Céline Frémault : " Un programme ambitieux " Housing first" pour 2015"

Céline Frémault :

Le dispositif hivernal, présenté par les ministres régionaux chargés de l’aide aux personnes, Pascal Smet (SP.A) et Céline Frémault (CDH), a débuté le 1er novembre. On revient sur le Plan Hiver avec Céline Frémault. L’occasion aussi d’aborder ses projets futur en matière de pauvreté et de sans-abrisme.


- Plan hiver : "A quand un plan été ?"

- Bruxelles prête pour accueillir les sans-abri cet hiver

Vous accordez une attention particulière pour les familles dans le dispositif hivernal et parlez de "solution structurelles". Qu’allez-vous mettre en place ?

La problématique des familles en errance doit faire l’objet de programmes structurels et adaptés, qui prennent en compte la spécificité de ce public. A Bruxelles, de plus en plus de ménages se retrouvent à la rue. Si les conséquences de la perte du domicile sont généralement particulièrement néfastes pour toutes les catégories de personnes indépendamment de leur âge, au niveau de l’enfance, elles entraînent des effets catastrophiques : déscolarisation, désocialisation, problèmes de santé, difficultés à vivre en groupe, etc.

De mon point de vue, les limites de l’action d’aide vers les familles en errance sont imputables à l’absence de solutions à long terme, permettant de planifier des dispositifs efficaces d’accompagnement vers l’inclusion sociale et l’accès à un logement. En particulier, l’absence de structures d’accueil permanentes empêche de travailler de manière efficace au niveau des programmes d’accompagnement.

Il s’agit d’une problématique au cœur de mes préoccupations. Ainsi, pour les familles en errance, en tant que Ministre du Logement, j’ai procédé à l’achat d’un bâtiment spécifiquement destiné à leur accueil (disponible pour l’hiver 15-16, ndlr). Il est en effet apparu que la scolarisation des enfants et l’accompagnement des parents vers l’inclusion sociale étaient des objectifs difficilement atteignables via leur accueil dans des structures temporaires. L’acquisition d’un immeuble disponible de manière permanente et adaptable aux besoins de l’encadrement des enfants et de leurs parents nous permettra d’envisager des sorties du dispositif d’urgence plus fréquentes et l’orientation vers le logement.

Le cadre exact de l’affectation de l’immeuble qu’on vient d’acquérir fera l’objet d’une concertation avec les acteurs du secteur et les autorités communales. Par ailleurs, pour les mêmes raisons, le dispositif « familles en errance » sera financé sur l’ensemble de l’année et ne s’arrêtera plus au mois d’avril.

Les associations regrettent le caractère ponctuel du plan hiver. Quels dispositifs prévoyez-vous pour la suite ?

Bruxelles, au même titre que d’autres grandes villes européennes, peut et doit se donner les moyens de mener des politiques structurelles ayant pour objectif la diminution progressive, voir la disparition, des personnes vivant en rue. Ces politiques structurelles doivent s’appuyer sur quatre piliers :
-  l’analyse du phénomène du sans-abrisme afin d’en comprendre les causes, la nature des parcours individuels, et d’identifier les méthodologies adéquates.
-  La conception et l’implémentation à long terme de programmes intégrés d’accès au logement et d’accompagnement des personnes sans-abri.
-  L’identification, via des appels à projets, des partenaires – publics et associatifs – les mieux outillés pour mettre en œuvre des programmes orientés vers l’accès au logement.
-  L’évaluation des politiques structurelles via un suivi longitudinal des bénéficiaires de ces programmes.

Le fait que je réunis les compétences de l’Aide aux Personnes en COCOM, de l’Action Sociale en COCOF et du Logement en Région, me donne la possibilité d’inaugurer, en accord avec mon collègue Pascal Smet et dès 2015, des politiques structurelles de ce type.

En ce qui concerne la connaissance du phénomène, nous avons la chance de disposer d’une structure particulièrement bien équipée, le Centre d’appui au secteur La Strada , qui peut jouer le rôle de producteur d’analyse et de maîtrise de la connaissance en vue d’une adaptation de l’action de terrain.

