Les CPAS en première ligne de la crise

Les CPAS en première ligne de la crise

Augmentation des bénéficiaires du revenu d’intégration, fermeture des initiatives locales d’accueil depuis 2013 : les CPAS vont devoir affronter cette crise avec des moyens réduits !

Face à une crise de l’asile qui ne cesse de s’accentuer et qui risque de perdurer, les CPAS wallons ont fait part de leur inquiétude au Fédéral. D’après le cabinet de Willy Borsus, Ministre wallon de l’intégration sociale, la crise des réfugiés coûtera 120 millions d’euros supplémentaires en termes de revenu d’intégration, l’année prochaine. Ces chiffres sont à mettre en corrélation avec une estimation du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), organisme qui octroie le statut de réfugié. Celui-ci anticipe que 2500 décisions finales seront prises à ce sujet d’ici 2016, soit plus du double des chiffres actuels.

Des fermetures incompréhensibles !

Cet état de fait entraînera forcément un accroissement des dépenses du CPAS. Outre un problème financier, les CPAS sont aussi confrontés à une carence au niveau des moyens humains et logistiques. Depuis 2013, les fermetures des ILA (Initiatives Locales d’Accueil) se sont multipliées, passant de 24 000 places disponibles, contre 16 200 actuellement. En juin dernier, alors que la crise de l’asile était prévisible, 469 ILA ont encore été fermées, dont 192 en Wallonie. Difficile à comprendre dans un tel contexte ! Car les CPAS ne sont pas les seuls à estimer que cette crise aurait pu être mieux appréhendée.

Une crise prévisible

Un rapport publié sur le site de la Fondation Robert Schuman*, indiquait déjà au mois d’avril une prévision d’augmentation de 28% de demandeurs d’asile, avec une croissance du nombre de déplacés dus aux conflits aux rives de l’Europe. « Le flux d’immigration clandestine détectée n’a jamais été aussi élevé qu’en 2014, avec une hausse de 170% par rapport à 2013. Il devrait bondir encore en 2015, dont les deux premiers mois révèlent une augmentation de plus de 200% par rapport à 2014 », indiquait l’expert dans l’article. Cette immigration clandestine empruntant chaque fois plus la voie maritime, vu que les frontières terrestres sont plus difficiles à franchir. C’est ainsi que 220 000 immigrants maritimes auraient été comptabilisés en 2014. D’autres voies d’accès vers l’UE se mettent depuis lors en place, notamment via la Russie.

Erreur politique ?

Ces chiffres contredisent le discours de Théo Franken qui affirme qu’il s’agit d’un afflux imprévisible de demandes d’asile. La fermeture de centres d’accueil et le licenciement de travailleurs spécialisés dans ce secteur, semblent bien découler d’une erreur d’appréciation politique, alors que les données statistiques et prospectivistes indiquaient un risque d’augmentation de migrants vers la zone européenne et donc vers la Belgique. Les CPAS se disent également inquiets de la qualité de l’accueil mis en place dans l’urgence, ces dernières semaines, notamment au sein des casernes militaires.

Anticiper le tsunami social !

Mais d’autres problèmes pourraient également surgir, estiment les CPAS. Avec en première ligne, la menace d’une crise du logement, vu l’accélération des délais pour sortir du réseau d’accueil. Une hausse du sans-abrisme pourrait survenir. Pour les primo-arrivants ayant trouvé un logement, les CPAS vont devoir prendre en charge, sur fonds propres, les garanties locatives et les premiers loyers. Enfin l’accompagnement de ces personnes va exiger un gros effort au niveau des ressources humaines, entre autres. Les CPAS prônent l’élaboration d’une véritable politique d’accueil structurée et efficace sur le long terme et exhortent Théo Francken à engager rapidement une concertation avec le Ministre de l’Intégration Sociale, Willy Borsus, en vue d’éviter un tsunami social.

Sandra Evrard

A lire aussi : Crise ou pas crise de l’asile ?

* Le défi de l’immigration clandestine en Méditerranée, Question d’Europe n°352.



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