Les violences conjugales toujours méconnues des politiques

Les violences conjugales toujours méconnues des politiques

Vie Féminine a lancé sa nouvelle campagne, d’une durée de 2 ans, contre les violences faites aux femmes. Si le sujet en agace plus d’un, le problème persiste et le manque de conscience des pouvoirs publics face à ses enjeux demeure.

Le 25 novembre dernier avait lieu la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. A l’occasion, plusieurs actions de sensibilisation se sont déroulées dans le pays. Néanmoins, l’investissement face à cette urgence sociale reste mineur. La campagne de Vie Féminine, nommée « Brisons l’engrenage infernal », cherche à réellement conscientiser les pouvoirs politiques sur les enjeux du problème, encore trop peu connus. Céline Caudron est coordinatrice de la nouvelle campagne. Elle explique les origines du problème déjà pointé du doigt par les associations, et qui, selon elle, devrait faire partie des priorités des différents gouvernements du pays.

Par rapport à cette violence, vous trouvez qu’il y a une recrudescence ces dernières années ou on en parle plus ?

C’est vraiment difficile à dire justement parce qu’on a pas de chiffres précis en Belgique. Dans les autres pays c’est difficile aussi sur les violences car une bonne partie est banalisée et invisibilisée [sic], donc c’est difficile d’avoir une vue réelle de ce qu’il se passe. Et puis en plus il faut aussi une volonté politique d’avoir une vue là-dessus. Par exemple le nombre de femmes tuées dans un contexte de violences conjugales, en Belgique il n’y a pas de chiffres officiels, alors qu’ailleurs, en France par exemple, c’est le ministère de l’intérieur français s’en occupe, tous les ans.

En Belgique on a appris un peu par hasard il y a 2 ans en 2014, donc le gouvernement se préoccupe pas non plus d’aller chercher des chiffres pour avoir un meilleur état des violences. Alors maintenant ça avance un petit peu parce qu’ils ont ratifié une convention internationale qui s’appelle la Convention d’Istanbul, qui implique qu’on fasse plus attention à ça, mais ils avancent vraiment à pas de souris par rapport à l’enjeu du problème. Ce qu’on constate c’est que de toute façon, qu’il y en ait plus ou moins qu’avant, c’est quand même une réalité quotidienne pour la majorité des femmes. Et voilà, c’est ça qui est important.

Et donc, vous dites que c’est une réalité quotidienne, mais là vous parlez toutes classes confondues ou justement par exemple plus par rapport au public avec lequel vous travaillez vous (NB : précarisé) ?

Toutes les femmes sont concernées par les violences, peu importe l’origine, la classe sociale, etc. Ce qu’il y a c’est que ça ne va pas s’exprimer de la même façon, ça ne va pas se dire de la même façon. Dans les classes plus bourgeoises, c’est aussi un truc qu’on ne dit pas, parce que justement, on associe les violences, en particulier les violences conjugales aux milieux défavorisés. Donc on a pas envie d’en parler et « d’apparaitre comme ça ». Maintenant c’est vrai que quand on vit en situation de précarité, on est encore plus exposé à ça, parce qu’on a moins de recours et moins de réseaux sociaux et moins d’alternatives pour essayer de s’en sortir : on est encore plus isolé et donc beaucoup plus exposé.

Quand vous dites que nous n’avons pas de chiffres précis de la part des politiques, pourquoi ?

La conscience politique du problème est trop petite. On en parle à chaque fois le 25 novembre parce que c’est la journée internationale contre les violences faites aux femmes, mais après il ne se passe plus rien. Le reste de l’année on en parle plus. Je pense qu’il y a vraiment un problème de conscience du problème et que ça ne s’améliore pas vraiment. Chaque fois, on va parler avec des politiques et ils vont nous dire : « Bien sûr, on est contre les violences, c’est inacceptable » ! et puis il n’y a rien qui se fait. Ou alors, il y a des prises de position, comme justement, signer cette convention internationale. C’est une prise de position forte parce que c’est une convention qui est très complète sur les différentes formes de violences et qui a des recommandations qui sont contraignantes. Mais après, il faut que ce soit appliqué sur le terrain. Et donc là, on voit que ce n’est pas suivi.

Par exemple, en ce qui concerne la violence conjugale, on voit qu’il n’y a toujours que 3 refuges spécialisés et sécurisés en Belgique francophone, c’est rien du tout. Les autres refuges ne sont pas sécurisés, ça veut dire qu’il n’y a pas d’adresse secrète, donc les femmes peuvent être retrouvées tout de suite par leur compagnon et donc voilà, ça ne sert à rien. En ce qui concerne la police, pour n’importe quelle forme de violence quand on va porter plainte, ben ça arrive très souvent que la police nous remballe… En particulier pour ce qu’ils considèrent comme petite violence, genre les interpellations en rue, ben les flics ils nous rient au nez.

