Les internés psychiatriques aux mains du privé

Les internés psychiatriques aux mains du privé

Présenté comme la réponse au manque criant de places dans les prisons et, plus spécifiquement dans les structures de défense sociale, le nouveau centre de psychiatrie légale de Gand a accueilli ses premiers détenus psychiatriques à la mi-novembre. Mais la gestion du centre, confiée à un consortium privé, pose question...


- Soins de santé : de plus en plus de services aux mains de consortiums privés

- Le vieillissement, véritable opportunité économique

Entre enjeux de santé publique et enjeux de sécurité publique, la prise en charge psychiatrique des détenus est comme assise entre deux chaises, inconfortable, à la frontière entre punir et soigner. Et si elle est plus que nécessaire, elle se révèle extrêmement difficile à mettre en œuvre. Car les personnes qui tombent sous la coupe de la loi de défense sociale sont des personnes ayant commis des infractions, mais qui ne sont pas condamnées par les tribunaux correctionnels. Elles font par contre l’objet d’une décision d’internement.

Des annexes psychiatriques à la sauce neuroleptique

Et en Belgique, les places sont chères dans les établissements de défense sociale. En attendant qu’une place se libère, les malades sont donc internés dans les annexes psychiatriques des prisons classiques, avec les conditions de détention désastreuses qu’on leur connaît. À cela s’ajoute, la quasi inexistence de soins psychiatriques adaptés. À cet égard, l’Observatoire international des Prisons rappelle que la Belgique a déjà été condamnée 14 fois par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour les mauvais traitements qu’elle réserve aux internés, considérés comme des traitements inhumains et dégradants. Le Comité de prévention contre la torture du Conseil de l’Europe a également dénoncé à plusieurs reprises la situation dans les annexes psychiatriques belges. “Toutes les pathologies y sont mélangées et les internés y sont bourrés de neuroleptiques. Les crises psychiatriques s’y soignent par la mise au cachot. Les malades restent pourtant plusieurs années dans ces annexes insalubres, jusqu’à parfois souhaiter y mourir comme l’actualité récente nous l’a rappelé…”

Une exploitation privée qui interpelle...

Là, où cela se complique encore plus, c’est quand les budgets publics sont sans cesse rabotés. Comme l’a encore fait récemment le gouvernement Michel puisqu’il a décidé de réduire l’enveloppe allouée au tout nouveau Centre de psychiatrie médico-légale de Gand. Et une chose en entraînant une autre, la capacité d’accueil a elle aussi été réduite, tombant à 70% - ce qui prolonge inévitablement le séjour des malades mentaux dans les annexes.

Par ailleurs, selon une décision approuvée en Conseil des ministres à l’initiative de la ministre de la Justice du gouvernement précédent, Annemie Turtelboom, l’exploitation du Centre psychiatrique légale de Gand a été confiée au Consortium privé Sodexo-Parnassia. Or, récemment, le groupe Parnassia a été placé sous surveillance aux Pays-Bas, à cause de certains manquements constatés.

Vers une privatisation de l’ensemble du secteur pénitentiaire ?

De quoi interpeller les professionnels du secteur. Delphine Paci, présidente de la section belge de l’Observatoire international des Prisons, ne cache pas son inquiétude quant à ce glissement vers le privé : « Avec l’incursion du privé, il y a la notion de profit qui vient encore davantage compliquer les choses. Les internés psychiatriques sont un public très fragile et ils nécessitent un traitement psychiatrique adéquat et des soins adaptés, le tout dans un environnement sécurisé. ». Et de déplorer qu’aucune instance de contrôle ne soit mise en place.

Elle est rejointe sur ce point par le bourgmestre de Gand, Daniel Termont (sp.a), qui se demande si le gouvernement a reçu les garanties suffisantes du consortium quant à la façon dont les internés seront soignés. À cet égard, il déclarait au micro de la RTBF : « je me pose de grandes questions. N’est-ce pas la première étape vers la privatisation de l’ensemble du secteur pénitentiaire ? ».

Delphine Hotua



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