Psychologues et psychothérapeutes, tous acteurs de la santé ?

Psychologues et psychothérapeutes, tous acteurs de la santé?

Si la loi Muylle cadrant les professionnels de la santé mentale était fort attendue, la Ministre De Block a estimé qu’elle comportait des failles juridiques. Début novembre, elle a annoncé des changements, ce qui ne plaît pas forcément aux psychothérapeutes. Du côté des psychologues, c’est plus serein. Le point avec Koen Lowet, Administrateur délégué de la Fédération Belge des Psychologues.


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Y a-t-il une réelle remise en question de la loi Muylle par la Ministre De Block ?

La Ministre a en effet expliqué au Parlement, début novembre, les modifications qu’elle veut faire dans la loi. Cela concerne surtout les psychothérapeutes, pour les psychologues cliniciens, il n’y a pas de changements fondamentaux.

Pour ces derniers, quels seront néanmoins les changements ?

Ce sont des articles qui vont être modifiés. Mais sur la définition et sur les actes, rien ne change. Le plus grand changement, qui concerne tout le monde, porte sur les conseils. La Ministre va les limiter. A la base, il y en avait trois : pour la psychologie clinique, pour la psychothérapie et pour la santé mentale et la Ministre va créer un seul conseil à l’avenir. Il sera néanmoins réparti en trois chambres : l’une pour la psychologie clinique, l’une pour l’orthopédagogie clinique et la troisième pour les médecins spécialisés en psychiatrie. La Ministre a choisit d’être pragmatique et d’éviter de nouvelles discussions, notamment concernant la psychothérapie. Mais elle n’a pas exclu qu’à l’avenir, d’autres professions soient représentées dans ce conseil.

Que pensez-vous de ce changement ?

Je pense que c’est une bonne chose, car les plus grosses difficultés que nous avons eues avec la psychothérapie, c’est précisément la composition du conseil. En Belgique, il y a une quarantaine d’associations de psychothérapie et l’on s’est toujours demandé comment nous allions composer un tel conseil ! Les critères inclus dans la loi étaient peu clairs et nous craignions que les professionnels qui ne se retrouveraient pas dans le conseil, saisissent la Cour constitutionnelle pour faire annuler la loi. Les orthopédagogues flamands l’ont fait et un compromis a été trouvé. Mais il y avait une crainte que cela se répète. La modification de la loi la rendra plus stricte au niveau juridique afin d’éviter ce type de problèmes.

Il y a aussi une grosse discussion qui persiste au niveau de la psychothérapie, où se situent les blocages ?

Lors des discussions sur la loi en 2014, les problèmes se sont focalisés sur la formation pour accéder à la profession de psychothérapeute et un compromis a été trouvé. On a donné deux ans au secteur pour qu’il puisse s’organiser, la loi n’entrant en vigueur qu’en septembre 2016. Mais il n’y a pas eu beaucoup de mouvements dans le secteur psychothérapeutique, tout le monde restant dans son coin.

Sur le fond, qu’est-ce que la Ministre souhaite modifier pour les psychothérapeutes ?

La première chose est que la Ministre souhaite insérer la psychothérapie dans l’AR78, c’est-à-dire l’inclure dans les praticiens relevant du domaine de la santé. Ce qui pourrait les impliquer dans les trajets de soins, mais aussi ouvrir les droits à un remboursement de l’INAMI. Cela protège aussi les patients.

C’est plutôt positif pour les psychothérapeutes ?

Dans notre perspective et dans celle des patients oui, car ils seront mieux protégés et pourront éventuellement voir ces prestations remboursées. Je crois que le psychothérapeute sera mieux valorisé dans le domaine de la santé, à côté des autres disciplines, comme la médecine ou la kinésithérapie, entre autres. Il ne restera pas dans son petit coin et pourra jouer son rôle dans le domaine de la santé mentale. Mais la conséquence, c’est que la psychothérapie serait reconnue comme un acte spécialisé pour les professionnels relevant de l’AR78, ce qui signifie que la psychothérapie devra être pratiquée par des médecins, des psychologues, des orthopédagogues, qui sont reconnus par ce même AR 78, mais pas par les autres.

C’est une question de diplôme ?

Ce n’est pas seulement une question de diplôme, mais aussi du type de professionnels qui sont reconnus dans l’AR 78. Quelqu’un qui travaille par exemple depuis 20 ans dans le secteur de la santé mentale, peut demander à l’université de ratifier ses compétences. Ce n’est donc plus seulement une question de diplômes, mais il est vrai que la Ministre choisit une voie plus stricte pour l’exercice de la psychothérapie. Il faut rappeler que pour l’instant, le concept de psychothérapeute n’existe pas : ce sont des psychologues cliniciens, des médecins, des assistants sociaux, qui ont suivi une formation en psychothérapie qui la pratique. Mais dans le futur, les nouveaux assistants sociaux ne pourront plus l’exercer. La Ministre a annoncé qu’elle allait prévoir des passerelles. Mais dès l’entrée en vigueur de la loi, il faudra d’abord être reconnu comme professionnel de la santé pour exercer la psychothérapie. Ce qui exclut d’office un certain nombre de praticiens.

Est-ce que ceci s’inscrit toujours dans une volonté d’éliminer les charlatans du secteur de la santé mentale ?