Quelle est la cause de cette banalisation et de cette attitude « Allez les filles, c’est bon, mordez sur votre chique, ça va hein… » ?

Encore une fois on en revient à l’origine de ces violences. C’est un engrenage infernal, mais ces violences sont la manifestation d’un système inégalitaire et d’un rapport de domination entre homme et femme. On vit dans ce système-là. Et donc ce rapport de domination entre homme et femme est tellement rentré dans nos têtes, tellement normalisé que finalement on y fait pas attention. De temps en temps on va faire gaffe « aux pauvres petites femmes », parce qu’il faut quand même les protéger « ces faibles femmes » et donc souvent il y a aussi les approches assez paternalistes quand on parle de violences.

Qui ne sont finalement pas meilleures…

Absolument pas. On voit les femmes comme des victimes complètement passives et soumises alors que ce n’est pas ça du tout. Même si elles sont complètement détruites (parce que ça peut vraiment détruire une personne des violences au quotidien), ben elles résistent ! Elles sont encore en vie en fait. Donc nous on considère les femmes victimes de violences comme des survivantes, comme des résistantes. Et aussi des femmes qui développent des stratégies pour justement s’en sortir ;et pas forcément des stratégies d’affrontement : accepter de coucher avec son mari pour ne pas se faire taper dessus, c’est une stratégie pour ne pas se faire frapper.

Quelque part, nous on essaie de valoriser ces stratégies pour montrer que les femmes ont aussi des ressources en elles. Cette approche-là elle est vraiment minoritaire quand on parle de lutte contre les violences parce que souvent, c’est vraiment victimisant. Sur les images de campagne on va voir une femme avec un œil au beurre noir dans le coin de sa pièce. Cette image-là est encore une fois liée à ce fameux système de domination qui dit que les femmes sont plus faibles que les hommes et qu’elles doivent être protégées et ça rentre dans nos mentalités et finalement on le fait de façon inconsciente, on ne s’en rend même plus compte. Je pense que c’est vraiment parce qu’ on est baigné dans ce système que la conscience réaliste des violences n’apparait pas comme une priorité sociale alors que pour nous elle est une urgence sociale. On parle quand même la moitié de la population et c’est grave, il y a des décès à cause de ça.

Dans ce sens-là la ratification de la Convention d’Istanbul est un bon pas en avant pour vous. Et quels vont être vos actions futures ?

Ce qu’on a envie de faire c’est de faire remonter les réalités des femmes au quotidien, pour voir un peu comment confronter ça à ce qui est marqué dans la Convention d’Istanbul, qui est aussi la première convention internationale contraignante. Donc il y a une commission de contrôle. On peut donc l’interpeller pour dire : « Tiens en Belgique on a l’impression qu’il y a un problème sur ça et ça ». La Belgique peut être interpellée.

Vous avez des exemples de mesures ?

Dans la Convention, c’est marqué par exemple qu’on doit interdire tous les systèmes alternatifs de résolution des conflits comme la médiation. Et nous on sait déjà que sur le terrain, les juges belges proposent très souvent ça comme moyen de résolution de la violence conjugale. Et c’est une catastrophe.

Et pourquoi ?

Parce que quand il y a de la violence conjugale il y a un rapport de pouvoir dans le couple avec de la peur, on appelle ça le processus de domination conjugale et donc les deux partenaires ne sont pas du tout à égalité. Les femmes sont souvent dans un mécanisme d’emprise et elles sont terrorisées par leur compagnon et donc elles n’ont pas les capacités de pouvoir réagir à égalité comme ça devrait se faire dans le cadre d’une médiation. Et quand on fait de la médiation et qu’il y a de la violence conjugale, on constate que ça renforce encore ce mécanisme-là. Ca resitue le compagnon violent dans une position dominante où finalement ce qu’il va dire va être répété par sa femme qui a peur des représailles une fois chez elle si elle le contredit. Il n’y a pas que ça. Par exemple l’accueil des femmes migrantes : on doit leur garantir un minimum de sécurité. Or en Belgique, l’accueil des migrants, on a vu ce que ça a donné…on veut récolter tout ça pendant le temps de la campagne pour accumuler des constats et venir devant les politiques et leur dire : « Voilà, vous avez signé ce truc, voilà ce qu’il se passe sur le terrain, comment on fait pour mettre les 2 en concordance » ?



Commentaires - 1 message
  • Bonjour,la violence conjugale n'est pas reconnue en tant que telle.Quand je suis partie de chez moi avec la puce,je suis allée porter plainte,on m'a dit qu'on pouvait m'aider.Il en n'est rien,arrivée au tribunal,je perdais tous mes droits de maman.Je n'avais pas de travail,pas de maison d'accueil,pas d'école pour ma puce.Je n'avais qu'une seule chose à faire,c'étais de retourner chez mon bourreau.J'y suis encore,je ne trouve pas de solutions.J'ai été trahie par la justice....

    mare lundi 12 décembre 2016 13:52

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