Psychologues cliniciens : la bataille d'une reconnaissance

Psychologues cliniciens: la bataille d'une reconnaissance

Les formations et les reconnaissances des métiers liés à la psychologie sont nombreuses. Difficile de s’y retrouver ! Zoom sur la reconnaissance du métier de psychologue clinicien.


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A partir du 1er septembre 2016, le psychologue clinicien sera reconnu dans le cénacle des professions exerçant dans le domaine des soins de santé. Une avancée importante, attendue depuis 20 ans par le secteur. Au sein de la nouvelle loi, l’exercice du métier se définit ainsi : « Par exercice de la psychologie clinique, on entend l’accomplissement habituel d’actes autonomes ayant pour objet ou présentés comme ayant pour objet, à l’égard d’un être humain et dans un cadre de référence scientifiquement étayé de psychologie clinique, la prévention, l’examen, le dépistage ou l ’établissement du psychodiagnostic de souffrances psychiques ou psychosomatiques, réelles ou supposées, et la prise en charge ou le soutien de cette personne ». Mais le chemin fut long avant d’arriver à une telle définition !

Sortir de l’illégalité

L’un des points fondamentaux pour la profession de psychologue clinicien, c’est que cette reconnaissance, l’a fait sortir du domaine de l’illégalité. Selon la Fédération des psychologues de Belgique, même si beaucoup de psychologues cliniciens ne s’en rendent pas compte, ils pratiquement illégalement la médecine ! Travailler dans le domaine de la santé mentale, réaliser un examen ou prescrire un traitement, est légalement punissable. Pourtant, si l’on remonte aux premières revendications de reconnaissance du métier de psychologue clinicien, celles-ci furent fortement appuyées par les médecins. Ceux-ci ayant plaidé pour l’introduction de cette profession au cœur des hôpitaux ou autres centres de santé mentale. Mais le corpus médical restait toujours référent, en matière de soins de santé. l’Arrêté Royal 78 de 1967 stipulait que « personne ne peut exercer l’art de guérir à moins de détenir le diplôme légal de médecin, chirurgie et accouchement ».

Crainte de paramédicalisation

Il fallut attendre le début des années 2000 pour que le Gouvernement, sous la houlette du cabinet Aelevoet, réunisse une commission d’experts chargés de proposer un texte de reconnaissance de la profession. Un consensus se dégage alors au sein du secteur dans la revendication de l’autonomie du psychologue. Celui-ci doit pouvoir effectuer seul son travail autour des troubles psychologiques et avoir recours à un médecin, si l’utilisation d’une technique médicale s’avère nécessaire. Mais ce texte reçoit une forte opposition des médecins quant aux velléités d’autonomie. Du côté des psychologues, la crainte d’une paramédicalisation de la profession, s’est exprimée avec force.

Exercer en toute autonomie

Cette crainte reçut l’attention du parti socialiste et une deuxième solution est proposée : permettre aux psychologues de pouvoir exercer leur profession de manière autonome, à l’instar des autres professionnels, à savoir les psychothérapeutes, ce qui ne plut pas à la Fédération des psychologues. A cela, différentes raisons, dont le fait de vouloir éviter le dualisme cartésien du 17e siècle, que pouvait entraîner le fractionnement de la gestion de la santé mentale, l’irrecevabilité de régulation du secteur de la santé mentale au travers de l’A.R. 78, puisque certaines professions s’exercent dans d’autres secteurs que celui de la santé mentale, et enfin, le refus d’octroyer aux associations professionnelles la responsabilité des critères de qualité.

Tout remanier

Une troisième voie est dès lors proposée et non des moindres : remanier l’A.R. 78. Le but : remplacer les formules d’exception, en définitions positives. Les détails seraient trop longs à expliquer ici, mais le but consiste toujours à éviter la paramédicalisation, en maintenant la profession de psychologue dans le giron des métiers de la santé. Avec un pré-requis : un devoir de renvoi devant un spécialiste, lorsque le praticien est confronté à un problème dépassant sa compétence. A l’initiative de Luc Goutry (CD&V), un groupe de travail parlementaire est même créé pour faire aboutir ce projet, toujours contesté par les médecins. La législature se termina sans que le projet puisse être voté.

La reconnaissance, enfin !

Sous le gouvernement Di Rupo, Nathalie Muylle reprend le flambeau du dossier de Luc Goutry, à la commission Santé publique de la Chambre. Mais parallèlement, la Ministre de la Santé, Laurette Onkelinx (PS) annonce en 2013, qu’elle veillera à bannir les charlatans de la psychothérapie. Son intérêt pour cette profession risquait néanmoins, comme par le passé, d’éluder la question de la reconnaissance du psychologue clinicien, en tant que tel.

La profession se remobilise et un projet de loi est finalement adopté le 4 avril 2014 à la Chambre et inscrit au Moniteur belge le 20 mai 2014.

Celui-ci prévoit notamment :

- L’obligation d’un agrément délivré par le Ministre de la santé publique pour exercer la psychologie clinique.
- Des conditions fixées par le Roi, après avis du Conseil fédéral, pour l’obtention, le maintien et le retrait de l’agrément.
- L’obligation d’être porteur d’un diplôme d’enseignement universitaire dans le domaine de la psychologie clinique.

Sandra Evrard



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