Oui, c’était l’intention de Laurette Onckelinx lors des discussions sur la loi, mais la Ministre De Block souhaite encore aller plus loin, non seulement en éliminant les charlatans, mais aussi en valorisant la psychothérapie, en l’insérant comme discipline à part entière dans le domaine de la santé. La loi Muylle actuelle n’allait pas si loin.

Donc plus de clarté pour l’accès à la profession ?

Cela devrait clarifier les trajets des psychothérapeutes et permettre aux patients de mieux estimer à quels professionnels s’adresser. Il y aura toujours des possibilités de suivre un cursus en psychothérapie pour les professionnels ne relevant pas de la santé, comme les assistants sociaux qui le souhaiteraient, dans le cadre de suivi de familles par exemple. Mais ils ne pourront pas utiliser le titre de psychothérapeute.

Une période de transition est-elle prévue, de même que des adaptations pour les professionnels qui exercent leur métier depuis des années ?

La Ministre a l’intention de créer des phases transitoires souples et flexibles pour les personnes qui peuvent se prévaloir d’une expérience dans le domaine. Cela doit encore être concrétisé par le Conseil fédéral, on ne connaît pas encore les modalités des passerelles, mais il y en aura. Tous les changements annoncés toucheront les nouveaux professionnels.

Pensez-vous que la loi entrera quand même en vigueur en septembre 2016 ?

Oui. Ce qu’il faut pour septembre 2016, c’est que le conseil fédéral soit opérationnel, afin qu’il puisse donner ses avis à la Ministre, en vue de définir les arrêtés royaux d’application de la loi. Les avis les plus urgents concerneront donc les agréments pour les psychologues et les orthopédagogues. Tout ne sera donc pas prêt en septembre 2016, mais le conseil devra être opérationnel. Le dossier est actuellement en discussion au niveau du gouvernement fédéral et dès que cela sera terminé et qu’un accord sera trouvé sur les modifications, les arrêtés suivront afin d’installer le conseil.

Propos recueillis par Sandra Evrard



Commentaires - 7 messages
  • Cet article parle des assistants sociaux, mais qu'en est-il des Assistants en psychologie( qui sont donc détenteurs d'un bachelier professionnalisant en psychologie). Vont-ils connaître le même sort que les assistants sociaux?

    Minasss mercredi 16 décembre 2015 14:16
  • De toute façon les AS ne sont pas des acteurs omnipotents comme certains voudraient croire!!! Que l'on laisse la psychothérapie aux Psys et Assistants psys. Mais bon le secteur est bien trop politisé et la pomme déjà bien pourrie...

    Absx Y mercredi 16 décembre 2015 22:51
  • Bonjour,

    Serait il possible de ne pas toujours interviewer les mêmes personnes ?
    La fédération belge des psychologues ne regroupent que peu de psychologues affiliés ! Cela n est absolument pas représentatif des psychologues.
    Je suis moi même psychologue et pas du tout du tout en accord avec la loi!

    vftp jeudi 17 décembre 2015 13:31
  • Il faut savoir que l'entourage de la Ministre est particulièrement incompétent, qu'elle ne consulte personne d'autre que les gens acquis à sa cause (psychologues corporatistes sans vision sociale, psychothérapeutes prêts à se couler dans le moule médical), refuse de voir les autres, travaille dans l'ombre, et n'a d'autre notion de santé mentale que des critères rigides - et très limités - de remboursement par l'INAMI. De formation véritable et de pluralité nécessaire dans le champ de la psychothérapie, jamais entendu parler. Une catastrophe ambulante.

    Fm jeudi 17 décembre 2015 23:04
  • Certaines personnes psy qui ont les titres sont parfois peu opérants ...
    Des assistants sociaux qui se sont formés ont parfois une bien meilleure écoute et peuvent être efficaces.
    Un vrai gâchis de plus ...

    Zd vendredi 18 décembre 2015 15:36
  • Totalement d'accord avec la note de Fm . en outre des représentants des 4 grands courants de psychothérapie se sont réunis et mis d'accord pour définir les critères de formation et de reconnaissance dès psychothérapeutes et même donné des noms de représentants pour faire partie du conseil supérieur de la psychothérapie qui avait été prévu dans la loi Muylle .cette même loi relevait l'importance des formations pour les psychothérapeutes bien au-delà du diplôme de base totalement insuffisant quel qu'il soit. Pour les d'assistants sociaux ,gradués en psycho, voire éducateurs la loi n'empêchait pas l'accès à la reconnaissance et l'exercice de la psychothérapies justement en imposant une formation spécifique et une mise à niveau des connaissances de base nécessaires.

    Asl vendredi 18 décembre 2015 17:56
  • Je tiens à souligner que M Koen Lowet représente uniquement la BFP-FBP et ne parle que pour cette association. Il ne s'agit pas de l'ensemble des psychologues cliniciens... Je me demande quel sont ses intérêts à tenter de faire passer la pilule?
    En tant que psychologue clinicien (avec troisièmes cycles universitaires en psychothérapie analytique), il m'apparaît que le travail de Mme De Block nous renvoie à une situation connue dans les années 90...

    fvtp vendredi 18 décembre 2015 18:00

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