Rachid Madrane : " Nous devons aider les détenus à retourner en société "

Rachid Madrane :

Rachid Madrane est ministre de l’Aide à la Jeunesse, des Maisons de Justice et de la Promotion de Bruxelles à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous l’avons interviewé dans le cadre de notre dossier sur l’aide aux détenus et la récidive.


- A Bruxelles et en Wallonie, l’aide aux détenus est insuffisante
- Une première étude nationale sur la récidive en Belgique

Depuis 2005, la loi Dupont, ou loi de principes, reconnaît des droits fondamentaux aux détenus. Dans son rapport publié en avril dernier, la CAAP constate l’insuffisance des moyens pour appliquer ces droits. Comment expliquez-vous ce problème ?

Cette loi programme le parcours du détenu durant toute sa peine. Mais il n’y a jamais eu d’arrêtés d’exécution. Cela manque cruellement. J’ai demandé à mon homologue Koen Geens (ministre fédéral de la Justice) d’avancer sur ce point, car cette mesure dépend du niveau fédéral. On est devant une situation consternante avec la vétusté des prisons, le manque de locaux, la surpopulation. Aujourd’hui, seulement 7 % des détenus accèdent à des formations, un tiers des détenus sont analphabètes. Cela montre que le temps d’arrêt en prison n’est pas utilisé à bon escient.

Quelles solutions prévoyez-vous maintenant ?

J’hérite d’une situation difficile et complexe vu l’architecture institutionnelle. L’aide aux détenus touche bien entendu mes compétences, mais je ne suis pas le seul concerné. L’architecture institutionnelle est tellement complexe que, chaque fois qu’on aborde une matière, cela concerne aussi d’autres compétences. Quant aux miennes, j’envisage de restructurer l’aide aux détenus.

C’est à dire ?

On a constitué un groupe de travail avec l’ensemble des services concernés pour connaître leur quotidien, voir comment il est possible d’améliorer chaque service. Deuxième chose, je veux apporter davantage de cohérence à ces services. Il y a quelques années, un coordinateur a été désigné pour chacune des 17 prisons à Bruxelles et en Wallonie. Fin juin, on rencontre tous ces coordinateurs pour justement discuter de l’aide aux détenus. Je compte également activer à nouveau la conférence interministérielle arrêtée depuis presque 5 ans. Au minimum une fois par an, il faut réunir au moins 20 ministres. Cela ne va pas être facile de trouver une date qui arrange tout le monde.

Pouvez-vous préciser le terme « cohérence » ?

Assurer mieux les droits des détenus. Il y a un droit qui n’est pas du tout rencontré, c’est le droit à la santé. Il m’est revenu d’un service qu’un détenu avait une rage de dents. N’ayant aucun dentiste à disposition, le détenu avait tellement mal qu’il s’est fracassé la tête contre le mur pour aller d’urgence à l’hôpital. Et là, en matière de santé, le fédéral est compétent. Je ne jette la pierre à personne. Mon homologue Koen Geens veut également améliorer les choses. Il vit les mêmes difficultés, notamment budgétaires. On veut ensemble rendre meilleure les conditions d’incarcération, au niveau de la dignité, de l’accompagnement social, de la qualité des services. Nous devons aider les détenus à mieux retourner dans la société.

Vous évoquiez tout à l’heure la surpopulation. Dans d’autres pays, on envisage des alternatives à ce problème, comme le placement sous surveillance électronique hors de la prison.

On est aussi compétent pour le bracelet électronique, car le centre national de surveillance électronique, qui dépendait du fédéral, dépend maintenant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, c’est une alternative à l’incarcération. Mais le bracelet électronique n’est pas le remède à tous les maux. S’il n’y a pas d’accompagnement social, il ne sert à rien. Par ailleurs, il faut éviter de mettre un détenu sous surveillance électronique pour juste désengorger les prisons sous des prétextes budgétaires. Cette alternative nous intéresse pour améliorer la réinsertion sociale et ainsi éviter la récidive. Il faut alors un accompagnement social. Je suis favorable aux alternatives à l’incarcération comme celle-ci, pour autant que le fédéral me donne les moyens de l’appliquer correctement.

Que pensez-vous du projet de prison à Haren capable d’incarcérer 1200 détenus ?

L’incarcération est un système que j’estime totalitaire. Je préfère qu’on ne construise aucune autre prison, plutôt des écoles. Mais que fait-on avec Saint-Gilles et Forest ? On ne peut accepter aujourd’hui les conditions dans lesquelles vivent les détenus et travaillent les services sociaux là-bas. J’ose espérer que l’aide aux détenus et leur réinsertion soient assurées dans cette nouvelle prison.

Depuis mai dernier, la Belgique dispose enfin de chiffres sur la récidive entre 1995 à 2013. En quoi cela vous aide-t-il dans votre travail ?

Cette étude est très importante. On attendait depuis longtemps un tel outil. Il faut qu’on aille encore plus loin et qu’on récolte d’autres détails. Par exemple, j’aimerais savoir parmi les récidivistes combien sont analphabètes, combien vivent dans des familles éclatées pour comprendre pourquoi telle ou telle personne récidive. Dans les maisons de Justice, par expérience, on sait qu’on arrive à des taux de réussite plus importants avec des personnes qui ont une peine de travail autonome plutôt qu’une libération conditionnelle. Quand une personne reçoit une peine de travail autonome, elle est encadrée, suit une formation professionnelle.

Skan Triki



Commentaires - 1 message
  • Hypocrite!
    Tout ce qui'ils veulent c'est utiliser ces gens à moindres coût...!

    SecoelCulo mercredi 10 juin 2015 11:44

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