Tour de passe-passe et horizon bouché

Tour de passe-passe et horizon bouché

Le COPEL-COBES réagit aux propos de Messieurs Lowet et Beckers, respectivement administrateur délégué de la Fédération belge des Psychologues et président de la future coupole de psychothérapie, dans le dernier numéro de Test Santé. Un texte de Madame Patricia Bosquin-Caroz.

Dans le dernier numéro de Test Santé n°137 février/mars 2017, Koen Lowet, administrateur délégué de la FBP et Jaak Beckers, président de la future Coupole de psychothérapie, s’expriment dans le plus grand souci du bien du public.

Tout d’abord il s’agit d’informer la population ignorante que si le recours au médecin va de soi en cas de problèmes physiques, l’adresse au psychologue pour des problèmes psychiques l’est moins. « En moyenne, on ne sollicite un soutien psychologique qu’après 10 ans », affirme KL, déplorant ce regrettable attentisme. La faute à quoi ? Bien sûr à « nos scrupules tenaces qui nous empêchent de parler », mais surtout parce qu’il n’existe pas en Belgique (entendez francophone surtout) un réseau de psychologues de première ligne comme il en existe un pour les médecins permettant une adresse plus directe au psy. Bien sûr, KL connaît bien le terrain de la santé mentale et n’ignore pas l’existence d’un grand nombre de « prestataires de soins psychiques », œuvrant dans les services de santé mentale, plannings… Oui mais… Ce ne sont pas des psychologues ! Et voilà où le bât blesse. Leur action se voit en un tour de main disqualifiée et rabattue sur un simple accompagnement, incapables sont-ils ces « conseillers psychologiques », au vu de l’insuffisance de leur diplôme, de poser un diagnostic correct. Dès lors, ils feraient mieux de ne pas s’occuper des problèmes sérieux, ce qui ne relève pas de leur compétence.

Méfiez-vous des coachs, des conseillers psychologiques, des psychothérapeutes… autoproclamés. C’était donc là où la part de gâteau de l’attentisme scrupuleux se logeait ! Dès à présent, cher public, sonnez à la bonne porte : au diplômé en psychologie, ne perdez pas 10 ans chez des charlatans !

Voilà en quelques lignes le vaste champ diversifié de la santé mentale nettoyé dans l’intérêt du consommateur. Ensuite le rôle du psychologue est bien décrit, son champ de compétence et la limite de celui-ci qui s’arrête au bord de la compétence médicale. Passons et arrivons à l’heureuse surprise. Nous découvrons en effet que le psychologue, seul dorénavant autorisé à pratiquer la psychothérapie (fi sur la suspension de la loi), peut se référer à quatre méthodes de travail et donc à quatre courants de la psychothérapie, disparus pourtant avec la nouvelle loi de 2016 promue par l’actuelle ministre de la Santé, MDB. Bizarrerie, un surgeon de la loi 2014 qui après 10 années de concertation du terrain avait permis à ces différentes obédiences d’y figurer ? Le psychologue pourrait être thérapeute comportemental, psychanalytique et psychodynamique, systémique ou centré sur la personne (humaniste), moyennant une formation ad hoc. Le cabinet de la ministre MDB rabattrait-il ses cartes, sensible à la contestation du champ psy s’étant levée, notamment, contre la seule norme prévalant en matière de psychothérapie : l’Evidence Based Pratice ? Ne nous réjouissons pas trop vite… Car ces méthodes seront évaluées selon le critère d’efficacité. Le décor est planté : « Nos connaissances s’améliorent progressivement et les frontières entre les différentes écoles thérapeutiques s’estompent de plus en plus ». Et voilà qu’aussitôt reconnue, la diversité des méthodes psychothérapeutiques s’efface sous le marqueur de l’EBP. Néanmoins, la FBP veut montrer patte blanche et tend à se présenter polyvalente, ouverte. Vous trouverez sur son site web les psychologues et les psychothérapeutes répertoriés, « mais vous les retrouverez également sur les sites des associations représentant les différents courants précités ». La FBP tient décidément à ces courants… Regardons-y de plus près. Tiens, ils ne sont plus que trois promus par trois associations citées : l’AEMTC pour la thérapie comportementale, l’ABIPFS pour la thérapie systémique et l’AFPC pour la thérapie centrée sur la personne. Quid de la psychothérapie psychodynamique et psychanalytique ?

Nous y arrivons enfin. Mise en garde du public contre la fragmentation du « paysage » psychodynamique/psychanalytique et cerise sur le gâteau, défiance à l’égard de certaines associations qui « font encore la promotion de la psychanalyse “classique”… thérapie onéreuse sur une base scientifique plutôt faible ».

Cher public, ne cherchez pas un psy sur Google, restez sur les rails de la FBP, vous risqueriez de vous égarer. Et voilà comment le tour de passe-passe s’est joué entre une diversité mensongèrement affichée et un horizon bouché par l’EBP.



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