Plan Alcool avorté : Maggie De Block au centre des critiques

Plan Alcool avorté : Maggie De Block au centre des critiques

Le débat sur le Plan Alcool national devait être relancé par la ministre bruxelloise de la Santé, Cécile Jodogne, mais Maggie de Block, son homologue au Fédéral, ne lui en a pas laissé l’occasion. Au sein d’une lettre ouverte incisive, le groupe Jeune, Alcool & Société pointe le manque de consistance des mesures qu’elle propose en la matière.

Madame la ministre, n’avez-vous pas honte ? Vous avez retiré le Plan alcool initialement à l’ordre du jour de la Conférence interministérielle de ce lundi 27 mars en vous présentant paradoxalement comme la seule souhaitant avancer dans ce dossier.

Mais vous omettez de dire que les entités fédérées vous reprochent depuis votre arrivée en fonction de manquer totalement d’ambition sur cette question et qu’elles refusent de signer un Plan rédigé par vos soins qui n’est qu’une coquille vide qui empêcherait toute autre initiative pertinente sur cette question.

Craignant de passer une nouvelle fois (à juste titre) comme la cause du « blokcage », vous prenez les devants en attaquant via un communiqué de presse intitulé « Maggie De Block s’attaque à la consommation problématique d’alcool avec des mesures ciblées ».

Mais nous ne sommes pas dupes. Vous annoncez une série de mesures « ciblées » qui ne sont en fait que des réécritures de mesures peu consistantes et surtout déjà effectives :

Législation

Vous annoncez une clarification (que nous demandons depuis 2010, donc bonne nouvelle), mais rien de concret sur la manière dont vous allez traduire cela dans les textes. Or, c’est bien là le problème de la législation actuelle qui fait une distinction entre « boissons spiritueuses » – terme incompréhensible, source de toutes les interprétations – et les autres. Aucune avancée substantielle donc.

Publicité

Vous proposez de donner un siège au sein du Jury d’éthique publicitaire au SPF Santé publique. Vous cautionnez donc par ce fait ce système d’autorégulation jugé totalement inefficace, voire contre-productif, par de nombreux acteurs de la société civile depuis plus de 10 ans. Est-il normal de laisser les braconniers faire office de garde-chasse ? Par ailleurs, non contente de donner un blanc-seing aux annonceurs, vous formulez la proposition suivante : « Chaque grande campagne de publicité à la télévision ou à la radio portant sur les produits alcoolisés et destinée aux mineurs d’âge devra au préalable être soumise au JEP ». Madame la Ministre, nous n’osons croire que vous ignoriez qu’il était déjà interdit de cibler spécifiquement les mineurs d’âge dans les publicités pour les produits alcoolisés ? Êtes-vous incompétente, naïve ou tout simplement à la solde des lobbies pour noyer à ce point le poisson sur cette question cruciale de la publicité dont les études ne cessent de mettre en avant l’impact important sur les consommations problématiques d’alcool ?

Système de sécurité

Vous proposez de renforcer les contrôles sur les distributeurs automatiques de boissons alcoolisées. Mesure coûteuse, terriblement peu efficace, alors qu’il suffirait d’interdire la vente de boissons alcoolisées dans les distributeurs… On trouve déjà nos boissons alcoolisées favorites dans de très nombreux points de vente (nous sommes l’un des pays de l’Union où l’alcool est le plus facilement accessible), les consommateurs que nous sommes n’auraient pas eu beaucoup plus de peine à se fournir malgré cette interdiction (épiceries, magasins de nuit, grandes surfaces, ou même encore librairie et stations-services nous en proposent à toutes heures) et vous auriez évité l’écueil de la vente aux mineurs sans intervention humaine.

Contrôle renforcé

Vous proposez d’engager 12 inspecteurs supplémentaires pour contrôler la législation de vente d’alcool aux mineurs, tout en rappelant qu’ils sont déjà là depuis 2016. Où est la nouveauté ?

Étiquette volontaire avec âge minimum

Ne brusquez pas trop les producteurs, Madame la Ministre ! Mettre l’âge minimum sur les bouteilles, quel effort ! Et pour quelle efficacité ? Alors qu’il suffirait de clarifier la loi une fois pour toute en fonction du degré d’alcool par exemple, cette information est déjà sur toutes les bouteilles, vous leur rendriez service…

Liaison urgences-alcool

Une initiative lancée par les acteurs du soin que vous étendez à sept nouveaux hôpitaux. Bonne nouvelle, content de voir que vous soutenez les professionnels, mais avec quels moyens ? Et qu’en est-il pour le reste du pays ? Huit hôpitaux en tout, c’en est presque risible.

Sensibilisation des femmes enceintes

La SSMG (Société Scientifique de Médecine Générale) s’en préoccupe depuis dix ans, vous arrivez bien tard…

Augmentation des accises

Déjà réalisée en 2016, êtes-vous à court d’idées Madame De Block ?

En résumé, votre annonce ressemble furieusement à un écran de fumée destiné à masquer votre absence totale de souhait d’avancer dans ce dossier, en la déguisant malhabilement par une pseudo-volonté de prendre les devants en la matière par rapport à vos collègues.

Pour rappel, puisque vous êtes sensible aux chiffres, la surconsommation d’alcool représente un coût annuel de 4,2 milliards d’euros/an à la Belgique (cela lui rapporte 1,5 milliards) et s’avère la troisième cause de morbidité et mortalité chez les adultes et la première chez les jeunes de 15 à 24 ans. Devrons-nous attendre encore longtemps avant que vous ne preniez enfin vos responsabilités ? Si vous souhaitez stimuler votre créativité, de nombreux professionnels réfléchissent depuis de nombreuses années sur les bonnes mesures à prendre, elles sont consultables sur www.jeunesetalcool.be, mais ça, vous le saviez déjà…

Martin de Duve,

Directeur d’Univers santé et porte-parole du groupe « Jeunes, alcool & société »



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