Psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes : késaco ?

Psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes: késaco?

Les actuelles discussions autour de la loi Muylle et du statut des professionnels de la santé mentale remettent en exergue leurs différences. Psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes : guère aisé d’établir la différence pour les non-initiés. C’est au niveau de la psychothérapie que les spécialisations sont les plus diversifiées. Interview de M. Veehem, psychothérapeute, qui préfère garder l’anonymat par rapport à ses patients.

Vous êtes psychothérapeute d’orientation psychanalytique, vous gérer le site psychotherapeutes.be et vous suivez les évolutions de la loi Muylle. Mais d’autres associations de psychothérapeutes coexistent. Comment expliquer qu’il y ait autant d’associations ?

Comme il y a quatre orientations en psychothérapie, les associations se différencient. Les systémiciens sont par exemple rassemblés en une confédération, les orientations analytiques dans une autre, etc. Chaque orientation possède donc son association, qui n’a pas comme vocation principale de s’occuper de lois, mais de faire de la formation. C’est assez logique qu’il y ait des instituts qui rassemblent des gens intéressés, selon leurs orientations, à travailler ensemble. C’est un premier niveau de coordination. De façon plus large, il y a une coupole des associations francophones, qui s’occupent de l’aspect législatif. Ils sont obligés de s’en occuper, même si ce n’est pas leur tasse de thé. Du coté flamand, également.

Le but est de parler d’une seule voix ?

Il s’agit surtout de se mettre d’accord sur des choses qui sont essentielles, c’est-à-dire de faire en sorte que les psychothérapeutes soient bien formés. Les temps de formation sont assez long. Généralement, ils font des études, puis minimum 4 ans de formation complémentaire.

Ce n’est donc pas suffisant d’être un psychologue clinicien pour exercer la psychothérapie ?

A l’université, vous recevez une formation théorique et vous faites éventuellement des stages. C’est tout à fait insuffisant ! Ce qui va faire qu’un psychothérapeute va être capable de prendre en charge des patients, c’est l’alliage entre une formation personnelle, une formation professionnelle et une formation théorique. La première consiste à d’abord s’interroger sur sa propre histoire, avant de s’interroger sur celle des autres. Généralement, les psychothérapeutes effectuent une thérapie ou une analyse personnelle, des stages et débutent leur travail sous supervision de cliniciens plus chevronnés. C’est l’ensemble de ces 3 éléments qui va permettre, progressivement, de prendre en charge des gens en psychothérapie. Le développement intérieur du praticien est aussi important que tous les aspects théoriques qu’il peut apprendre.

Cette dimension n’est donc pas intégrée dans le master en psychologie clinique ?

Non. De plus, les diplômés sont jeunes, on ne peut pas être psychothérapeute à 22 ans. Il faut quand même s’être frotté à la vie, avoir expérimenté soi-même des difficultés, y avoir réfléchi. Un master, c’est de la théorie, avec des stages de plus en plus courts et qui sont parfois très peu supervisés. La formation de psychologue en master constitue évidemment une bonne base, mais c’est nettement insuffisant.

Selon vous, quel métier peut exercer un psychologue clinicien ?

Il peut travailler dans un PMS ou une structure similaire. Mais s’il souhaite devenir psychothérapeute, il lui faut une formation complémentaire. Comme expliqué plus haut, il faut avoir débroussaillé préalablement sa propre histoire avant de prendre en charge un patient, sinon cela peut avoir des effets toxiques !

Dans la logique de la loi Muylle, il y avait comme cheval de bataille l’élimination des charlatans de la profession. Quelle est votre position face à cela ?

Je peux comprendre cette demande du politique, mais je ne suis pas sûr que cela s’élimine avec des lois. Je crois que la manière de régler ce type de problème serait que l’état reconnaisse des associations, plutôt que des formations, et que celles-ci soient garantes, à la fois du niveau de la formation, mais aussi de l’éthique de leurs praticiens. Si un jour quelqu’un souhaite se plaindre, il pourrait le faire auprès de l’association qui doit régler la question, et si cela ne fonctionne pas, l’on pourrait passer à un niveau supérieur. En cas de problème, l’état pourrait aussi retirer l’agrément de cette association. Que l’état veuille remettre de l’ordre dans notre domaine, je le comprends, mais il ne faut pas le faire comme s’il s’agissait de résoudre des problèmes de ponts et chaussées d’ingénieur.

Propos recueillis par Sandra Evrard

Première partie de l’interview publiée hier : Loi Muylle nouvelle mouture : les psychothérapeutes en première ligne

Plus d’infos : www.PSYCHOTHERAPEUTES.BE



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