisément le service communautaire, l’optimisme est également de rigueur. Guillaume Huart, coordinateur d’insertion au CPAS de Chimay, explique : "On peut le mettre en place avec le bénéficiaire, mais ce n’est pas une obligation. Grâce à notre méthode, rien n’est imposé et toutes les clauses du contrat sont analysées en détail. C’est donc loin d’être du travail forcé puisque c’est l’usager qui décide de tout. Même par rapport aux sanctions éventuelles en cas de non respect du contrat, c’est le travailleur social qui décide de les appliquer ou non. Le contrat PIIS ne deviendra donc jamais un document de sanction, sauf en cas de mauvaise utilisation."

2 problèmes

Le CPAS de Charleroi est plus nuancé quant à l’application d’un service communautaire obligatoire. Michel Deridder, adjoint à la direction de l’action collective soutient que ce service est un outil supplémentaire plutôt positif, mais qu’il doit être correctement utilisé. Il souligne deux problèmes liés à cette notion : "Premièrement, la possibilité d’imposer une sanction éventuelle au bénéficiaire qui ne respecte pas le service communautaire pose question. Pour moi, le nœud est là. Il arrive souvent qu’une personne, pour des raisons personnelles ou involontaires, soit forcée d’arrêter ou de réaménager les clauses de son bénévolat. Ici, la personne pourra être sanctionnée à cause de ça et c’est dérangeant ; c’est une porte ouverte aux dérives. Deuxièmement, le fait d’entreprendre un service communautaire n’empêche pas la personne d’être disponible sur le marché de l’emploi. Or, certains de nos usagers bénéficient d’un contrat d’exception "santé et équité" qui les dispensent de signer le PIIS et de rechercher un travail. Mais si elles veulent prester un service communautaire, elles seront de nouveau disponibles sur le marché de l’emploi. Il y a ici une ambiguïté qui n’a pas été levée."

"Il faut arrêter de rigoler"

Le Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté, initiateur de la manifestation de jeudi dernier lors des 40 ans des CPAS, est bien plus virulent. Totalement opposés à ce service communautaire, comme à plusieurs autres mesures de la réforme de l’action sociale, ses membres l’assimilent tout bonnement à du "travail forcé". Christine Mahy, secrétaire générale du RWLP, proteste : "Si les bénéficiaires du RIS ne respectent pas le PIIS qu’ils auront signé et la clause du service communautaire qu’ils auront accepteé, alors ils risquent la sanction. Certains trouvent cela normal, mais on parle ici de personnes démunies contraintes d’aller frapper à la porte du CPAS pour aller chercher une somme minimale pour survivre. Comment peut-on se permettre, dans un pays comme le nôtre, de briser la solidarité au point d’enlever un mois de RIS à quelqu ’un sous le simple prétexte qu’il n’aurait pas accepté de faire du bénévolat ?"

À la réflexion du ministre Borsus qui affirme que cette mesure favorisera certainement l’insertion professionnelle, C. Mahy répond : "Si le fait de travailler bénévolement générait réellement du travail rémunéré, on le saurait. Il suffit de regarder le nombre de personnes qui donnent gratuitement de leur temps dans des associations et le nombre d’emplois créés. Aujourd’hui, on est plutôt en régression parce que les subsides diminuent et que tout est plus compliqué. Il faut arrêter de rigoler et de dire que c’est parce qu’on va faire du bénévolat qu’on va forcément trouver un travail."



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