Le travail des associations de jeunesse ne se limite pas à prévenir la radicalisation

Le travail des associations de jeunesse ne se limite pas à prévenir la radicalisation

Avec la multiplication des menaces terroristes dernièrement, l’intérêt médiatique et politique pour l’intégration des jeunes s’est accru. Et de nombreuses associations au service de la jeunesse se retrouvent désormais sous le feu des projecteurs. Pourtant, leur activité n’est pas neuve et c’est au quotidien que ces associations se battent pour l’émancipation des jeunes.


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Eric (nom d’emprunt) travaille pour une maison de quartier dans une commune bruxelloise. Coordinateur, il gère une équipe de 6 personnes composée d’éducateurs, d’assistants sociaux et d’animateurs.

S’émanciper = la priorité n°1

Ensemble, ils ont un seul souhait : que les jeunes qu’ils animent s’émancipent, deviennent des citoyens à part entière et fassent des choix de vie compatibles avec la société d’aujourd’hui.

Cette mission commune passe par des activités multiples, qu’elles soient culturelles, ludiques ou sportives, afin de développer le savoir-faire mais également le savoir-être de ces jeunes.

« Il y a eux et puis, il y a nous ! »

Récemment, un nouveau visage s’est invité autour de la table de la maison de quartier ! C’est Charlie. Et le moins que l’on puisse, c’est que les discussions qui le concernent sont plutôt vives, comme nous le raconte Eric : « le débat est animé ces derniers temps. Certains jeunes ont des opinions radicales, plutôt osées. D’autres condamnent les attentats mais ne tolèrent pas pour autant les caricatures du prophète. Enfin, pour beaucoup, ce qui choque, c’est la stigmatisations des jeunes musulmans. Tout le monde s’accorde pour dire que les amalgames sont légion... »

Et de déplorer que même le jeune qui n’a rien à voir avec de tels actes doit se justifier quant à son appartenance au mouvement #jesuischarlie ou pas... Pour les jeunes de la maison de quartier en question, cela crée inévitablement un fossé dans la cohésion sociale : «  il y a eux et puis, il y a nous ». Beaucoup ont d’ailleurs le triste sentiment de ne pas faire partie à part entière de la société belge...

Une drogue meurtrière

Dans leur accompagnement, les acteurs sociaux n’émettent aucun jugement. Ils font naître et évoluer le débat dans l’optique de rendre ces jeunes plus critiques. D’autant plus, que la majorité des jeunes qui fréquentent les structures sociales d’aide à la jeunesse ne sont pas radicalisés. «  La plupart des jeunes qui viennent chez nous galèrent dans la vie... Ce sont des ados qui ’vivaguent’ un peu. Ils cherchent du boulot, ils sont victimes de l’exclusion du chômage, ils sont souvent dans une situation précaire et un peux paumés. Ceux qui partent combattre ne sont, quant à eux, pas impliqués dans le monde associatif. Il s’agit d’individus souvent isolés, repliés sur eux-mêmes, sans aucun repère... » explique Eric, le coordinateur de l’association.

Et d’ensuite comparer le choix de partir combattre à ceux qui tombent dans la drogue : « il y a ceux qui veulent y goûter et ceux qui ne s’y hasardent pas. Malheureusement, une fois que le pas est franchi, la plupart y trouvent refuge... »

Il faut une réponse collective à l’intégration des jeunes

Aujourd’hui, après les récents événements et la pression médiatique qui s’en est suivie, beaucoup d’animateurs estiment nécessaire de rappeler que leur travail ne se résume pas à faire de la prévention de la radicalisation. Car la fonction de travailleur social balaie bien des aspects de la vie de tous les jours et de la société, tels que le soutien scolaire, la vie de famille, la recherche d’un emploi, les problèmes de drogue, la délinquance, la sexualité mais aussi le droit social en veillant toujours à l’intérêt du jeune. « Des problèmes par lesquels la majorité des animateurs qui travaillent ici sont eux-mêmes passés avant de faire le choix de s’engager pour la jeunesse. Beaucoup des membres de l’équipe ont grandi dans le quartier, ils connaissent les codes de la rue et sont bien armés pour gérer les jeunes qui nous rendent visite et les faire rebondir... Car être travailleur social, c’est avant tout croire au potentiel de chaque être humain » déclare Eric.

Voilà un message porteur de sens dont la collectivité devrait s’inspirer afin de redonner espoir à des jeunes qui se sentent les laissés-pour-compte de la société. À chacun d’entre nous donc, de l’éducateur au professeur en passant par l’employeur, le politicien et le journaliste, de veiller - au quotidien - à ce que ces jeunes soient mieux intégrés...

Delphine Hotua



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