"Les résultats des indicateurs en santé mentale sont alarmants"

Le dernier rapport du KCE pointe du doigt des indicateurs alarmants dans le domaine de la santé mentale. Acteurs-clés du secteur, les centres de santé mentale ont des difficultés à faire face à l’augmentation des demandes.

Les centres de santé mentale sont surchargés et le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous très long. On ne dispose pas de chiffres officiels pour la Wallonie ou Bruxelles, mais en Flandre, le tout récent rapport du Centre Fédéral d’Expertise des soins de santé (KCE) confirme qu’une proportion non négligeable de patients (37% en 2013) doit attendre un mois ou plus pour obtenir un premier rendez-vous dans un centre de santé mentale. Le rapport signale par ailleurs que “les résultats des indicateurs relatifs à la santé mentale et aux soins dans ce domaine restent alarmants. Le fruit des réformes passées n’est pas (encore) suffisamment visible et les taux de suicides demeurent élevés. De plus, le suivi de la performance reste délicat, car les systèmes de données devraient idéalement permettre un monitoring de l’ensemble du parcours de soins (y compris au niveau ambulatoire), ce qui n’est pas encore suffisamment le cas”.

Une politique qui ne s’est pas dotée de moyens

Ces carences sont paradoxales face à la politique générale de désinstitutionalisation, et la volonté de réintégration des patients psychiatriques, instaurée depuis la fin du 20e siècle. L’idée générale de cette tendance étant précisément axée sur l’évolution d’un système anciennement basé sur de grands hôpitaux psychiatriques vers une offre de services alternatifs, notamment de type ambulatoire. Selon le rapport du KCE, les résultats visibles de ces réformes se font encore attendre, à différents niveaux. Le nombre de jours d’hospitalisation en psychiatrie ayant même augmenté, passant de 304 pour 1000 habitants en 2000 à 336 en 2012. Deux types de données sont restées constants : les passages aux urgences pour des problèmes sociaux, mentaux ou psychologiques et le nombre d’hospitalisations sous contrainte dans une structure psychiatrique.

Quel rôle pour les centres de santé mentale ?

La souffrance sociale serait en hausse en Belgique, particulièrement au sein de la population la plus précarisée, qui a elle aussi tendance à augmenter. Les répercutions d’ordre psychique, des difficultés vécues par ces patients, seraient notamment dues au malaise épinglé dans le milieu du travail, mais aussi chez les chômeurs, avec un ascenseur social tristement en panne ! Sans oublier le détricotage social et familial qui a également un impact sur la santé mentale des plus fragilisés. En résumé, trouver sa place dans la société actuelle serait chaque fois plus difficile. Face à ces problèmes, les centres de santé mentale peuvent jouer un rôle dans la prise en charge psycho-médico-sociale. Mais les demandes sont trop nombreuses pour pouvoir y faire face de manière 100% adéquate.

Taux de suicide et consommation d’antidépresseurs trop élevés

Il ressort aussi du rapport du KCE que le taux de suicide en Belgique (18,3/100 000 hab., avec un taux plus important en Wallonie) est plus élevé que dans d’autres pays d’Europe (moyenne de 10,6 dans l’UE). Le suivi des patients ayant tenté d’en finir avec la vie, pourrait par ailleurs être amélioré. Selon un rapport récent des mutualités socialistes, 27% de leurs affiliés hospitalisés pour ces faits, n’ont en effet bénéficié d’aucun suivi dans les 3 mois suivant leur sortie. Parallèlement, l’on relève toujours une consommation d’antidépresseurs plus élevée en Belgique que dans le reste de l’Europe, où celle-ci augmente par ailleurs. Des chiffres qui corroborent les affirmations des professionnels de la santé mentale, qui estiment que les problèmes d’ordre psychologique, voire psychiatriques, sont en augmentation ces dernières années.

Sandra Evrard

Lire tout le rapport “Un nouveau check-up du système de santé belge”



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