Mémorandum de l'Union Générale des Infirmiers de Belgique : un an après

Mémorandum de l'Union Générale des Infirmiers de Belgique: un an après

Un an après l’entrée en fonction du gouvernement Michel, nous avons désiré savoir si les revendications des divers secteurs ayant publié un mémorandum avant les élections de 2014, ont été entendues. Cette semaine, nous nous sommes penchés sur le secteur des infirmiers.

Pour rappel, un mémorandum avait été publié par l’Union Générale des Infirmiers de Belgique (UGIB) :

Paul Sonkes, Président de l’UGIB nous explique ce qui a bougé… ou pas, depuis 2014.

Parmi les grands changements, on touche à la qualification des infirmiers ?

L’Europe a interpellé la Belgique sur le non-respect du nombre d’heures de formation pour les infirmières et une réforme des études est en cours. On profite un peu des recommandations européennes pour up-grader les études. Cela signifie qu’à terme, on va augmenter la qualification des personnes qui travaillent sur le terrain*. Cela devrait aboutir sur les formations différentes : les infirmières bachelières à 4 ans, les infirmières graduées à 3 ans, les brevetées et puis les aides-soignantes.

Qu’en est-il de vos revendications de construction et financement de différenciation de fonctions ?

On en parle de plus en plus. Une table ronde s’est créée au mois de juin dernier afin de réunir le secteur infirmier. En ont découlé une série de propositions, notamment au niveau des formations. Mais on a aussi relevé une demande de la part des médecins généralistes, surtout ceux en première ligne en extrahospitalier, de pouvoir déléguer certaines tâches. Nous avons donc établi une liste de propositions que nous avons transmises au SPF Santé via l’UGIT et via le Conseil fédéral de l’art infirmier. C’est encore à l’étude et cela dépendra forcément des décisions prises relativement à la formation des infirmiers.

Quid de la formation continue ?

Concernant la formation permanente : il n’y a rien qui a bougé. Au niveau de certains titres et qualifications de la profession infirmière, il y a une reconnaissance financière, mais pas de formation continue. On ne demande jamais à l’infirmier de base de suivre des formations continues, alors qu’on le demande aux infirmiers spécialisés. Entre temps, par contre, il y a une obligation de formation d’une journée par an pour les aides-soignants. Mais pour l’infirmier de base, bachelier, breveté ou gradué, il n’y a rien.

Pourquoi rien n’a bougé à ce niveau-là ?

Je suppose qu’il s’agit d’un problème de finances. Ce qui nous a été dit à la fin du mandat de Laurette Onkelinx, c’est qu’il y avait peu de marges de manœuvres budgétaires pour cette question et l’on nous a redit la même chose au cabinet de Maggie De Block. Ce qui, d’ailleurs, remet en cause le système de payement des primes pour les titres et qualifications, parce qu’on l’a fait pour 6 compétences, alors qu’il y en a 8. Pourquoi le fait-on pour certaines catégories et pas pour les autres ? D’autant plus que pour obtenir leur agrément, les hôpitaux sont obligés d’avoir un certain nombre de spécialisations au sein de leur personnel, pour correspondre aux normes.

Un autre point concernait la structuration de l’activité infirmière dans le secteur MR/MRS.

Cela a été fait en partie pour la quantité et la qualité, mais l’idée était d’avoir une structure proche de celle de l’hôpital et à ce niveau-là, cela n’a pas bougé. Ce qui signifie qu’actuellement, lorsque vous souhaitez ouvrir une maison de repos et de soins (MRS), vous engagez une infirmière, qui est votre homme ou femme de paille et vous faites ce que vous voulez dans votre maison de repos. Je caricature, mais en gros, la profession n’est pas vraiment protégée. Il y a des formations de direction de maisons de repos, mais elles ne sont pas ouvertes qu’aux infirmiers, elles sont ouvertes à n’importe qui. Ce qui a changé, c’est le nombre de personnes pour la permanence et la qualification.

Le 5e point concernait le financement à sa juste valeur de certaines catégories.

Cela n’a pas été fait. Je dois dire que personnellement, je ne suis pas tout à fait syntone avec ce point, car en général, les infirmier(e)s en chef, responsables d’une unité de soins sont quand même pas mal payés. Le problème concerne plus le cadre intermédiaire, pour lequel il n’y a quasi pas d’attention salariale. Il gagne quasiment la même chose que l’infirmier en chef, alors que son niveau de responsabilité est plus important. J’ai travaillé dans le public et le privé et c’est le même problème de tension salariale dans les deux cas. En fait, ce qui serait plus intéressant, ce serait de retirer l’infirmier en chef des normes d’encadrement, puisque effectivement, si on l’inclut dans le nombre de personnes qui exécutent les soins auprès des patients, c’est un peu malhonnête. Car il y a tout un travail de coordination, de gestion et de management de l’équipe, qui prend aussi de son temps. Il ne travaille donc plus à 100% au chevet du patient, mais plutôt de 30 à 50%. Je pense qu’il faudrait donc revaloriser cette fonction-là.

