Psychothérapie et psychologie : si on résumait ?

Psychothérapie et psychologie : si on résumait ?

Le secteur de la santé mentale est en ébullition, depuis maintenant plusieurs mois. Que ce soient les psychothérapeutes ou les psychologues, le mécontentement se fait sentir. Le Guide Social vous propose une rétrospective chronologique des faits et des réactions, positives et négatives.

Le secteur de la santé mentale est en pleine tourmente depuis plusieurs mois à présent. Le point de départ : le projet de loi de la ministre de la Santé, Maggie De Block, déposé fin mai 2016, qui prévoit de restreindre l’accès à la pratique de la psychothérapie aux seuls psychologues cliniciens, orthopédagogues cliniciens et médecins. Malgré les protestations, la loi entre en vigueur le 1er septembre 2016. Sans les mesures transitoires prévues par la ministre pour les praticiens actuels n’ayant pas suivi une des trois formations. Dans la foulée, plusieurs actions en justice sont entamées, contre Maggie De Block. Début de l’année 2017, les psychologues, quant à eux, s’interrogent sur la réelle neutralité de leur organe représentatif auprès des autorités, la Commission des psychologues, après que cette dernière a augmenté de 15 euros le montant de la cotisation annuelle. Une série de lettres ouvertes lui sont envoyées. Ci-dessous, un résumé des faits et des réactions.

1. Le combat des psychothérapeutes

Le 23 mai 2016 : la ministre de la Santé, Maggie De Block, dépose le projet de loi relative à l’exercice de la psychothérapie. A partir du 1er septembre 2016, l’exercice de la psychothérapie n’est plus considéré comme une profession à part entière, mais comme une spécialisation, exclusivement réservée aux psychologues cliniciens, aux orthopédagogues cliniciens et aux médecins. Des mesures transitoires seront prévues pour les psychothérapeutes qui exercent déjà la profession et qui n’ont suivi aucune de ces trois formations, avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

Les premières réactions

Suite à la décision prise par la ministre, « une première salve » de réactions se fait entendre :

-Du côté des arguments en faveur de Maggie De Block, on retrouve la clarification des critères pour exercer la profession, ainsi que l’assurance pour le patient d’avoir affaire à des professionnels qui auront suivi une réelle formation. Pour Koen Lowet, de la Fédération Belge des Psychologues, « la ministre a mis fin à un débat vieux de 20 ans et c’est une bonne chose ». De même, le Groupe de concertation sur la psychothérapie affirme lui aussi son soutien à la ministre, qui, selon lui, a réparé les lacunes de la loi officielle de 2014 (Loi Muylle).

-Les arguments contre sont centrés principalement sur le manque de reconnaissance qu’accorde Maggie De Block à la pratique de la profession, qu’elle a choisi de n’ouvrir qu’aux personnes détentrices d’un diplôme en soins de santé. Les professionnels qui ne soutiennent pas Maggie de Block lui reprochent de faire de la profession de la psychothérapie une spécialisation du champ de l’evidence-based medicine. Pour certains, cette nouvelle loi est catastrophique pour les patients.

Suite à la décision de la ministre, des associations se sont créées, comme le collectif citoyen Alter-Psy, qui s’oppose à la loi ou le Collectif des praticiens de la parole (COPEL-COBES), qui prône la parole. Tous ces collectifs veulent garder les approches plurielles de la psychothérapie, qui en font la force de la pratique, selon eux.

Des actions en justice

Face au manque de concertation de la ministre de la Santé avec les différents acteurs, tant professionnels que politiques, les différentes associations ont décidé de poursuivre leurs actions, les rendant plus concrètes.

Octobre 2016 : Lors de l’organisation d’un meeting au Conseil social juif, le collectif citoyen Alter-Psy, ainsi que la Ligue bruxelloise francophone pour la Santé mentale expliquent que des mesures judiciaires vont être lancées, contre la loi de la ministre.

En cause ? Le manque d’informations quant au statut même des psychologues pratiquant actuellement la psychothérapie, qui le feraient dès lors illégalement selon la loi telle que précisée par la ministre. Maggie de Block a promis des mesures transitoires pour les psychothérapeutes qui pratiquaient depuis plusieurs années, sans aucun indice quant à leur application concrète. Pour Alter-Psy, la ministre doit s’expliquer. Un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle est donc introduit fin octobre.

La décision de la Cour constitutionnelle

Le 22 décembre 2016, le verdict tombe. La Cour a décidé que « Les personnes qui, avant l’entrée en vigueur de la loi attaquée, exerçaient la pratique de la psychothérapie, sans satisfaire aux exigences de cette loi, peuvent exercer cette pratique en attendant que la Cour statue sur le recours en annulation ». Pour Alter-Psy, c’est une première victoire.

