Psychomotriciens en reconversion 'forcée' vers l’ergothérapie : quid de la formation ?

Psychomotriciens en reconversion 'forcée' vers l'ergothérapie : quid de la formation ?

Depuis que la Cour constitutionnelle, en mars dernier, a refusé aux psychomotriciens la pratique de certains actes thérapeutiques au profit des kinés et des ergothérapeutes, certains étudiants se tournent vers ces disciplines. Or, concrètement, rien n’a encore été mis en place par le ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, pour les accueillir. Une inquiétude partagée par le Député cdH André du Bus, qui a prévu d’interpeller le ministre sur le sujet à la Chambre la semaine prochaine, en Commission parlementaire.

Monsieur le Ministre,

Pour répondre à la non-reconnaissance des diplômes en psychomotricité, j’ai entendu que vous prévoyiez d’organiser une passerelle vers le bachelier en ergothérapie de 90 crédits.

Si l’objectif de cette passerelle est louable – nous tentons tous de trouver une solution pour les étudiants diplômés en psychomotricité – la méthodologie pose plusieurs questions. Des craintes m’ont en effet été rapportées par le secteur des ergothérapeutes, même si ces derniers sont tout-à-fait ouverts et désireux autant que nous de trouver une solution pour les psychomotriciens.

Actuellement, le bachelier en ergothérapie en Fédération Wallonie-Bruxelles se fait en 3 ans, avec 180 crédits. La passerelle que vous proposez pour les psychomotriciens serait, elle, de 90 crédits. Quelles sont les conséquences que pourraient engendrer la mise en place de cette passerelle ? Laissez-moi vous en faire part :

- Tout d’abord, il faut savoir que la particularité de la profession d’ergothérapeute réside dans la place prépondérante de la WFOT (Fédération mondiale des ergothérapeutes). Cette fédération reconnait les instituts formateurs dans le monde sur base du respect des Minimum Standards for Education en ergothérapie. A ce propos, la passerelle à 90 crédits ne pourra pas respecter ces standards, vu qu’elle n’impose pas à l’étudiant de suivre 1000 heures de stage ni de suivre au minimum 110 crédits de cours en ergothérapie.

Si les standards ne sont pas respectés pour tous les diplômés, le risque serait que la WFOT ne reconnaisse plus les écoles francophones belges d’ergothérapie. Dans un tel cas, les étudiants en ergothérapie ne pourront plus bénéficier d’un ERASMUS, et éprouveraient des difficultés à obtenir l’équivalence du diplôme dans les autres pays.

- Ensuite, une autre conséquence concernerait directement l’obtention du Visa qui permet à tous les diplômés en ergothérapie d’exercer en Belgique. Celui-ci est octroyé par le fédéral, et les néerlandophones sont majoritaires dans cette décision. Le bachelier en ergothérapie en Flandre est plus long qu’en FWB : il fait 240 crédits contre 180 en FWB. Si nous permettons d’obtenir un bachelier avec 90 crédits, il est clair que les néerlandophones majoritaires au Fédéral n’accepteront pas que ces diplômés obtiennent un VISA. Cela pourrait aussi avoir des répercussions sur l’obtention du visa pour les diplômés en 180 crédits en ergothérapie.

Enfin, à plus long terme, les conséquences de cette décision pourraient entrainer un moins grand intérêt pour la formation francophone belge en ergothérapie (délocalisation vers la Flandre, la France, …) et ainsi conduire à une diminution du nombre d’étudiants, donc d’enseignants dans cette même filière.

Monsieur le Ministre, si l’objectif de trouver une solution pour les diplômés en psychomotricité est légitime, veillons à ne pas répéter les erreurs du passé sur une autre formation. Les personnes les plus aptes à nous faire prendre conscience des risques engendrés par la mise en place de cette passerelle sont les enseignants en ergothérapie eux-mêmes. J’ai eu vent que vous ne les auriez pas consultés. Pourquoi ?

Par ailleurs, ce même secteur m’a informé du fait qu’initialement, une passerelle en 120 crédits avait été proposée, et qu’elle répondait aux exigences minimums de la WFOT, ce qui permettait d’éviter de prendre des risques inutiles pour le futur de la formation en ergothérapie en FWB. Pourquoi ne pas avoir retenu cette solution ?

Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour les réponses que vous pourrez m’apporter.

André du Bus

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