Mécontentement social : faut-il avoir peur du gouvernement Michel ?

Mécontentement social : faut-il avoir peur du gouvernement Michel ?

L’automne social s’annonçait mouvementé et cela se confirme de jour en jour. Plusieurs actions de désaccord ont pris place la semaine passée et les militants semblent plus déterminés que jamais. Alors, le gouvernement de Charles Michel a-t-il vraiment dépassé les limites ? Tentative de réponse.


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La semaine passée a commencé par des grèves sauvages des cheminots à la SNCB, elle s’est terminée avec des actions coup de poing des policiers. Entre les deux, ce sont les enseignants qui se sont mobilisés et le siège du MR a été la cible d’une opération commando organisée par des affiliés de la FGTB. Le parti socialiste, qui ne s’était plus retrouvé dans l’opposition depuis un quart de siècle, n’est pas en reste puisqu’il est à l’origine de vidéos caricaturales anti-gouvernement distillées un peu partout dans la presse. Toutes ces opérations tirent à boulets rouges sur la majorité en place et lancent un appel massif à la mobilisation en front commun syndical le 6 novembre prochain.

Le MR face à une opposition musclée

Depuis son entrée en fonction, aucun répit n’a en effet été accordé au nouveau gouvernement. La coalition qui rassemble 4 partis (MR, N-VA, Open Vld et CD&V) est qualifiée de centre-droit, une première pour la Belgique depuis 1988. Et les syndicats ne sont clairement pas habitués à négocier avec une alliance plus à droite, ce qui expliquerait en partie ce contexte social très tendu et, la difficile mise en marche d’une vraie concertation sociale.

Face à une telle résistance, le MR, seul parti francophone au pouvoir, peine à calmer les esprits. Daniel Bacquelaine (MR), le nouveau ministre fédéral des Pensions, a qualifié les mesures annoncées par le gouvernement de nécessaires pour la relance économique. Et il est rejoint sur ce point par le premier ministre belge, Charles Michel, qui a défendu vendredi la politique d’assainissement budgétaire et les réformes structurelles, à l’issue d’un sommet européen consacré aux questions budgétaires. "Il faut mettre notre budget en ordre et respecter nos engagements européens", a-t-il déclaré, avant d’ajouter que son gouvernement s’était engagé à réaliser 11 milliards d’économies structurelles, principalement en réduisant les dépenses publiques.

Des mesures impopulaires mais nécessaires

Saut d’index, rallongement de l’âge de la pension, des chômeurs au service de la communauté,... Il est clair que les mesures annoncées sont plutôt impopulaires voire carrément tabous et, attise les inquiétudes des travailleurs et allocataires sociaux. Cela dit, certaines décisions ne sont que l’accélération de mesures déjà prises par le gouvernement Di Rupo dans un contexte de réductions à tout va des dépenses de l’État.

Régis Dandoy est chercheur au Centre d’Étude de la Vie Politique à l’ULB, il nous invite à prendre un peu de hauteur face à ce climat quasiment insurrectionnel : « en terme de calendrier, l’ampleur de la mobilisation me parait prématurée. Les actions de protestation se basent sur un plan global de gouvernement qui part dans tous les sens, sans qu’il n’y ait encore de lois concrètes en cours. Dans une démocratie sociale, syndicats et militants ont le droit de se mobiliser mais ne conviendrait-il pas plutôt de chercher le dialogue ? Et s’ils se trouvent devant un mur, ils peuvent alors réagir avec des actions plus ciblées... »

Un gouvernement somme toute démocratique qui doit faire son trou

Par ailleurs, Régis Dandoy insiste sur deux éléments qu’il convient de prendre en compte. Premièrement, ces projets politiques seront menés durant les 5 prochaines années. Une des conditions sine qua non est dès lors que le gouvernement en place tienne bon pendant l’entièreté du mandat. Ce qui, pour Régis Dandoy, n’est pas une chose acquise, au vu du côté inédit de la situation. Deuxièmement, les projets politiques sont susceptibles d’évoluer avec le temps et leur transposition en législations se fera progressivement. « Il risque d’y avoir de grosses différences entre ce qui est annoncé aujourd’hui et ce qui sera implémenté sur le terrain dans 3,4 ans. Il est clair qu’il n’y aura pas de copier-coller de ce qui se trouve actuellement dans l’accord de gouvernement », souligne encore Régis Dandoy.

Dès lors, s’il faut certes rester attentif à ce qui se trame dans les enceintes du pouvoir, il n’y a pas lieu pour autant de cultiver un climat d’insurrection dans le seul but de saboter la suédoise. Comme le déclarait le président du MR, Olivier Chastel dans Matin Première vendredi : « le gouvernement doit faire ses preuves car c’est au terme d’une législature que l’on jugera les réformes de fond que le gouvernement veut mettre en œuvre. » Et Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre de déclarer : « S’il vous plaît, sortons de la caricature et arrêtons de faire peur aux gens, ils n’ont pas à avoir peur de ce gouvernement. »

Delphine Hotua



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