Les réactions suite à la décision de la Cour

La Fédération Belge des Psychologues ne voit pas la décision de la Cour comme une bonne nouvelle pour les psychothérapeutes. Selon elle, ces derniers se tirent une balle dans le pied. En tant que psychologues cliniciens, ils n’estiment pas être concernés par ce combat et pour leur administrateur délégué, Koen Lowet, « Nous travaillons tranquillement à l’exécution de la loi sur les professions de soins de santé mentale et à l’intégration des psychologues cliniciens au sein des soins de santé. Pour nous il ne se pose aucun problème. »

Face à cette prise de position, Maitre Letellier, avocat qui représente le collectif Alter-Psy et les praticiens qui ont introduit le recours en justice, a précisé dans un communiqué que «  Les propos de M. Lowet ne correspondent pas à la réalité ». Simultanément, l’Union professionnelle des psychologues (UPPsy), quant à elle, souhaite rassembler tous les psychologues qui s’opposent à la loi de la ministre De Block.

2. Les psychologues, eux aussi, sont mécontents

Janvier 2017 : Depuis le mois de janvier 2017, une série de lettres ouvertes de la part de psychologues, notamment, ont été envoyées à la Commission belge des psychologues. En cause ? La représentation de la Commission auprès des autorités, qui, pour la majorité des praticiens est trop proche de la vision de la Fédération Belge des Psychologues. Egalement remise en question, l’augmentation de 15 euros de la cotisation annuelle que doivent payer les membres.

Le COPEL-COBES, en plus d’avoir envoyé une lettre à la Commission des psychologues dénonçant sa vision réductrice, simpliste et son manque d’éthique a également créé l’Association professionnelle des psychologues de la parole et du langage, qui entend représenter la profession telle que la voit le Collectif des praticiens de la parole.

L’Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones (UPPCF) a, elle aussi, adressé une lettre ouverte à la Commission. Elle s’interroge quant à ses réelles motivations, ses missions et sa neutralité.

Affaires à suivre…



Commentaires - 3 messages
  • Petit rectificatif... Koen Lowet n'est pas président de la FBP-BPF mais administrateur-délégué. Le président est Johan Parisse.

    Quentin V. jeudi 19 janvier 2017 20:14
  • En tant que Président de l'UPPCF, je me dois de rectifier quelques points émis dans cet article :
    les psychologues cliniciens se réjouissent majoritairement de cette loi qui fait exister l'exercice de la psychologie clinique.
    Vous écrivez : "Le manque d'informations quant au statut même des psychologues pratiquant actuellement la psychothérapie, qui le feraient dès lors illégalement selon la loi telle que précisée par la ministre". Avant la loi, la psychothérapie était hors la loi! Les psychologues cliniciens formés à la psychothérapie bénéficieront sans difficultés des mesures transitoires et si celles-ci méritent d'être revues, c'est pour ceux qui la pratiquent depuis longtemps sans être une profession de santé. Si elle en a la possibilitéen étant présente au Conseil Fédral que prévoit la loi, l 'UPPCF défendra leur cause car beaucoup de ces psychothérapeutes ont une formation et une pratique suffisante pour pouvoir poursuivre cet exercice.
    Vous écrivez : "Tous ces collectifs veulent garder les approches plurielles de la psychothérapie, qui en font la force de la pratique, selon eux.". En fait la loi n'interdit pas la pluralité des approches et l'UPPCF fera tout ce qu'elle peut pour la garantir.
    Vous écrivez ;: "Les psychologues, eux aussi, sont mécontents". Loin de là, les psychologues cliniciens ne peuvent que se réjouir de cette loi pour la psychologie clinique. Si certains sont mécontents, c'est sans doute parce qu'ils sont d'abord psychothérapeutes avant d'être psychologues cliniciens et que cette loi doit sans doute être améliorée aussi du côté des écoles de formation à reconnaître.
    Il ne faut pas confondre cette loi et la Commission des psychologues. A vous lire, on pourrait croire que tous les psychologues regrettent la représentation actuelle à la Commission des psychologues. Je précise que l'UPPCF n'a pas mentionné ce fait, voulant surtout lui envoyer un message l'invitant à bien rester dans le cadre de ses missions d'organe d'intérêt public et à mieux justifier ses dépenses et l'augmentation de la cotisation. L'UPPCF ne s'interrogent pas non plus quant à la neutralité de cette commission qui dépend d'ailleurs d'un autre ministère que du ministère de la santé.
    J'aimerais aussi connaître le signataire de cet article afin de lui proposer de ne pas hésiter à me contacter s'il doit encore écrire sur le sujet afin de de contribuer à l'élargissement de son point de vue.
    Thierry LOTTIN, président UPPCF

    Thierry Lottin jeudi 19 janvier 2017 20:16
  • @Quentin V : Merci!

    Modérateur vendredi 10 février 2017 09:05

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