« Fugue : les outils pédagogiques nous aident-ils à faire avec l’impuissance ? »

''Fugue : les outils pédagogiques nous aident-ils à faire avec l'impuissance ?''

Récemment, une plateforme internet visant à conseiller et soutenir toute personne touchée de près ou de loin par la problématique de fugue a vu le jour. L’initiative, baptisée « fugue.be », est salutaire, mais pose la question de l’impuissance de l’adulte face aux choix du jeune.

Se rapporter à des outils comme le site « fugue.be » fait partie des balises auxquelles on peut se raccrocher lorsqu’on se sent impuissant après la fugue d’un enfant. Le site offre des lectures, mais aussi une série de contacts à prendre pour se sentir moins seul face à l’impuissance. Mais face à l’urgence d’une disparition, à quels repères peut-on se référer d’emblée ?

La fugue comme expression symbolique

Il existe différentes formes de fugues et notamment les « fuites de survie » qui sont liées à une situation vécue comme insupportable dans le lieu de vie, et les « symptômes » qui tendent à exprimer concrètement un mal être. En outre, la fugue détient une valeur symbolique différente selon qu’elle soit initiée depuis la maison familiale, l’école ou encore l’institution. Tenter d’évaluer dans quel setting se trouvait le jeune avant son départ peut déjà constituer une réaction plus éclairée.

Une question sémantique au préalable

Sommes-nous réellement en fugue lorsqu’on se rend dans un Service d’Accueil de la Crise ou une AMO ? Pas si sûr. A vrai dire, tout dépend de la façon dont on entend ce terme : quand on dit « fugue », on aperçoit facilement la notion de disparition. Mais on peut aussi considérer la fugue comme un passage à l’acte inconséquent, l’action qui mène (éventuellement) à une disparition. Pour autant, lorsque le jeune pousse la porte d’une structure d’accueil c’est qu’il garde une part de lien avec la société, qu’il ne cherche pas à disparaître.

Qu’en est-il des « disparitions » ?

Là où l’adulte, qu’il soit professionnel ou proche du jeune, se trouve souvent démuni, c’est lorsque le mineur ne se rend justement pas dans un service d’accueil. Outre l’éventuel réseau d’amis qui aurait pu l’accueillir, on imagine alors que le mineur ait du trouver d’autres alternatives, plus marginales, pour s’en sortir sans avoir de comptes à rendre. L’errance, les mises en danger et la perte de repères sécurisants deviennent alors les risques principaux.

Qui s’inquiète ?

En tant que professionnel, il est toujours utile de s’intéresser aux modalités systémiques d’une situation de fugue : qui s’inquiète et de quelle manière ? Le parent ? Le service spécialisé ? En fonction de ça, il s’agit de réfléchir à la manière dont l’adulte porte un regard sur le jeune et la manière dont il considère ses passages à l’acte. C’est souvent un bon indicateur du fonctionnement du jeune et des risques liés à sa fugue.

Ne jamais banaliser

Attention toutefois à ne jamais banaliser la fugue ! Lorsqu’on travaille en institution, la problématique de fugue est malheureusement assez courante. Lorsqu’elle est un symptôme récurrent chez le jeune, le risque n’est jamais loin de ne plus s’alarmer lorsque celui-ci disparaît. On s’attend à ce qu’il revienne, un jour ou l’autre. Ne pas considérer ce risque reviendrait à négliger toutes les stratégies de survies que l’on constate parfois chez ces jeunes fugueurs en série : la rue, le vol et les mises en danger sont, sans clichés aucun, souvent vus comme les méthodes les plus efficaces pour survivre.

L’outil « déclaration de fugue »

Dans ce genre de cas de figure, les parents comme les professionnels peuvent (normalement) remplir ce document dès qu’un jeune n’est pas rentré à temps dans son lieu de vie. Ce formulaire, qui reprend les traits caractéristiques du mineur et décline son identité, est parfois photocopié d’emblée, en prévision des nombreuses fugues auxquelles on s’attend. Parfois, cela devient un véritable outil de négociation avec le mineur qui refuse de rentrer, car il sait que cela impliquera l’intervention de la police, une audition avec PV à la clé et un fouille de la chambre… Alors parfois, dans les échanges qui lient l’éducateur et le jeune en vadrouille, la phrase : « Si tu n’es pas rentré dans 1h, je serai obligé de te déclarer… », devient un classique.

Au grand dam de la police !

Lorsque un jeune s’échappe (ou devrait-on dire « nous échappe » ?), l’appel à la police est vu comme la seule alternative efficace pour espérer retomber sur l’adolescent. C’est souvent synonyme de « paperasse inutile » pour les agents qui sont en proie à bien d’autres urgences de terrain. C’est sans doute un point sur lequel il serait intéressant de réfléchir, car il n’est pas rare que la police nous interpelle sur la façon parfois intempestive dont nous activons les déclarations de fugues.

Du dialogue, encore et toujours

Il n’y a donc pas de baguette magique pour résorber la problématique de fugue : l’analyse systémique d’une situation, la prise en compte du réseau familial et institutionnel qui entoure le jeune ainsi que le recours à la police sont autant de moyens que l’on peut mettre en place, d’une part pour prévenir et ensuite pour revenir. Notons que l’accompagnement n’est pas le même s’il opère dans le cadre d’un Centre d’Hébergement, un service ambulatoire ou un service contraignant comme le SPJ : veiller à la coordination entre les différents adultes qui soutiennent le jeune apparaît ainsi comme un premier pas pour assurer de la continuité et de la cohérence avant, pendant et après le chaos que peut provoquer la fugue.

LT, assistante en psychologie

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