Rien ne bouge pour la psychomotricité

Rien ne bouge pour la psychomotricité

La profession de psychomotricien est encore ambiguë. Pourtant, après des mois de combat, les professionnels n’ont pas dit leur dernier mot.

Le psychomotricien est un professionnel de santé et exerce sa profession auprès d’enfants mais aussi d’adultes présentant des difficultés perceptivo-motrice. Il détermine l’origine des troubles et met en place un projet thérapeutique visant à les guérir ou à les atténuer. Il joue un rôle important dans l’articulation du psychique et de la motricité. Pourtant, cette profession est mise à mal depuis quelques temps par les politiques de santé. En effet, la psychomotricité n’est inscrite dans aucun arrêté. La ministre de la Santé a même qualifié sa pratique d’illégale. S’en est suivi procès et lettre-ouvertes. Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ? L’Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens francophones (UPBPF) fait le point sur la situation dans un communiqué.

Alors qu’en France, le Master Européen en psychomotricité est depuis fin avril officiellement reconnu à un grade 7 de la liste de certification européenne, dans notre pays la profession reste malmenée quant à une partie de ses champs de compétences ! Des centaines de professionnels sont concernés par ce discrédit !

Un exercice professionnel rigoureux, une formation humaine, scientifique et personnelle spécifique sont ignorés par la ministre fédérale de la Santé. Des compétences, reconnues quotidiennement et qui lient les aspects préventifs et curatifs de la santé au sens large ne peuvent être apparemment plus être pensées en Belgique.

Le psychomotricien exerce auprès de l’enfant, qu’il s’agisse de soutenir son évolution ou d’accueillir ses élans vitaux, même excessifs, pour les transformer en capacités d’agir et de penser. Le psychomotricien est aussi aux côtés des personnes atteintes de handicap ou de maladie, et les rejoint dans leur expressivité et leur individualité. C’est toujours dans l’articulation du psychisme au moteur que se trouve notre spécificité, dans la « motricité en relation ». Ces psychomotriciens, de plus en plus nombreux en Belgique Francophone, tout un chacun les a rencontrés. Dans les crèches et les écoles d’abord mais aussi dans les secteurs du handicap ou de la santé mentale, dans les lieux de soutien à la parentalité comme dans les lieux d’accueil pour nos aînés. Là où l’humain est en projet comme là où il est en souffrance, le psychomotricien intervient avec ses connaissances fines du développement affectif, cognitif, sensoriel et moteur pour (re)dynamiser le lien entre ces fonctions et favoriser ainsi le développement global perturbé du bénéficiaire. Grâce à son engagement corporel défini comme « tonico-émotionnel », à sa disponibilité psychique, il s’adapte, décode, soutient la personne et participe au travail en interdisciplinarité.

Depuis 40 ans, notre métier s’affirme et se structure. Avec nos collègues européens, depuis 30 ans nous avons posé les bases d’une formation solide et rigoureuse reconnue dans de nombreux pays : France, Danemark, Portugal, Luxembourg, Suisse, Italie... Avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, depuis près de 10 ans nous en avons posé les critères. Depuis 5 ans, les équipes de 7 pôles de formation ont construit et échangé pour former au mieux 1500 jeunes passionnés.

Pour devenir psychomotricien, il faut se former à la compréhension du corps humain, à celle du psychisme et à leurs intrications profondes tout au long de la vie. Les études sont construites sur l’acquisition de connaissances précises, tant dans le domaine médical que des sciences humaines. Une des spécificités du psychomotricien est d’utiliser son corps dans un dialogue corporel. Une formation psychocorporelle solide est exigée tout au long des études. Se mettre en jeu et en mouvements, apprendre à se connaître finement dans ses propres dynamiques toniques et relationnelles est essentiel. Au sein de sa formation, le futur psychomotricien doit donc dans toutes les situations relationnelles, que ce soit en didactique ou en stage, apprendre à développer une réflexivité quant à ses forces et ses fragilités.

Cet élan conceptuel et méthodologique en Belgique Francophone a permis à plus d’un millier de jeunes de devenir psychomotriciens. Or depuis un an, la reconnaissance et l’évolution de ce métier sont compromises dans un des champs de ses compétences, pour des raisons politiques et de méconnaissance de la profession.

Des emplois à pourvoir existent : les secteurs de la petite enfance, de l’aide à la jeunesse, des soins de santé et de l’éducation spécialisée sont en demande de psychomotriciens, de ces professionnels à l’approche très spécifique. Les autres professionnels sont également présents dans ces différents secteurs : nous pouvons y exercer chacun nos compétences en interdisciplinarité comme cela se fait déjà dans de nombreux pays européens et devrait se faire de plus en plus en Belgique !

Comment notre gouvernement fédéral peut-il empêcher le développement du métier de psychomotricien ? Comment s’enferme-t-il dans une telle méconnaissance ? Comment priver notre population de l’aide pertinente d’acteurs de soins tant préventifs que curatifs ? Nous ne pouvons comprendre et continuerons à mener toute action, notamment juridique en l’absence de concertation, pour défendre et développer notre profession et une formation de qualité au service d’un métier s’exprimant en prévention, éducation mais aussi dans le champ de la santé. Nous appelons le gouvernement fédéral à concerter de toute urgence les professionnels psychomotriciens diplômés, les acteurs de formation, les bénéficiaires, les demandeurs, les prescripteurs/envoyeurs qui continuent à reconnaitre les compétences de ces acteurs de la santé psychomotrice et psychocorporelle que nous sommes.

Au nom des psychomotriciens francophones, Anne Taymans Présidente de l’UPBPF

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