Pour la mise en œuvre de programmes à long terme et structurels, nous disposons aussi déjà d’éléments concrets. C’est ainsi que, sur la base de l’évaluation menée par le Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté des deux projets pilotes bruxellois « Housing first » (actuellement implémentés dans le cadre du projet fédéral « Housing first belgium »), nous allons lancer un appel à projet afin d’initier une politique ambitieuse en matière de sortie de rue.

Par ailleurs, dès début 2015, nous allons réunir l’ensemble des acteurs pertinents, aussi bien du secteur de l’Aide aux personnes que de celui du Logement, afin d’identifier quelles pistes innovantes doivent être soutenues pour assurer aux personnes hébergées dans des structures d’accueil telles que les Maisons d’accueil, une sortie de ce type de dispositifs pour s’orienter vers un accès et un maintien dans des logements adaptés et de qualités.

Où en est-on justement au niveau du programme « Housing First » ?

Je vais lancer au courant de 2015 un programme ambitieux de type « Housing first ». Il s’agira de lutter contre le sans-abrisme à Bruxelles via des programme d’accès au logement et d’accompagnement des personnes ainsi logés. Un appel à projet définissant le cadre de cette action sera proposé l’année prochaine. L’appel à projet sera conçu de la sorte à inciter la coopération entre acteurs publics et acteurs associatifs spécialisés.

Au courant de ce mois de novembre 2014, une délégation bruxelloise se rendra à Montréal afin de visiter et évaluer le programme Housing first implémenté dans cette ville depuis plusieurs années. La délégation réunira un nombre important des acteurs du secteur du sans-abrisme. Son objectif sera de comprendre la plus-value mais également les limites de ce type de politique et de définir un cadre opérationnel pour enfin lancer des programmes bruxellois pertinents. La définition des contenus de ces programmes tiendra également compte de l’évaluation actuellement en cours des deux projets pilotes implémentés actuellement à Bruxelles.

Manon Legrand



Commentaires - 1 message
  • C'est intéressant de voir que les politiques ont l'ambition de lutter sérieusement contre ce phénomène. Espérons que nous n'allons pas nous cantonner dans l'incantation et que ces bonnes intentions seront traduites par des faits. Souhaitons le et encourageons le.
    Toutefois, il semble qu'il faut aussi voir la cause des problèmes. Sans vouloir être réducteur et faire de cette seule cause, le facteur premier du sans abrisme, penchons-nous un peu sur la discrimination au logement. Il y a peu de politiques qui puissent dire qu'ils ignorent que ce phénomène existe. Les propriétaires déclarent sans gêne qu'ils ne veulent pas des personnes qui émargent au CPAS dans leur logement. Cela vaut également pour des personnes au chômage qui n'ont pas de fiches de salaires à présenter. Quant aux travailleurs avec de modestes salaires, leurs fiches de salaire ne leur sont d'aucune utilité. Je préfère ne même pas mettre dans ce compte des ersonnes de certaines origines.
    Etant donné qu'un arsenal juridique existe pourtant pour lutter contre de telles pratiques, pourquoi ces pratiques continuent-elles à exister au vu et au su de tous, et ce n'est pas faute de les dénoncer?
    Si l'on continue à faire peser la charge de la preuve sur les victimes de ces discriminations en sachant parfaitement que le discrimineur ne va pas leur donner un mot signé de sa main affirmant qu'il les a discriminés, on est loin d'éradiquer cette pratique. Il me semble que si le propriétaire discrimant était amené, lui, à devoir apporter la preuve du fait qu'il n'a pas discriminé, on reduirait dans des proportions non négligeables cette pratique. Moins de personnes seraient exposées au risque de se retrouver à la rue juste parce qu'elles émargent au CPAS, qu'elles sont au chômage, qu'elles ont de petits salaires ou qu'elles sont d'une certaine origine.

    Futé jeudi 20 novembre 2014 17:27

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