Nous ne sommes pas plus informés que le public !

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En cas d’attentats, l’afflux de blessés risque d’être considérable. Comment s’organisent les hôpitaux dans ces cas-là ? Sont-ils prêts ? Florence Hut, Directrice générale médicale à l’hôpital Brugmann, membre de l’association belge des hôpitaux, répond à nos questions.


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Les hôpitaux sont-ils organisés pour recevoir un éventuel afflux supplémentaire de blessés, dans le cas d’un attentat ?

C’est obligatoire, chaque hôpital belge a son plan MASH (mise en alerte des services hospitaliers) qui encadre, en cas de catastrophe, tant extérieure qu’à l’intérieur de l’hôpital, toute la cascade d’alertes et de rappel de l’organisation. Ce plan est conçu pour les éventuels attentats, mais aussi des catastrophes comme celles de Ghislenghien ou du Heysel. Pour les alertes internes, cela concerne les risques d’incendie, d’explosion à l’intérieur de l’hôpital, où il faut prendre toute une série de mesures pour secourir les patients et le personnel. La responsabilité du plan MASH est inscrite dans la loi, comme étant sous la responsabilité du médecin chef, qui est chargé de réunir une cellule de coordination.

Quels sont les premières mesures prises dès l’afflux de blessés dans les hôpitaux ?

En cas d’afflux, la première chose à faire, c’est le tri des blessés selon trois modes d’urgence. Si cela devait se passer sur l’ensemble de Bruxelles, une coordination régionale devrait se mettre en place, car chaque hôpital est tenu de prendre en charge un certain nombre de patients en cas de problème. S’il y avait un attentat à Bruxelles, ce n’est donc pas Brugmann ou Saint-Pierre qui décide de prendre un tel nombre de blessés, c’est l’activation du plan et de la cellule de coordination qui le détermine. Ce n’est pas l’hôpital qui décide ou non de sa participation, c’est une obligation ! Ces plans d’organisation ne datent pas de maintenant. Je suis dans le métier depuis 20 ans et le plan MASH existait déjà.

Quels sont les professionnels qui sont en première ligne en cas d’attentats ?

Ce sont les soignants qui sont mobilisables au premier plan. Il y a bien entendu les urgentistes et les infirmiers, mais l’on rappelle aussi une série de professionnels tels que les médecins hygiénistes, en cas d’attaque bactériologique, des chirurgiens, des experts en radiations, le radiophysicien. S’il y a beaucoup de brûlés, tous les hôpitaux n’ont pas un département grands brûlés, donc ce sont les hôpitaux spécialisés qui seront davantage mobilisés. S’il y a une explosition dans une école par exemple, ce sera alors plutôt l’hôpital des enfants qui sera davantage en alerte. Le plan se décline en fonction de la nature de la catastrophe et des victimes. D’autres mesures peuvent être prises, par exemple de faire sortir des patients qui devaient sortir le lendemain et qui ne nécessitent plus de soins.

L’organisation se fait-elle par ville, par région ?

S’il y a une explosion à Bruxelles, qui touche 30 personnes, il est clair que les hôpitaux du Hainaut ou du Brabant Wallon ne seront pas touchés. Mais si c’est un avion qui s’écrase à Zaventem, les hôpitaux régionaux seront aussi sollicités.

Tout le pays est-il logé à la même enseigne ?

Non, s’il y a une catastrophe à Bruxelles, ce sera plus facile de prendre en charge les blessés, car il y a beaucoup d’hôpitaux. Si cela se passe au fond des Ardennes, ce sera plus compliqué. Les attentats déjoués de Verviers auraient pu poser plus de problèmes, car le gros hôpital le plus proche est celui du CHU de Liège qui n’est pas si proche que cela.

Dans le cadre d’un attentat, y a-t-il d’autres mesures spécifiques que les hôpitaux devraient adopter ? Avez-vous reçu des consignes ?

Pour la situation actuelle de pré-menaces, nous ne sommes pas plus informés que le public. Deux militaires sont arrivés devant l’hôpital dimanche de la semaine dernière et nous n’avions même pas été prévenus ! Puis ils sont partis et nous ne savions pas s’ils allaient revenir. Lundi matin, ils n’étaient plus là !

Avez-vous pris des mesures de votre propre chef ?

Dimanche dernier, lorsque nous avons entendu qu’il y aurait la fermeture des écoles et des métros, nous avons décidé de nous réunir en soirée, mais ce n’était pas obligatoire. Nous l’avons fait spontanément. Nous avons d’abord décidé de sécuriser notre hôpital, car le site Horta est situé au milieu d’un parc, avec plusieurs accès. Nous avons pris nous-mêmes des gardes pour sécuriser l’hôpital, car celui-ci ne s’arrête pas malgré un niveau 4 d’alerte ! Nous avions des malades ce week-end, le personnel devait travailler ! Nous nous sommes juste demandés si nous annulions ou pas les consultations comme à l’UCL, mais nous ne l’avons pas fait. Chaque hôpital a fait ses choix, mais nous n’avons reçu aucun ordre. Nous avons juste reçu une lettre de Maggie De Block nous rappelant le règlement des plans MASH et nous informant que les hôpitaux pourraient faire l’objet de menaces. Puis cette information a par la suite été démentie…

C’était un caffouillage ?

C’est vrai qu’au mois d’août, durant le procès Sharia 4 Belgium, il y a eu des menaces relatives aux hôpitaux et aux écoles. Nous avions alors consulté la police et le Ministère de l’Intérieur, nous avions eu une réunion, mais l’on nous a dit que le niveau de menaces n’était pas relevé. Donc nous n’avons rien fait.

Les hôpitaux belges sont-ils prêts en cas d’attentat ?

Evidemment, si l’on lâche des bombes sur Bruxelles, se sera difficile ! Mais en cas d’attentats tels que ceux de Paris, nous sommes prêts à faire face. Pour Ghislenghien, il y a eu 45 blessés graves et l’aide médicale d’urgence a bien fonctionné. L’on considère que chaque hôpital doit être cappable de prendre en charge 20% de sa capacité, en fonction du nombre de lits.

Est-ce que la prise en charge de blessures hors-normes, comme les impacts de balles ou de métaux ou une attaque chimique, est organisable en Belgique ?

Il est clair que dans les attentats comme ceux de Paris, les hôpitaux doivent faire face avec une médecine de guerre. Mais si un chirurgien est capable d’enlever la rate d’un motard qui a eu un accident, il peut aussi le faire pour quelqu’un qui a reçu une balle. Le corps médical s’adapte à la réalité, même lorsque les problèmes qui surviennent sont de véritables horreurs. Ce qui est plus spécifiquement lié à ces événements, ce sont les patients qui présentent de grandes hémorragies et nécessitent un besoin de sang important. Pour les attaques chimiques, les personnes qui y échapperaient risquent de présenter toute une série de syndromes d’ordre neurologique, par la suite. On ne peut pas tous les guérir, mais les neurologues peuvent les prendre en charge. Dans ces événements, les plus gros traumatismes sont d’ordre psychologique, et il faut les prendre en charge sur le long terme.

Propos recueillis par Sandra Evrard



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