" Jeune travailleur en institution : qu’est-ce qui fait autorité ? "

Il n’est pas toujours aisé d’assumer sa place de jeune éducateur en institution. Qu’il s’agisse de celle qu’on occupe dans l’équipe, ou de celle que l’on a auprès des usagers, cette position peut s’avérer encore plus compliquée lorsque l’écart d’âge entre le travailleur et l’usager est faible.

Dans le secteur de l’Aide à la Jeunesse, nombreux sont les acteurs qui ont décidé de prendre le contre-pied d’une pensée autoritaire stricte, où on dit « Non, parce que c’est comme ça et puis c’est tout » ! Cette pensée, parfois trop rigide, peut être d’autant plus difficile à instaurer qu’elle s’adresse à des usagers dont l’âge n’est pas toujours éloigné du sien. Dès lors, lorsqu’on est jeune travailleur dans une institution qui accueille des adolescents, peut-on penser l’autorité autrement ?

Premiers pas… assurés ?

Dix-Neuf ans, c’est mon âge lorsque j’ai effectué mon premier stage en institution de l’Aide à la Jeunesse et vingt-et-un lorsque j’ai commencé à y travailler comme éducatrice. Dans ce type de structure, les jeunes hébergés ont parfois à peine 3 ans de moins que les plus jeunes professionnels. Drôle de schéma : fière de mes trois années d’études supérieures, moi et mes vingt-et-unes frêles années nous nous sommes retrouvées à être « l’éducatrice » de ces adolescents en difficultés, nous demandant : avons-nous réellement la légitimité de nous asseoir à cette place ?

L’éduc’, celui qui soutient un cadre

Dans la plupart des institutions, le jeune dispose d’un «  Projet Educatif Individualisé ». Celui-ci reprend ses objectifs personnels, ses désirs, et les moyens sociaux-éducatifs dont il peut (doit ?) se saisir pour y arriver. Ce P.E.I., bien qu’il soit soutenu par l’ensemble de l’équipe, est notamment porté par les éducateurs. En termes d’autorité, ce n’est pas une mince affaire : l’on sait que se tenir à un cadre préétabli n’est facile pour personne, et encore moins pour un ado écorché. L’éducateur, fort de l’autorité que son rôle lui confère, devient alors le tenancier de ce fil rouge.

L’autorité, c’est quoi ?

Si ce terme renvoie en première ligne à l’idée de « se faire obéir », il est aussi celui qui détermine un « auteur, une opinion auxquels on se réfère », comme nous le rappelle le Larousse. C’est sans doute davantage à cette deuxième vision que se réfère ma conception de l’autorité en institution. En parlant d’un auteur et de ses opinions, le concept se lie plus directement à la notion de subjectivité : l’autorité devient alors le fait d’un référent idéologique, et moins d’un parent symbolique déterminé à imposer « son » cadre. C’est aussi à cette image que se raccroche le principe du P.E.I. Mais si l’éducateur occupe cette place de référent, il faut encore que celle-ci paraisse « juste » au regard de l’adolescent.

Définir la relation

Dans la pensée systémique, le concept de « définition de la relation » est incontournable. Pour en résumer caricaturalement les préceptes, on pourrait dire qu’une relation ne peut fonctionner adéquatement que si elle est clairement définie au préalable. Cette définition s’élabore par le biais des interactions entre ses protagonistes, du cadre dans lequel elle s’établit et de la manière dont ce contexte est lui-même défini. C’est exactement ce qui se joue lorsqu’un travailleur se voit instaurer une relation d’autorité avec un usager. C’est une vision plutôt rassurante puisqu’elle implique que lorsqu’un jeune éducateur entre en interaction avec un adolescent, tout est encore à construire et ni la différence d’âge ni le cadre, ni même la bienséance universelle n’ont prédéfini leurs interactions !

A savoir comment…

Cela étant, la manière dont on définit cette relation particulière n’est pas évidente. L’étape primordiale pour se faire tient sans doute à l’importance de se connaître au mieux : « Qui suis-je ? D’où je viens ? Quelles sont mes forces et mes limites ? Quel type de situation fait échos dans mon vécu personnel, et comment puis-je y réagir » ? sont autant de questions qui animent le travailleur social. En y répondant, celui-ci affine la représentation qu’il se fait de lui-même en tant que professionnel, et rend légitime sa fonction au sein de l’institution. Pour le jeune travailleur, l’exercice est le même : il s’agit de mettre son propre parcours au service de sa pratique. Dans cette optique, on se met à la place d’un travailleur spécialisé, plus qu’à celle du « jeune peu expérimenté ».

En lien étroit avec le sentiment de légitimité

Animé par cette « mise au travail » de son expérience personnelle, le jeune travailleur tend déjà à définir sa relation avec l’adolescent qu’il accompagne : même si l’écart d’âge est faible, son parcours (histoire, études, rôle dans l’institution…) le place dans une position plus complémentaire que symétrique avec le mineur placé (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il détient le plein savoir et que le mineur est ignorant : le monde des relations étant beaucoup plus complexe ) ! Cette position est d’autant plus juste qu’elle est légitimée par divers facteurs : qu’il s’agisse de la confiance donnée par les collègues, celle de l’employeur qui a engagé le professionnel ou encore des acquis théoriques engrangés dans le cadre de ses études, tout concourt à la justifier.

L’importance du modèle pédagogique

Comme évoqué précédemment, une telle vision n’est possible que si le contexte institutionnel l’y autorise. Outre les étapes à parcourir pour définir correctement la relation, une institution bienveillante où les rôles des travailleurs sont clairs et acceptés par tous permet très probablement de contribuer à l’installation sereine des nouveaux arrivants.

LT, assistante en psychologie

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