En 2014, vous demandiez aussi de soutenir de manière cohérente et structurée la recherche infirmière ainsi que sa diffusion.

Il n’y a pas eu grand-chose qui a bougé à ce niveau-là, sinon un petit budget alloué à l’Evidence based nursing, mais il existait déjà. Donc si vous êtes interne et que vous voulez faire un master, vous devez l’effectuer en santé publique, en gestion, en épidémiologie, en hygiène, mais en sciences infirmières pures, cela n’existe pas. Cela permettrait pourtant de développer la recherche dans ce domaine !

Vous demandiez aussi d’améliorer et adapter le financement de tous les hôpitaux quelle que soit leur taille pour assurer une qualité des soins optimaux afin de répondre aux besoins locaux de la population.

Là il n’y a rien de particulier à signaler !

N’y a-t-il pas un impact provenant des fusions d’établissements hospitaliers ?

Il y a les bonnes fusions et les moins bonnes… Les fusions sont d’abord essentiellement à visées économiques, pour faire des économies d’échelle, pour avoir un seul service support pour plusieurs sites. Cela peut avoir un impact si cela permet de dégager des moyens pour s’axer sur davantage de visées qualitatives, mais ce n’est pas toujours le cas et ce n’est pas l’objectif premier. Il y a une certaine concurrence qui a été introduite en Belgique, c’est pour cela qu’ils fusionnent !

Il ne s’agit pas aussi de regrouper les compétences et spécialisations ?

Oui, mais pour cela, il faut alors regrouper les spécialisations sur un même site et les hôpitaux n’ont pas forcément les moyens de reconstruire à un seul endroit les locaux nécessaires pour regrouper leurs activités. D’autant plus que plusieurs hôpitaux ont aussi plusieurs structures géographiques qu’il est important de maintenir. Au niveau de la qualité, quelque chose a peut-être bougé : les hôpitaux francophones ont créé la PAQS (plateforme d’amélioration pour la qualité des soins), qui a été initiée par les trois écoles de santé publique, par les mutualités, les fédérations d’employeurs et les fédérations médicales. Cela se fait sur une base volontaire et beaucoup d’hôpitaux ont emboîté le pas. Le but est d’initier un processus d’accréditation pour les hôpitaux. Nous sommes en contact avec trois agences d’accréditation : l’américaine, la canadienne et la française. En France, les hôpitaux sont déjà engagés dans un processus d’accréditation. Mais cela se fait sur base volontaire, pas sur initiative du SPF.

Enfin, vous revendiquiez une représentation équilibrée et suffisante des infirmiers à différents niveaux. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Lors du changement de gouvernement, nous avons fait du lobby pour plaider notre cause, dans le cadre de la naissance de l’OIP (organisme d’intérêt public) qui va reprendre toutes les compétences de la santé, qui vont êtres régionalisées. Il s’agit surtout des soins de première ligne, de la santé mentale et des personnes âgées. Nous avons reçu des invitations, nous sommes consultés, mais comme cela va prendre un certain temps pour finaliser le fonctionnement, nous espérons aussi être entendus. Nous sommes un peu dans le flottement pour l’instant, mais nous sommes invités aux réunions d’informations.

Globalement, est-ce que vos revendications ont été entendues ?

Il y a quelques points qui ont bougé, mais ce sont souvent des processus assez longs, notamment au niveau des formations. Si l’on touche aux bachelors, il faudra aussi se décider à analyser les autres niveaux de formation. Il y a une volonté du cabinet De Block de travailler avec nous.C’était déjà le cas lors du mandat de Mme Onckelinx. Mais quels seront les aboutissements, c’est encore difficile à dire, d’autant plus que les moyens sont limités. Mais nous sommes persuadés que proposer des soins de qualité, à moyen terme, cela coûte moins cher à la société. Nous nous étions permis de reprendre lors des tables rondes une enquête européenne sur le lien entre le nombre de personnel infirmier et le taux de morbidité à l’hôpital et celui-ci est clairement établi : au plus il y a d’infirmiers bien formés, au moins le patient reste à l’hôpital et au moins il a de conséquences négatives liées à son hospitalisation et in fine de taux de mortalité. Le lien est directement établi. Donc en termes de santé publique, c’est important. C’est une base pour nos revendications : revoir les normes et les qualifications pour avoir des soins de meilleure qualité.

Propos recueillis par Sandra Evrard

*Lire à ce sujet : Les compétences des infirmiers de demain

Site de la PAQS : http://www.paqs.be

Retrouvez tous les autres bilans "après élections" des ASBL sur notre dossier : "Mémorandum des ASBL : un an après, ca bouge...un peu !"



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