Oui à la modernisation de la Sécurité sociale, mais pas sans justice sociale

Oui à la modernisation de la Sécurité sociale, mais pas sans justice sociale

L’automne social a été brûlant. Au centre des revendications : l’effritement de la sécurité sociale et une fiscalité jugée peu équitable. En filigrane de ces mouvements sociaux se cache aussi la crainte d’un affaiblissement de la cohésion sociale.


- La sécurité sociale fête ses 70 ans sur fond de coupes budgétaires

- Évolution de la Sécurité sociale d’hier à aujourd’hui

Au cœur du système de sécurité sociale se trouve la notion de solidarité. Solidarité entre travailleurs et chômeurs, solidarité entre personnes en bonne santé et personnes malades, solidarité entre les actifs et les pensionnés, mais aussi solidarité entre les personnes ayant des revenus et les personnes sans ressources...

Réduire l’impôt sur l’emploi, leitmotiv du gouvernement

Cette solidarité est garantie grâce aux cotisations que doivent payer les actifs, de façon proportionnelle à leurs revenus. Ces cotisations directes sur le travail représentent 66 % des recettes de la Sécurité sociale. À cela s’ajoutent les subsides annuellement versés par l’État fédéral à l’ONSS (Office national de Sécurité nationale ) et à l’INASTI (Institut national d’Assurances sociales pour Travailleurs indépendants).

Depuis quelques années, un système de financement alternatif de la sécurité sociale a par ailleurs été mis en place. Il est constitué d’un pourcentage des recettes de TVA et des accises sur le tabac avec un double objectif : permettre une limitation des subventions de l’État et une baisse des cotisations patronales. Un système dans lequel s’inscrit parfaitement la politique du gouvernement Michel puisque son fer de lance n’est autre que le développement d’une fiscalité favorable à l’essor économique et à l’emploi.

« L’État taxe trop le travail et pas assez le capital »

D’aucuns y voient cependant un prétexte tout fait pour choyer les entreprises au détriment des travailleurs et des allocataires sociaux. Ce qui a d’ailleurs ramené en force dans le débat politique belge la taxation des revenus du capital. Dans un entretien avec La Libre Belgique, Marc Bourgeois, professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Liège, parle à ce sujet d’un « déséquilibre préoccupant en Belgique, puisqu’il s’agit du pays européen qui taxe le plus le travail en Europe ». Cela alors que les revenus du capital et la spéculation sont plutôt épargnés. A cet égard, le scandale Luxleaks a récemment mis en lumière de nombreux avantages fiscaux accordés à des centaines de multinationales, privant les États européens de milliards d’euros de recettes fiscales.

Cela étant dit, le défi actuel du gouvernement est donc de viser une répartition plus équitable des taxes et impôts, au bénéfice de tout un chacun.

La sécurité sociale a un intérêt socio-économique non négligeable

Dans un éditorial pour le journal « En Marche », Jean Hermesse, le secrétaire général de la Mutualité chrétienne, rappelait d’ailleurs que la solidarité fonctionne mieux si chacun apporte sa petite pierre à l’édifice : «  Est-il nécessaire de rappeler qu’une société plus égalitaire est bien plus ’efficace’ en termes de santé et de bien vivre pour tous ? C’est attesté : les sociétés moins égalitaires détériorent la qualité des relations sociales, engendrent la division, doivent faire face à plus de problèmes sanitaires et sociaux, plus de violence, de maladies mentales, d’anxiété... »

D’autant plus que la sécurité sociale contribue au maintien du pouvoir d’achat d’une partie importante de la population et donc au maintien d’un niveau important de consommation dont profitent l’économie et les entreprises.

D’où l’importance de préserver cet état social et de le rendre viable sur le long terme. Ce à quoi Koen Vlemincks, conseiller général au SPF Sécurité sociale, ajoute : « la sécurité sociale est un système dynamique qui doit être mis à jour en fonction des besoins de chaque génération. Il y a une modernisation nécessaire de la sécurité sociale mais toujours en gardant en tête la valeur phare du concept, à savoir la justice sociale. »

À ce propos, dans le cadre des festivités organisées pour le 70e anniversaire de la Sécurité sociale, diverses animations seront proposées au grand public afin de mieux comprendre l’esprit de justice sociale dans lequel est née la Sécurité sociale. Le programme est à découvrir prochainement sur le site du SPF sécurité sociale.

Delphine Hotua



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