Passer à l'âge adulte : des trajectoires diverses dans le monde

Passer à l'âge adulte : des trajectoires diverses dans le monde

Cécile van de Velde a comparé au niveau européen et mondial les dispositifs qui accompagnent les jeunes dans leur entrée dans la vie adulte. Elle en dégage 4 modèles.

Quand un jeune considère-t-il qu’il est passé à l’âge adulte ? Comment le jeune ressent-il cette trajectoire dans nos sociétés contemporaines ? Telles sont notamment les questions qui occupent la sociologue française Cécile Van de Velde. Elle observe que le passage à l’âge adulte ne se base plus seulement aujourd’hui sur des critères comme l’âge, l’emploi ou le mariage. Il s’agit avant tout d’une perception individuelle et identitaire, qui varie donc chez chaque jeune. Ce passage à l’âge adulte s’opère aussi de manière différente selon l’espace géographique : les sociétés et leurs modèles exercent en effet une influence sur celui-ci.

4 modèles

- « Se trouver », dans les social-démocraties (pays scandinaves) : Les jeunes prennent leur indépendance de manière précoce. Ils s’éloignent de leurs parents en moyenne à vingt ans. Leurs parcours sont souples et mobiles. Les jeunes évoluent dans l’idée de « se construire », « se trouver ». Les parcours professionnels et universitaires se chevauchent, sont marqués de pauses. Cette mobilité ne leur fait pas peur. Elle est même légitimée par la société (notamment par l’allocation d’autonomie au Danemark qui alterne période de formation et période d’emploi, pendant laquelle l’étudiant bénéficie d’un soutien financier). Le sentiment d’urgence et d’angoisse de s’accomplir que l’on observe dans le modèle français (voir modèle 4) y est beaucoup moins fort.

- « S’assumer », dans les sociétés libérales (Royaume-Uni, Canada, Etats-Unis) : L’indépendance des jeunes est également précoce, comme dans les social-démocraties, avec une différence notable : il n’existe pas au Royaume-Uni, au Canada ou aux Etats-Unis d’aides de l’Etat. Par conséquent, les jeunes suivent des cursus plus courts et les autofinancent. Une fois leurs études terminées, ces jeunes privilégieront un accès rapide à l’emploi et au mariage. Leur jeunesse est donc plus courte que dans le premier modèle.

- « S’installer », dans les sociétés du Sud de l’Europe (Espagne, Italie) : L’âge de l’indépendance par rapport aux parents est plus tardif : 27-28 ans. Le départ s’opère quand le jeune se sent prêt, c’est-à-dire quand il a un emploi et un mariage stables. Les trajectoires sont plus longues. Avec la crise, la sociologue s’est demandée si les parcours des sociétés nord-occidentales allaient peu à peu se « latiniser », autrement dit, si les jeunes allaient évoluer vers une plus grande dépendance familiale, ou au chômage, et donc obtenir une indépendance plus tardive.

- « Se placer », dans les sociétés continentales, définies aussi comme corporatistes (France,Corée) : Ces sociétés – notamment françaises ou coréennes - révèlent un modèle hybride. L’âge médian du départ du foyer se situe autour de 23 ans. L’indépendance est « contrainte ». Il existe une « pression sociale » sur les trajectoires. Le jeune ressent une angoisse et une urgence de construire rapidement un projet social et professionnel.

(Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, PUF, 2008)

Manon Legrand

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